AMER AMER, OU : MAIS, C’EST LE PROGRÈS, MON BRAVE.
Amis des vieilles pierres, bonjour !
Le menhir de la Vacherie, également nommé la galoche de Gargantua, est un mégalithe qui émerge (ou émergeait, car vu son état actuel…) à 4,75 mètres au-dessus du sol marécageux de la commune de Donges.
Il était situé depuis toujours dans un pré en bordure de Loire et servait d’amer aux navigateurs , autrement dit de repère dans la nuit, dans la brume ou le crachin, avec sa croix de fer dont il fut couronné jusqu’en 1770 quand la foudre païenne de Zeus l’abattit ; et oui, je vous parle d’autrefois, de la nuit des temps presque, enfin d’avant l’électricité « domestiquée ». On aimait bien alors rehausser les bites d’amarrage des bateaux infernaux et autres vaisseaux fantômes des nuits d’encre (et d’ancre) et de terreur rurale, par une croix : les prêtres chrétiens s’imaginaient ainsi naïvement prendre le pas sur le culte païen des pierres dressées. Et en Bretagne, il y en avait aux coins des clos, à chaque fond de bois, à tout bord de ruisseau. Dur travail pour l’Église.
Ça, c’était lui encore vers 1900 :
C’est dire si c’était une vieillerie, on y voit une femme en coiffe. Mais, bonheur ! depuis le progrès (sic) d’après-guerre (laquelle direz-vous ? car on est toujours après une guerre !) est passé par là. Certes, entretemps les imbéciles d’« antiquaires » (amants des antiquités) du XIXe siècle avaient fait inscrire le pluri, multimillénaire menhir au titre des monuments historiques en 1889. Quel ennui pour l’avenir ! Bah, on coupa la poire en deux, pas question de déplacer le monument ou de le transformer en graviers comme cela est arrivé plus d’une fois par le passé (pas si lointain). On garderait (façon de parler) intact la pierre, mais on l’emprisonnerait au cœur de la raffinerie (du progrès) qui recouvre de nos jours, dans les entrailles de l’ancien marais, une réserve souterraine et embétonnée de pétrole.
C’est ici (poètes s’abstenir) :
Est-il utile de commenter ? Je trouve que cela va très bien avec les effluves de chlore et autres cochonneries crachées sans cesse ou presque par deux torchères situées juste à côté de la raffinerie, lot quotidien des dongeois –autochtones classés « Seveso », depuis peu d’ailleurs.
Donges, « ville fleurie » nous disent les panneaux à l’entrée de la cité ancienne rasée par les bombardements de nos « alliés » et entièrement reconstruite dans le moche. « Commune du Parc naturel régional de Brière » ajoute encore, sans rire, un autre écriteau.
Quelle dérision et quelle Vacherie !


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