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OUI… JÉSUS VIVAIT À LA COLLE, AVEC MARIE DE MAGDALA

22 septembre 2012

Depuis quelques jours la publication d’un fragment écrit de papyrus antique relance la vieille antienne : Jésus était marié.  Ce qui dédouane un peu, en passant, l’antienne d’une autre époque comme quoi Jésus aurait été « de l’autre bord » (voir ces rapports jugés suspects pour certains avec Jean qui transparaît dans la tradition picturale). 

Nous voudrions rectifier, Jésus n’était pas marié, mais vivait tout simplement à la colle avec Marie de Magdala, village situé en rive ouest du lac de Tibériade. Cette femme présente, plus encore que la mère de Jésus, dans les quatre évangiles canoniques, synoptiques comme on dit, fut délivrée par Jésus des sept démons (sic) et le suivit partout jusqu’à sa mort.  Selon trois évangiles, elle assista à la mise au tombeau, et pour deux d’entre eux, elle est celle qui fut le premier témoin de la Résurrection de Jésus, dont elle douta en un premier temps, et à qui revint de prévenir les apôtres.

Des auteurs et érudits ont fait remarquer que le parcours de Marie de Magdala ressemblait à un chemin initiatique de rite païen.  Elle pourrait être l’avatar de quelque déesse, telle la sumérienne Inanna et l’akkadienne Ishtar qui toutes deux doivent franchir sept portes pour descendre aux Enfers et en remonter. Or selon Matthieu et Jean, Jésus réserve sa première réapparition à « Marie de Magdala et à l’autre Marie », Marie de Magdala « de laquelle il avait chassé sept démons ».

Jean ajoute que Marie de Magdala aurait tout d’abord pris le crucifié ressuscité pour « le jardinier».  Le fils-amant d’Inanna revenu du pays des morts est lui aussi habituellement qualifié de « jardinier ». De plus, il existe des textes coptes anciens dans lesquels Marie de Magdala apparaît en rêve à un homme pour lui révéler que la Vierge et elle, ne font qu’une, comme si les deux Marie n’étaient que deux aspects d’un même personnage, à la fois vierge et prostituée telles Ishtar, Inanna et d’autres déesses antiques ; elles, vierges (et/ou hermaphrodites) et leurs prêtresses, prostituées sacrées.

Évidemment, cela entre dans le contexte où l’on assimile Marie de Magdala à la pécheresse qui dans un certain passage des Évangiles oint Jésus de parfum, tel qu’on le fait pour un mort, et comme le fait aussi dans un autre passage des écrits, Marie de Béthanie, près de Jérusalem, sœur de Lazare et de Marthe, femme présentée comme un autre disciple de Jésus.

Nous suivons en cela le docteur de l’Église et l’un des quatre pères de l’Église d’Occident Saint Grégoire, dit Grégoire le Grand, pape de 590 à 604. Celui qui a donné son nom aux chants grégoriens. Ce dernier dans son ouvrage Homiliae in Evangelium assimile Marie de Magdala (Marie-Madeleine) à la pécheresse citée dans l’Évangile de Luc et l’identifie également avec Marie de Béthanie. L’assimilation, c’est ce que se refuse à faire l’orthodoxie qui fête trois Marie différentes, mais ce que faisait jusqu’en 1969 le catholicisme qui depuis, fait de Marie-Madeleine un disciple de Jésus et non plus une pécheresse, même repentante et repentie. L’histoire en devient nettement moins belle et tellement plus étroitement morale ! Banale et moins poétique, transgressive et humaine.  

Notons à ce niveau que Jésus apparaît aux deux Marie dont la seconde est probablement la mère de Jésus. Soit la mère et l’épouse du dieu. La mère sainte et vierge, et l’épouse pécheresse et liée charnellement au dieu (ici dieu « fait homme », comme souvent dans les vieux mythes de l’antiquité païenne). Épiphane de Salamine, rapporte dans son Panarion – Contre les hérésies, les propos d’un texte perdu de la fin du IIIe siècle, les Questions de Marie, où il est dit que Marie-Madeleine est la partenaire sexuelle de Jésus. On pourrait ainsi parler d’actes charnels rituels. De même, dans la Pistis Sophia, texte en copte datant de 350 environ, texte gnostique rien qu’à son titre, Jésus dialogue avec Marie-Madeleine et les autres disciples.

Évidemment rejetées pour de nombreuses raisons, entre autres parce que Madeleine y est parfois un peu trop présente, et plus généralement parce que ces textes relèvent de la gnose et de la sacralisation de Sophia et autres entités opposées au mauvais dieu, au sous-dieu juif terrestre du mal (il suffit de lire les fragments de l’Évangile de (j’allais écrire : Saint) Judas – où ce dernier est présenté comme le seul à avoir réellement compris Jésus et percé ses secrets – pour le voir écrit noir sur blanc), les écrits apocryphes évoquent plus d’une fois Marie de Magdala : cf. L’Épitre des apôtres, l’Évangile de Pierre, l’Évangile de Philippe, l’Évangile de Thomas. Et bien évidemment l’Évangile de Marie qui nous est parvenu très incomplet, (texte de la fin du IIe siècle en copte et fragments en grec) où l’on peut lire à sa dixième page :

Pierre dit à Marie : « Sœur, nous savons que l’Enseigneur [sic] t’a aimée différemment des autres femmes. Dis-nous les paroles qu’Il t’a dites, dont tu te souviens et dont nous n’avons pas la connaissance… » Marie leur dit : « Ce qui ne vous a pas été donné d’entendre, je vais vous l’annoncer : j’ai eu une vision de l’Enseigneur, et je lui ai dit : « Seigneur, je Te vois aujourd’hui dans cette apparition. » Il répondit : « Bienheureuse, toi qui ne te troubles pas à ma vue. Là où est le Noùs [partie la plus haute, la plus divine de l’âme ; pour Platon, l’intelligence], là est le trésor » Alors, je lui dis : « Seigneur, dans l’Instant, celui qui contemple Ton apparition, est-ce la psyché [l’âme] qu’il voit ? Ou par le Pneuma [l’Esprit, Souffle] ? » L’Enseigneur répondit : Ni par la psyché ni par le Pneuma ; Mais le Noùs étant entre les deux, c’est lui qui voit et c’est lui qui (…) » Suit une lacune.  

« L’Enseigneur t’a aimée différemment des autres femmes ». L’expression est assez claire. Or le péché de Marie de Magdala est connu, c’est celui de la prostitution et de la luxure. Mais la pécheresse se serait repentie… avec Jésus ajouterons-nous. 

Autrement dit, Jésus était plus ou moins maquereau. Certes un maquereau sacré.  C’est sans doute pour ça – blaguons un peu – que le premier symbole chrétien n’était absolument pas la croix, symbole honni des grecs, mais le poisson, celui qui nage en eau trouble ; c’est également pourquoi Jésus avait pour parèdre une pécheresse et était entouré de plusieurs pêcheurs galiléens du lac de Tibériade ; et pourquoi également il a multiplié les pains et… les poissons avec le très grand succès que l’on connait, avant sa première entrée triomphale sur un âne à Jérusalem, du temps où le peuple voyait en lui le sauveur terrestre des juifs, le délivreur du joug romain. Mais, patatras pour eux et déconfiture finale : « mon royaume n’est pas de ce monde !.. » – Peuple, lequel préfères-tu ? Allégorie ! – Bar Abba ! Le Fils du Père. Quelle ironie…

C’est sans doute aussi pourquoi Jésus fait distinctement « le signe de la fica » dans quelques tableaux religieux anciens, comme l’ont remarqué des amateurs avisés.

Et là je suis à nouveau sérieux.

From → divers

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