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LA FUITE DE VARENNES ? (PETIT CONTE)

9 février 2014

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Dans sa fuite, on le sentait traqué, nous avons interrogé le Gnome de l’Élysée qui nous répondit fort essoufflé, et au bord de l’apoplexie : 

– Ne m’en parlez pas !

–  Ben, si, justement, parlons-en !

– Eh, bien, voilà, j’ai la gélatine qui flanche, l’esprit qui n’est pas droit, j’ai la tête qui dégonfle, le cerveau qui fond, le crâne qui part en panade ; j’ai paumé ma kippa…  Que va dire la Licra ?

– Il n’y a quand même pas de quoi en faire une shoah !  Et en fouetter un juif !

– Ça se voit bien que vous ne les fréquentez pas, c’est fier et dominateur !

– Ô, pas besoin de les fréquenter… je connais … de loin… ça me suffit… je vois déjà assez bien. 

– Vous pouvez bien rire, ce n’est pas à vous que ça arrive.  Me voilà quasi antisémite et d’antisémite à anti ces mythes-là, il n’y a qu’un pas nauséabond (sic, il était fort ému) que je me dépêche, bourbier glissant, de ne pas franchir… de ce pas. Je n’attends pas que ça se tasse (comme l’agence du même nom). Car, je risque de boire la tasse…  Je n’ai jamais prôné la Jérusalem délivrée.  J’ai juste paumé ma kippa.

– Quelle idée de se balader avec !

– Mais, j’y suis obligé, c’est inscrit noir sur blanc dans le contrat ! Simple faute d’inattention, un moment d’égarement.  Il faut dire que j’étais avec Julie.

– Julie la Rousse ? Julie la Nouvelle Héloïse ?

– Mais non, ma Julie à moi ; et vous savez dans ces moments-là, on ne sait plus trop ce que l’on fait ; puis on va dehors, on se croit encore chez soi, il y a le cœur qui bat.  Car il faut que je vous explique un phénomène curieux, plus j’ai le zob qui gonfle, plus j’ai la tête qui s’émoustille et part en claouis. Bref, encore à chaud, ce fut le four (le four à chaux bien entendu).  Au premier coup de vent, perdue… perdue, envolée, la kippa ! Tombée dans la Seine, quelle scène obscène !… Et aucune de rechange ; la mienne est particulière, un peu comme une couronne royale ; il n’y en avait pas deux comme elle ! Le grand Sanhédrin est déjà au courant.  Et c’est en courant que je fuis…

– Mais vers où… mais pour où ? 

– Oui, je sais, c’est inutile ! J’ai toute la tribu Klarsfeld au cul… Des vrais pros. On dit même que Kiejman les accompagne dans leur traque. Et qui ne les connait pas, les cruels !

– Il est vrai qu’elle est fort connue la tribu et leur acolyte, même des correcteurs d’orthographe de logiciels, c’est dire… Mais alors pourquoi courir et se perdre inutilement en jérémiades…

– Se perdre… Justement, je voudrais bien les perdre, les semer mais sans qu’ils prolifèrent, or, ils sont partout, vraiment partout, pas nombreux mais très efficaces, ils ont leurs indics, leurs réseaux de plomb…

– Ô, ce n’est pas bon les réseaux de plomb, surtout s’ils fuient, d’ailleurs c’est interdit de nos jours, c’est des coups à attraper le saturnisme, et le saturnisme, si je puis dire, est fort peu orthodoxe, enfin je veux dire pas du tout talmudique, très païen sur les bords.

– Ce n’est pas le moment de m’embrouiller. Même l’équerre et le compas les épaulent, c’est dire…

– Ce n’est pas nouveau ; encore plus : on peut être l’un et l’autre… maçon bourgeois et… chut, il m’est interdit de nommer l’Élection divine…

Ici, le nain de la Pensée, le médiocre, le vil ne m’entendait plus. Il se mit à geindre lamentablement et à dégoiser des balivernes. Ébaubi et très bobet, il serinait encore ses bobards :

– Au secours, au secours, Peuple de France !… Mais personne ne répond, où te caches-tu, mon bon peuple ? (je notais ici que son peuple était devenu subitement bon) Pourquoi es-tu muet ? J’ai été condamné aux pires maux… Les cons ! comme je me suis décalotté la kippa, ils veulent me tenir et me ramener au bercail, par le prépuce, mais ma Julie n’est pas d’accord, à cause que… (non, ce n’est pas du mauvais français, cette locution conjonctive fut encouragée par Littré) enfin je vous passe les détails…  C’est atroce, ils veulent me faire une nouvelle kippa en peau de zobi, avec ma peau à moi, mais ce n’est pas de pot – gémissait l’empoté, ce sera beaucoup trop petit, même si ma tête se réduit à rien.  À presque soixante berges, quand même ! Me faire ça ! Et à moi qui fait tant pour eux et depuis si longtemps. Ce n’est pas humain ! Au secours, au secours, au…

Il s’étouffait de rage et d’impuissance.

Je laissais là, sans remord aucun, le Nain de l’Élysée à ses déboires et partis en me disant que, dans la course à l’échalote de la Gloire posthume, il risquait bien de finir, lui aussi, aux poubelles de l’Histoire.

En l’immense fosse à purin de l’Histoire.

 

From → divers

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