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POURQUOI IL CONVIENT D’ABOLIR LES RAPPEURS ?

18 avril 2013

Je lis sur Wikimachin : « Mickael Korvin est un auteur et traducteur franco-américain d’origine hongroise, né à Cuba en 1957. Il vit à Paris. »

Je lis sur l’Express ce jour (17 avril 2013) un article du même Monsieur Korvin qui nous dit vouloir abolir l’Académie française, en premier lieu parce qu’elle ne servirait à rien et qu’elle coûterait au contribuable.  

En fait parce que nul Immortel n’a daigné lui accorder une seule voix à une précédente élection académique (Dutourd). Il nous explique que c’était de la provocation. Oui, mais comment répond-on généralement à un provocateur ? sinon par la fuite et le silence.

J’ai relevé un certain nombre de perles dans son article.

Mais tout d’abord, je m’étonne qu’un allogène tri ou quadri-national, ou citoyen français de fraîche date soit si hargneux vis-à-vis d’une institution française et vienne nous faire des leçons. Un magyar né à Cuba (parents staliniens ?) et en même temps franco-américain (?) vient nous expliquer l’histoire de France et du français et de sa décadence, mais à sa manière. On dirait du Sarközy demandant aux petits français de la République « une et indivisible » et laïque d’adopter des petits juifs des années quarante du siècle dernier.  

Je ne peux commenter sur tout, il y aurait trop à dire.  J’ai noté ces « thèses » les plus extravagantes, généralement  exprimées en néo-français :

1 – « Ce fut à travers des rencontres informelles, se tenant dans les apparts’ tendance d’une poignée de poético-bobos rive gauche, que bourgeonna l’Académie française vers le milieu des années 1630. »

Le côté grotesquement anachronique est risible. Entendons-nous bien, je ne critique pas l’anachronisme qui ici est effet de style, mais la mauvaise analogie. La naissance de l’Académie française ne correspond pas vraiment à une création de bobos rive gauche mais plutôt à celle de gens du palais du Louvre.

Je ne vais pas refaire l’historique de la naissance de l’Académie.  Juste à dire qu’elle a pris la suite de réunions privées d’un groupe littéraire qui se tenaient chez Valentin Conrart, conseiller de Louis XIII. Que les personnes, hommes de lettres et gens en vue des deux sexes de la capitale, qui fréquentaient Conrart fréquentaient également le salon de Catherine de Vivonne à l’hôtel de Rambouillet. Nobles et grands bourgeois. Y fréquentaient des personnages comme Boisrobert, Chapelain, Guez de Balzac, Malherbe, Racan, Vaugelas, Voiture et bien d’autres ; ou encore Richelieu, le cardinal pour rire (et l’intrigant pour pleurer). Des gens généralement bien établis et totalement dans le moule du temps.  Pas chevelus, bohème ou rive gauche pour un sol. Mais bien emperruqués. Et pas non plus contestataires et totalement intégrés au système. Aucun « boboïsme » en iceux.  Du sérieux et/ou du rangé et/ou du léger dans les limites du convenu de la Cour du temps. Pas sûr même que tous eussent été adeptes de la plante à Nicot et bien peu de cette bande semblent avoir été d’effrontés libertins.  

Valentin Conrart est un auteur sans œuvre si ce n’est quelques ouvrages posthumes, il collabora avec Vaugelas, et fut avant tout un fédérateur, un incitateur (à la traduction par exemple) et c’est lui qui rédigea les statuts de l’Académie, étant entendu que Richelieu y mit ses nombreux grains de sel : il désirait que tous les corps nobles ou assimilés y soient représentés ; aussi bien érudits que littérateurs en tous genres, beaux esprits, « élite » militaire et religieuse. Notons que l’Académie française a plus d’un demi-siècle de retard sur l’Accademia della Crusca fondée à Florence en 1582 qui elle avait déjà publié un Vocabolario dès 1612, sois bien avant que ne soit entamée la première page du Dictionnaire de l’Académie.

Voyons ces dangereux bobos ou babas.

Malherbe est celui qui est en partie responsable d’une certaine anesthésie de la poésie française qui étouffa l’esprit burlesque du genre Saint-Amant et Scarron, et l’esprit baroque du genre Théophile de Viau. Mais accepta très bien le style badin ou précieux ou académique avant la lettre d’un Honorat de Racan et d’un Vincent Voiture. Vaugelas fut un très sérieux et apprécié grammairien de son temps et plus encore. Jean-Louis Guez de Balzac fut un homme détestable mais un bon épistolier, une Madame de Sévigné en homme. François de Boisrobert fut dramaturge et poète (il édita également Théophile) ; Jean Chapelain fut poète épique ou de circonstance, critique littéraire, traducteur.    

Pas l’ombre d’un bohème de luxe et encore moins fauchée ici. Du convenu, de l’attendu.

2 – « L‘ex-aspirant peintre Adolf Hitler : l’invention, par le führer, de la peinture « non-aryenne »… » Hitler ne fut pas aspirant peintre dans son jeune temps, mais simplement peintre, peintre de style classique. De ce que j’en connais, il fut paysagiste. « L’invention… de la peinture « non-aryenne » » ? C’est moins ça que la chasse à ce que les nazis considéraient comme « art dégénéré », et ce que personnellement je considère moi aussi, en partie du moins, comme « art dégénéré ».  La seule différence est que moi je suis tolérant.  Mais Korvin aurait pu prendre l’exemple de Staline qui sur ce chapitre faisait encore moins dans la dentelle esthétique qu’Hitler. Ou prendre l’exemple (mauvais exemple de nos jours de conformisme prétendument républicain et démocratique) des républicains espagnols (anarchistes en particulier et ce n’est pas ce qu’ils ont fait de mieux, j’en ai honte pour eux) qui n’appréciaient pas l’art religieux et les églises qu’ils leur arrivaient de brûler et les religieux ou « enreligiosiés » qu’ils leur arrivaient également de trucider. Beurk ! Tout ça pour un monde et une humanité meilleurs.

3 – « Il [Richelieu] lui vient l’idée « diabolique » de prendre le contrôle des écrivains, en manipulant cette bande de pré-hippies rimailleurs des beaux quartiers. L’Académie française était née, la langue française venait de perdre sa liberté. […] Sur le plan politique, en créant l’institution, il mettait donc les Lettres à sa botte. »

« … la langue française venait de perdre sa liberté. » Cette phrase demanderait trop de commentaires évoquant en premier lieu Rabelais, Bloy ou Céline.  Et bien d’autres sans langue de bois.  Ce sera pour une autre fois.

« Cette bande de pré-hippies rimailleurs des beaux quartiers » : bis repetita. Grotesque ! Rimailleurs pour certains mais pas tous loin de là, des beaux quartiers certes, mais certainement pas pré-hippies. Le franco-américano-cubo-magyar ne semble pas aimer les hippies. Les hippies de l’époque en bavaient pour certains, ou vivochaient.  Toujours la même histoire. Certains finissaient très mal. La plupart sont aujourd’hui des poètes oubliés.

Et Richelieu n’a pris le contrôle de rien du tout, puisque depuis le début, et puisque depuis que l’écrit existe, les écrivains sont contrôlés, soumis aux pouvoirs établis.  D’ailleurs les notions d’écrivain et d’écrit non anonyme sont des notions toute relatives qui n’ont existé qu’à certaines époques du passé et se sont développées uniquement ces derniers siècles. Marie de France, Rutebeuf, Villon, on connait mais qui connait les auteurs truculents et multiples du Roman de Renart, tous petits clercs oubliés. Clercs, lettrés, c’est-à-dire membre de l’ordre du clergé, tout en bas du bas-clergé.  Et puis, même Villon étudia pour devenir clerc !  C’est comme ça.  C’était ça ou ne pas exister, du moins pour l’Histoire… littéraire. La Sorbonne était le domaine réservé de l’Église. Et la cléricature, l’écriture était affaire d’Église et d’État.

Tout ce qui nous reste, épars, disparate, des écrits du passé antique est affaire non pas d’écrivains ayant un libre-arbitre, notion étrangère au passé (sauf à de rares époques, même en Grèce, on sait comment Socrate a fini), mais de scribes généralement anonymes tous formatés aux mythes, lois, poésie, normes de pensée et d’écriture de la caste dirigeant les cités-nations antiques, et de la caste sacerdotale, qui souvent était la même.

Richelieu n’a pris le contrôle de rien, il était déjà là le contrôle bien présent, bien prégnant, bien contraignant, il avait nom « imprimatur », « censure », « privilège royal ». Ecrits sous le manteau parfois.  Et bûcher souvent, où flambèrent tous les non-conformes en tel ou tel domaine pour des raisons qui pourraient nous faire rire aujourd’hui.  Simples exemples parmi d‘autres, je reste dans les plus connus : Marguerite Porete dite des Prés (au Quatorzième), Étienne Dolet (en pleine Renaissance) et Claude Le Petit (en pleine époque classique).  Paix à leurs âmes !

Le franco-américano-etc. nous dit que Richelieu fut un écrivain détestable et qu’il utilisait pourtant des nègres y compris Corneille. Je ne veux pas développer ici sur le talent ou non-talent littéraire de Richelieu, je m’en fous présentement, ni sur la négritude littéraire, ni sur d’autres négritudes comme la négritude picturale des siècles passés (atelier de maître).  La notion de « nègre » a son histoire elle aussi. Mais l’américano-franchouillard fait fort lorsqu’il il titre « Richelieu, le Hitler littéraire ». Ici, on frise la connerie intégrale ; on est même en plein dedans. Et elle pue fort le vomi, le vieux radoté.  Mais que peut dire d’autre un pauvre petit minable ânonnant ses trois conneries « antifascistes », les seules qu’il connaisse, qu’il ressasse et qui sortent tout droit du moule du conformisme médiatique contemporain,  pour les resservir périmées à toutes les sauces.  Et je suis sûr qu’il se croit libre, libéré, «progressiste», qui sait «révolutionnaire» !!! Ou pour le moins « rebelle »…

Ainsi, plus loin le magyaro-cubain remet ça dans sa logorrhée d’inculte et nous serine à nouveau son discours de rappeur :

« Le pire dans tout ça c’est que le crime paie, puisque le profil de cet écrivain-imposteur et véritable monstre politique de Richelieu illustre encore le sceau de l’institution, et si rien ne bouge, l’illustrera jusqu’à la nuit des temps – un peu comme si celui de Hitler ornait la calandre des Volkswagen. » 

Pauvre homme, pauvre pisseux, pauvre magyaro-rappeur (je dis rappeur sciemment puisqu’il est le grand ami des rappeurs et autres nullités cultureuses, je veux dire nullités acculturées et illettrées des banlieues). Hitler, Richelieu, Volkswagen… Tu en as une bonne couche, un bon wagon, je doute même que ton wagon à bestiaux soit du peuple, peuple qui n’en a rien à faire du rap et des carottes de ton espèce. Et de ton « antifascisme » à deux balles. Change des fois, remplace au moins, et à minima, Hitler par Mao, Staline ou Pol Pot… Tu nous lasses.

4 – « Il [Richelieu] accorde l’immortalité aux plumitifs versificateurs, qui, du coup, ne voulaient plus changer le monde du tout. »

On a rarement vu des plumitifs, qui plus est versificateurs, vouloir changer quoi que ce soit dans l’état du monde ou dans l’état de la littérature et de la poésie dominantes, établies, consacrées du moment. C’est même l’une des définitions essentielles de « plumitif » et « versificateur ». On les voit généralement plus écrire dans le sens du poil et louanger le monde, le Beau Monde tel qu’il est. Je ne donne pas de noms contemporains, on les connait trop.

5 – « C’est ainsi que l’establishment le plus poussiéreux s’est mis à représenter les plus officielles instances de la littérature, acceptant dans ses rangs tout et n’importe quoi. »

« Acceptant dans ses rangs tout et n’importe quoi. » Et non, justement pas. Peut-être littérairement parlant, mais pas socialement parlant.  Tu le dis toi-même…

« L’establishment le plus poussiéreux » : normal puisque c’était inscrit dès ses origines dans ses buts avoués et non secrets. Buts qui soit dit en passant n’intéressaient qu’une infime partie de la population. Comme de nos jours d’ailleurs.

« Les plus officielles instances de la littérature » : vrai et faux puisqu’une bonne part de la « bonne vieille littérature », pour ne pas dire la totalité n’a jamais relevé de cette instance et qu’il existe d’autres instances formelle ou informelles qui ont autant ou infiniment plus de poids (bon ou mauvais, autre sujet) sur la littérature, l’écriture en général et la lecture. D’ailleurs l’Académie n’est pas liée seulement à la littérature mais à l’écrit en général (histoire, philosophie, anthropologie…). L’Académie française dès ses origines n’a pratiquement jamais accueilli de dits grands écrivains (mais a pu accueillir des érudits de talent comme Vaugelas justement, premier à s’asseoir au fauteuil 32). Ce qui n’a pas empêché ces écrivains d’exister ou de s’épanouir. Ou de s’en moquer. Et leur renom de perdurer, ce qui n’est pas le cas d’une part essentielle des Immortels qui sont souvent des oubliés anthumes. C’est même leur destin cruel.  Seuls les quelques auteurs de talent perdus au milieu de l’Académie ne souffrent pas de cette mort culturelle préprogrammée. Ils sauront survivre malgré ça.

6 – «  Alors que son petit-fils, futur duc de Coislin, n’avait que dix-sept ans, le Protecteur le fit élire. Coislin sera remplacé par son fils, et celui-ci par son frère en 1710 ! »  

Exact, mais inscrit dans l’ordre du prévisible : volonté je répète d’y intégrer des hommes d’épée et des hommes de goupillon hauts placés et souvent, mais pas toujours nobles.  C’est d’ailleurs le lot commun de toutes les confréries, fraternités, maffias, sectes religieuses, franc-maçonneries, etc. C’est inscrit dans l’ordre de la médiocre mentalité humaine ; c’est une loi sociologique, ou psychosociologique.  Les trois Coislin n’ont rien laissé pour la littérature, je veux dire d’écrit, si ce n’est leurs discours de réception, écrits probablement par d’autres. Mais cet exemple Coislin (pas de chance) oublie de dire que le dernier de la bande, l’homme d’Église par lequel le titre de duc mourut avec lui d’ailleurs, est un homme qui fit en sorte que la très riche bibliothèque du chancelier Pierre Séguier, qui fut lui aussi lié aux origines de l’Académie, et dont il hérita, perdure.  Cette bibliothèque faite de livres mais aussi de nombreux manuscrits rares et précieux de toutes sortes, est aujourd’hui intégrée – sauf erreur – à la bibliothèque de l’Arsenal.

7 – «  c’est à mon tour d’expliquer pourquoi il est plus important que jamais de s’en débarrasser de ce dépotoir pour zombies, qui entraine depuis trop longtemps notre langue dans sa dégénérescence gérontologique, au fond de laquelle la pétrification linguistique nous guette. » 

Si vous voulez voir des zombis « modernes », « contemporains », en voici deux :

http://www.dailymotion.com/video/xr8j4c_morsay-etmickael-korvin-screw-islam-hater-michel-houellebecq_news#.UW8FbsrDVvA

Et si vous voulez exprimer la dégénérescence infantile et la pétrification linguistique du français, alors : Rappez !

From → divers

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