LA SERVANTE AU GRAND COEUR
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Il est bien dommage que Ferré, pourtant et avant tout musicien, ait toujours eu des problèmes avec la versification classique, usé et abusé de l’amuïssement des « e », et ignoré les diérèses.
Ici dans ce beau poème de Baudelaire, dans des vers tout ce qu’il y a de plus réguliers, il sabre plusieurs « e » et néglige une diérèse. Tout en ajoutant malgré cela des « e » normalement muets à des syllabes finales féminines (« e » superfétatoires, mais qui eux, peuvent se comprendre musicalement). Ce qui fait que certains vers ont onze pieds et d’autres treize.
À trop l’écouter, je n’entends plus que ça : ses erreurs, ou plutôt son gros défaut de chansonnier « moderne ». Et ça enlève de la valeur à sa musique. Même le « moderniste » iconoclaste Breton lui en fit le reproche en voyant ses « poèmes réguliers », faussement réguliers, rendus réguliers en faisant sauter des « e ». Bachelard tiqua lui aussi un peu pour la même chose. Ni poèmes réguliers, ni vers libres, un hybride. Étonnant pour un méridional. Brassens, autre méridional, avait le même défaut de la facilité et du langage relâché nordiste courant. Ce qui les empêche, sauf à de rares moments, d’être de vrais poètes, ou de gâcher les poètes et notre plaisir. Dommage et triste…
Ferré, également, a employé tous les niveaux de langue et des morceaux de langues étrangères dans ses chansons, mais quel démon le poussait lorsqu’il affirmait que la langue italienne était une langue abusivement conservatrice ? Lui qui passa sa jeunesse dans un collège italien juste de l’autre côté de la frontière et est mort en pleine Toscane, au pays du chianti, ce n’était pas aimer sa langue d’adoption. Qu’on y dise « escarpin » (plus exactement « scarpa » dont le dérivé fut « scarpino ») pour « chaussure », le gênait – je l’ai entendu le dire.
(En fait notre « escarpin » est un emprunt Renaissance à l’italien qui d’ailleurs, apparemment ne dit plus « scarpino » pour « escarpin » mais « ballerina », de « ballare » danser ; cf. l’ancien français « baller, baler », et le français actuel « ballet », « ballant » et… « ballerine » qui, aussi bien en français qu’en italien, désigne la chaussure de danse et la danseuse.)
Gêné sans doute de dire « veste » (vestito) pour « robe », ou « jaquette » (giacca) pour « veste ». Vous vous rendez compte, « anorak » se dit « giacca a vento », « jaquette à vent » en italien, comme c’est archaïque… et … pas dans le vent !
Ai-je le droit de dire ou de rappeler tout ça ? Depuis que le nain de l’Élysée préface Ferré – bien malgré l’artiste – le puis-je encore ? Est-ce poétiquement correct ?
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