FRISSONS DE VENTS EN RUINES.
À Bacovia.
Les Regrets Eternels s’en vont à tire-d’aile
Sous les herbes foisons au bel élan de vie
Qui éclot de guingois, anarchique et fidèle,
Au-dessus des tombeaux, en suscitant l’envie
Des fleurs forgées et fanées en rouille, aussi frêles
Que la dalle est disjointe et brisée… assouvie.
*
Les âmes englouties, ombres tristes des nuits,
En tes entrailles, Terre – ô mère des Enfers –
Ont couleurs du néant, vaurien né de l’ennui :
L’oubli par les vivants de ceux qui ont souffert,
Nuit au sage incongru du printemps amenui
Sous les vents avilis d’un mal à main de fer.
*
S’endort alors le dor* des morts, sang d’or en peine
Dans les remords, rêvant un sort loin des ci-gît ;
Puis de mélancolie – à claver tous les pênes
Vert-de-gris, sombre azur… qui serrent, assagis,
À la tombe, au caveau, à la fosse sans pennes,
Ces poussières du temps – mon avenir surgit.
* * *
* Dor, mot roumain signifiant : nostalgie, mal du pays, regrets, mélancolie, vague à l’âme… mot qui vient probablement du bas-latin dolus, douleur, comme deuil (ancien-français dol) ; à rapprocher du portugais dor, mal, douleur. L’italien dolore, l’espagnol dolor, le romanche dolur, le ladin dolor, le catalan dolor, l’occitan dolor, le français douleur viennent du latin classique dolor, doloris, dolorem.
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