Voici un article consacré aux errements « politiques » de ces dernières années de Pierre Perret et de quelques autres individus de sa sorte. Agrémenté de réflexions diverses.
En préambule, lisons cet extrait, signé du gentil Monsieur Cinéma » – je veux parler de Pierre Tscherniakowsky, dit Pierre Tchernia – du dos de la pochette du 45 tours de 1960 « Le Bonheur Conjugal » de Perret :
« Pierre Perret, au-dessus de sa veste en velours, il a une bille rigolote qu’on dirait taillée dans du bois : il ressemble à Guignol. Mais je pense que ce guignol-là est souvent victime de ses tours. (…) Dans ses chansons passent (…) des mignonnes qui lui en font voir de toutes les couleurs (…) À cause de cela je le suppose sensible. Siné est son ami. Et c’est bien le même genre de galopin qui se moque de tout pour faire semblant de ne pas prendre au tragique une époque qui manque d’humour. »
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« Pierre Perret « le bonheur conjugal ». Dans un programme intitulé « La nouvelle vague de la chanson française ». Festival de musique de Nice, diffusé le 13 août 1961, réalisation Yves André Hubert/RTF. » On y retrouve déjà tout son fonds de commerce dans le genre populo rigolo, canaille mêlé d’argot (il a été formé par la clientèle populaire du bistrot tenu par ses parents, le Café du Pont à Castelsarrasin). Ne manque ici que le vraiment grivois voire libertin.
Le petit chanteur en costard / cravate :
La bouche en Q de poule, tout en chantonnant, et le regard en biais, qui louche vers la caméra : « On s’est connu / en allant voir / Gilbert Bécaud … » Qu’il n’a pas rimé avec : « Cœurs mis à nu / moi sans t’avoir / fait de bécot. » Dommage !
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Jusque là, rien d’anormal Nul ne le contestera. Le bonheur conjugal Nous tendait les bras.
On s’était dit Qu’entre ses parents hystériques Et mes parents alcooliques Ça pouvait coller
On a pensé Sa frangin’ sortait d’un’ maison *1 Et mon p’tit frèr’ de prison Ça pouvait gazer
Jusque là, rien d’anormal Nul ne le contestera. Le bonheur conjugal Nous tendait les bras.
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Et maintenant, de Marc Fourny, dans un article du Point de 28 décembre 2018 (Pierre Perret : « L’estime de l’intelligentsia, je m’en tamponne ! ») : « À 84 ans, Pierre Perret revient avec un nouvel album égrillard et sensible. Celui qui est devenu chanteur par hasard [sic] a toujours la révolte [sic bis] en bandoulière. » Qui nous donne quelques exemples de sa révolte : « Humour liberté (éditions Adèle) le drame des migrants, l’hommage aux copains de Charlie Hebdo, le scandale de la pédophilie qui éclabousse l’Église… ».
*Facile de s’en prendre à la pédophilie chez les ecclésiastiques mais non à celle qui perdure depuis des années dans certains organismes de « défense » (sic) de l’enfance maltraitée (resic) par exemple et d’autres institutions d’État du même genre, quand elle ne concerne pas tout simplement le monde de la politique, des media, de la dite culture et des arts.
*Répugnant de rendre hommage aux « copains de Charlie Hebdo », maladivement anti-musulmans, anti-cathos, anti-arabes, et racistes sionistes. Finalement totalement conformistes et propagandistes dans leur prétendu anti-conformisme.
À ce propos, Siné qui était donc l’ami de Perret en 1960, fut viré par le fils sioniste du boucher de Neuilly (je veux parler de Val), de Charlie Hebdo pour « antisémitisme » (sic) en 2008. Charlie Hebdo, qui n’avait plus rien à voir avec sa version originale du temps du professeur Choron, mais version « pseudo-anars intégrés au système » genre Val donc (longtemps acolyte du pédophile Font) ou Cabu (ami des socialos parigots) ou autres frelatés comme le « contestataire de l’establishement » Wolinski, et je ne parle même pas des plus jeunes.
Rappellerai-je ici – c’est un peu cruel – que Maurice Sinet, dit Siné, l’anti-colonialiste, doit se retourner dans sa tombe de voir où en est tombé son ancien poteau. Lui Siné qui fut l’un des signataires, en septembre 1960, du Manifeste des 121 également dénommé : Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, où il était rappelé que « la cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres ».
Dessin de Siné pour les pochettes des disques de Perret sortis en 1960
*Enfin, pitoyable d’évoquer le « drame des migrants » sans plus d’explications : d’ailleurs, j’aimerais savoir combien il en héberge chez lui, de migrants ; des bons, des moins bons et des mauvais. Il n’habite pas, ne vit pas là où les migrants de la passoire française sont entassés et vivotent certains comme ils réussissent, d’autres comme ils peuvent, et certains en parasites et délinquants, voire en criminels.
Tout ça pue l’air du temps, et les bons sentiments à géométrie variable et avant tout dominante. Pas rebelle et si peu révolté, le Perret au final, qui suinte le conformisme ambiant. Depuis le début, si je puis dire. Il faut dire que, « certif » passé, il fréquenta le Conservatoire de musique de Toulouse où il obtint un premier prix de saxophone à 19 ans et entama sa carrière en animant « baloches », noces et autres fêtes familiales, avec un petit orchestre, avant d’effectuer son service militaire (pas si on marge que ça ou contestataire le Pierrot).
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QUELQUES MOTS, AU PRÉALABLE, POUR RAPPELER LE CONTEXTE.
J’ai appris par hasard que la descendance du chansonnier Pierre Perret et de Madame ne les regardait plus depuis un certain temps déjà. Ils ont eu trois enfants, d’abord des jumeaux mâle et femelle, puis une fille qui est morte un peu après ses trente ans, je ne sais de quoi ou pourquoi. Enfin, aux dernières nouvelles – c’est Perret lui-même qui le dit – le couple Perret ignore tout de ce que sont devenus leurs jumeaux, petits-enfants et plus encore arrières-petits-enfants dont ils ne connaissent même pas le nombre exact. C’est dire.
Cela peut sembler assez étonnant quand on sait le poids qu’a pu avoir la jeunesse dans le succès de certaines des chansons anciennes de Perret. Qui n’a jamais entendu des enfants des colonies de vacances ou des centres aérés chanter à tue-tête « Les joyeuses colonies de vacances » (1966) voire « Le Zizi » (1974) pour les plus délurés et non censurés. Souvent en alternances avec les chansons de Claude François, d’ailleurs, qui aimait lui aussi la jeunesse. Mais dans un sens, dont il est convenu de dire qu’il relevait de la pédophilie (comme on dit de nos jours), avec toutes ses « fanettes ».
Quand à savoir si Perret aimait véritablement sa jeunesse, je veut dire ses enfants… ?! Il a répété plusieurs fois qu’il s’arrangeait toujours pour passer des vacances (un peu partout dans le monde si j’ai bien compris) avec ses enfants. Mais il a aussi dit : « Pendant des décennies entières, j’ai fait 150 à 200 concerts par an » (entretien dans Gala du 14 février 2019, repris en partie par purepeople.com et par amomama.fr, cité par ailleurs) Donc, que le reste du temps, c’était un absent. Qui l’obligeait à faire autant de concerts par an, quand on s’est que bon an mal an, il a dû en vendre par mal, de disques ? L’appât du gain ? Embellir sa demeure rurale ? Augmenter ses biens ?
En attendant, comme tout le monde, j’ai très longtemps cru « de audio » que Pierre Perret était avant tout un chanteur faisant dans le rigolo ou le gentillet ; une sorte de gamin attardé un peu facétieux et grivois, amateur de gros mots et de situations ubuesques ou cocasses, pas trop pudibond et accessoirement argotisant ; du moins dans ses chansons, pour ne pas dire rengaines et autres scies, les plus connues. Voire même parfois tendre. Un peu comme Ricet Barrier, Pierre Vassiliu et quelques autres du même genre. Puis j’ai pu constater, qu’avec le temps, il avait totalement pris le pli dominant. Ce qu’il avait peut-être toujours eu, mais moi ne m’en rendant compte qu’en prenant du recul et de l’âge.
Pour le dire autrement : il me semble que c’est un prototype de chanteur adéquat à l’air du temps. De la bonne et bien pensance dominante. J’ai commencé à douter du personnage quand il a fini par se prendre au sérieux, et a joué le grand humaniste antiraciste, pas « facho » pour un rond ou deux sous, avec en particulier sa chanson « Lily » qui sentait un peu trop le miel et surtout une forme de discours convenu et très à la mode (faux comme un slogan publicitaire ?) ; alors que peu d’années auparavant, Giscard – qui pratiquait du « socialisme rampant » comme le disaient certains – venait d’autoriser le regroupement familial pour les travailleurs immigrés. Du moins pas à proximité de la maison de la famille de Perret.
C’était en 1977, soit un peu avant l’arrivée de ladite gauche au pouvoir étatique. J’ai d’ailleurs appris, il y a peu, que Perret fut très lié dès les années quatre-vingt à desdits socialos de gouvernement. En attendant, cela annonçait déjà tout le matraquage de « SOS Racisme » et de « Touche pas à mon pote », dont il est bon de rappeler que ses pontes, Julien Dray en tête, soutiennent aujourd’hui, en 2025, le génocide que subissent les Palestiniens. C’était les fadaises dites anti-racistes, anti-anti-sémites et anti-fascistes dont certains (tel Jospin) ont reconnu, bien plus tard, que c’était de la foutaise.
L’évolution mentale (« idéologique ») de Perret m’a fait penser à deux personnages beaucoup plus jeunes que lui, mais qui ont commencé comme lui dans le comique pour finir en donneurs de leçons, comme lui également.
Je veux parler de Jugnot avec, par exemple, son film affligeant Monsieur Batignole, surfant sur la Seconde guerre mondiale et les dits « bons sentiments ». Bien loin de différents films de qualités diverses, mais unis par une non prétentieux ou non-moralisation-ostentatrice, et en compagnie de divers acteurs jouant généralement dans le comique comme :
*Francis Blanche en caricature de méchant nazi, en compagnie du couple Brigitte Bardot – Jacques Charrier dans « Babette s’en-va-t-en guerre », *Bourvil, Louis de Funès et Marie Dubois dans « La Grande Vadrouille », *Pierre Mondy, Jean Lefebvre, Aldo Maccione, Jean Carmet, André Pousse… dans la série de trois films sur « La Septième Compagnie », *Henri Tisot, Alice Sapritch, Michel Galabru, Pierre Doris, Luis Rego… dans « Le Führer en folie », *Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret, Michel Blanc, Michel Galabru à nouveau, Daniel Prévost… plus près de nous dans « Uranus » d’après le roman de Marcel Aymé.
On pourrait en ajouter bien d’autres, dont des films dans le genre tragique et sensible, mais sans flagorneries grotesques envers le camp du « bien » pseudo-démocratique. Tel « Fortunat » avec Michèle Morgan, Bourvil, Rosy Varte, Gaby Morlay ou encore… Frédéric Mitterand…
Et je veux évoquer également Bourdon, moins connu aujourd’hui comme le faux beauf des Inconnus (mais ce prétendu « rebelle » en son jeune temps, a-t-il été vraiment faussement beauf ?) que comme le vrai beauf du macronisme qui a éructé en 2021 à la France entière : « Les non-vaccinés [au faux-vaccin, vrai poison] sont des pauvres connards », précisant par ailleurs que son fils aîné, dont il ne s’est jamais vraiment occupé autrefois, lors de son premier mariage, bossait même chez Pfizer. Depuis il gère un boycott bien mérité – qui concerne d’ailleurs tant et plus de dits artistes, acteurs, comédiens… et autres fantoches… de la même trempe indigeste de la culture officielle subventionnée, ou si l’on préfère de l’inculture organisée et friquée, jusqu’à France (in)Culture comprise. Vivant sur le dos des Français « ordinaires ».
Insulter les opposants aux piqûres expérimentales délétères, pour ne pas dire létales à plus ou moins long terme pour un certain nombre, c’est ce qu’a fait également Perret, en propos et en chanson, cet histrion non seulement « auteur-compositeur-interprète » de chansonnettes, mais apparemment spécialiste patenté en vaccins et ARN-messager.
Et il a fait encore mieux en s’en prenant, comme un misérable fort peu miséricordieux, le 7 juin 2024, dans un texte plus qu’affligeant, à Rima Hassan, bien moins visée comme députée européenne que comme Palestinienne (Franco-palestinienne exactement), née dans un camp de réfugiés en Syrie, où ses grands-parents se sont retrouvés au moment de la Nakba, le Désastre de 1948.
Certains esprits courts osent faire de cette prose rimée (très mal rimée d’ailleurs) un poème et un propos de poète ! Texte révélateur de ce que Perret fut toujours finalement. Mais qui explose enfin, dans son ultime vieillesse. Je ne crois pas qu’on puisse lui accorder l’excuse ou la circonstance atténuante de la sénilité.
S’adressant à ses « fidèles loulous » (sic) il leur dit qu’il convient d’entendre « en grande précaution / Les folles élucubrations / D’un’ pasionaria en carton. » Rappelons quelles sont ses élucubrations. Elle aurait déclaré pourtant une simple évidence : qu’Israël était pire que la Russie. D’autant « plus pire », si je puis dire, que la Russie n’a rien de mauvais, mais plus encore beaucoup de bon. Cela dit, il est possible, somme toute, que sur la question ukrainienne elle n’ait pas fait le bon choix, je l’ignore. En attendant, la Palestinienne, une sémite pur jus, étant donc ravalée, je suppose, dans la tête malade de Perret, au rang d’« antisémite », ou pour le dire en un terme seul sensée (mais hors de sa portée) d’anti-sioniste. À moins que ce ne soit de raciste arabo-musulmane ?!
Il la questionne ainsi : « Sais-tu pourquoi, Rima Hassan / En tes veines dépourvues de sang / Circule un jus nauséabond ? / C’est parce qu’il n’est que du poison ». Premières remarques sur la forme : « Hassan » se dit àsàn et ne rime justement pas avec « sang » (sã) ; quant à « nauséabond » et « poison », ils ont une rime insuffisante en « õ ». Une rime vraiment pauvre.
Ajoutons encore que le deuxième octosyllabe est boiteux, il faut le dire (le chanter?) : « En tes vein’s dépourvues de sang ». Et même pour être plus exact, dans la poésie la plus régulière qui soit, l’octosyllabe est en fait un décasyllabe – régulier si je puis dire (en 4 + 6 syllabes) sauf que, normalement, on ne met pas de « e » à la césure d’un décasyllabe : « En tes vei-nes / dépourvu-es de sang ». Mais Pierrot n’a jamais été qu’un chansonnier, aucunement un poète. Et l’on apprend finalement un peu plus loin que le « jus nauséabond » qui circule dans les « veines dépourvues de sang » de Rima est finalement … quand même du sang, mais du « sang noir » ! … Peut-on risquer l’expression : du sang nègre ?
Puis, il a le culot de faire la tirade suivante : « Le chant des partisans », « Lily » / Tous ces poèmes ont fait le lit / De ceux qui combattent la haine / Qui met ce sang noir en tes veines. » Je dis culot, car il accole, met en parallèle, « le Chant des Partisans » et sa chansonnette dénommée « Lily ». Chanson (qualifiée « poème ») qui, avec le temps, montre qu’il ne faisait que suivre les idées dominantes du moment, comme déjà dit par ailleurs. Sortie en 1977, elle obtint d’ailleurs le prix de la Licra en 1978. C’est dire. La Licra, l’officine qui différencie l’ensemble des racismes d’un certain racisme unique. Incomparable et non mélangeable.
« Tous ces poèmes ont fait le lit » est amusant lorsque l’on sait que généralement « faire le lit de … » est une expression négative. Du genre : faire le lit du fascisme, de la barbarie, du racisme, de la réaction, du malheur …
« Le Chant des Partisans », celui qui incarne, à tort ou à raison, la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale, est juste là pour amener la suite. Je mets la fin de ses vers de mirliton (vers : petit animal qui ronge ; mirliton : tube creux de roseau garni par les deux bouts d’une pelure d’oignon), octosyllabiques, tels qu’ils doivent être massacrés phonétiquement parlant :
« Tu crois fair’ de la résistance / Tu n’ résist’s qu’à l’intelligence / Cell’ du cœur dont t’ignor’s le lien / Et ton combat ne rime à rien ». Prosodie « poétique » des plus calamiteuses ; farcie, rien de moins, que de cinq élisions des « e » dits « muets », mais justement pas muets devant consonnes en poésie, de « faire », « ne », « résistes », « celle », « ignores » ; et du « u » d’un « tu ».
Sur la forme donc, et plus encore sur le fond, ce ne sont pas les propos de Rima qui ne riment à rien, mais bien plutôt les propos de bistrot de Perret. En effet, le pseudo-poète « de gauche », dans un ultime vomi cérébral, affirme que soutenir activement les Palestiniens qui se font génocider est un combat qui ne rime à rien ! Elle est où et chez qui, la haine (pour ne pas dire la barbarie et l’inhumanité), Pierrot ?
Ignoble tirade « digne d’un facho », pour reprendre la terminologie consacrée. J’aime rappeler régulièrement cette prédiction des personnes les plus lucides (qui pour la plupart n’étaient pas précisément « de gauche »), dès la fin des années quarante et le début des années cinquante du siècle dernier : l’anti-fascisme d’aujourd’hui sera le fascisme de demain. Depuis « demain » est devenu « maintenant » ; et, nous y sommes à plein !
Cela me fait penser à l’attitude similaire (sur la/le covid comme sur la Palestine) de ce « philosophe de gauche », plus exactement professeur de philosophie se prétendant même libertaire, accessoirement auteur [sic] d’ouvrages affligeants à la pelle, comme Onfray l’ex-bigame sans enfant, qui lui aussi a dénoncé les anti-vax et suspendus « irresponsables » et autres « complotistes », durant l’épisode covidiste, et ne remarque pas de génocide à Gaza ; mais bien au contraire la défense de l’Occident contre les hordes barbares arabo-musulmanes.
C’est le même, qui tout en se déclarant athée, a fait plusieurs fois le panégyrique du judaïsme, porté aux nues le judéo-talmudisme – religion admirable, sic – tout en reléguant Yehoshua le Nazôréen (ou Nazaréen) dans la catégorie du sous-juif Galiléen, sorte de Palestinien avant l’heure, de renégat dont l’histoire rapportée par diverses sectes, dit-il, a accouché de cette religion détestable, selon lui, qu’est le christianisme. Préférant finalement, comme la plèbe judéenne manipulée par les pharisiens, Bar Abba, le Fils de Dieu, à Bar Adam, le Fils de l’Homme.
S’il y a quelqu’un qui me fait également penser à Perret, c’est, dans un genre plus « moderne », mais en totalement « déclinqué » physiquement, Renaud Séchan, dit Renaud, le bourge de gauche type et faux rebelle, qui lui avec l’âge a carrément viré sa curie en faveur de Sion (mais l’a-t-il vraiment viré ? ), « à cause que », sans doute, certains de ses ascendants furent activement collabos. Pour se donner « bonne conscience » ?
Je pourrais évoquer encore le différent qui a opposé Perret a Guy Béart, après que ce dernier eut lu l’un de ses livres de souvenirs. Guy Béart lui reprochant d’avoir présenté Brassens sous un mauvais jour, alors même que Brassens aurait tout fait pour aider Perret à ses débuts chantants. Brassens « l’encourage à écrire et composer », cela se trouve même dans l’encyclopédie mondialiste Wikipédia.
De même certains (y compris « à gauche ») ont imputé à Perret un récit quelque peu romancé (Adieu Monsieur Léautaud) des rencontres qu’il aurait eu avec Léautaud dans les dernières années de la vie de ce dernier (entre 1953 et 1956).
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PETIT POT-POURRI DE CHANSONS DÉGAGÉES OU ENGAZÉES.
Voici donc pour clore sur ce sujet, loin du « politiquement correct » habituel, un petit pot-pourri, un « medley » comme on dit en angliche.
Sur l’air de : Au Tord-Boyaux
Il s’agit d’un boui-boui tout crado Où les mecs bien rivés au radeau Mouillent leur cloison à l’État Profond : Pots-de-vin, du sous-sol au plafond. Quand surgit quelque schnock de retour Pour offrir des propos de vautour À tous les gros beaufs, bien dans l’air du temps, En facho, mais de gauche et mutant.
Au Tord-Boyaux, Le patron a nom Pierrot. Rien qu’à humer son bouillon Tu as compris le couillon.
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Sur l’air de : Les Jolies colonies de vacances
Les joli’s coloni’s du sionis-me Merci Pierrot, merci Bibi. Tout le temps, j’en veux du mondiali- i i – i is-me Youkaïdo aïda aïdi !
Je vous écris une bafou-ille, Faut pas vous faire de mouron. Ici, c’est sûr, tout tourne rond, J’ai que huit ans, mais je farfou-ille Dans les déchets et j’en ava-le Or, y a point d’eau pour s’hydrater Mais, artifice à pas rater, Tant de décharges de Tsaha-le.
Les joli’s coloni’s du sionis-me Merci Pierrot, merci Bibi. Tout le temps, j’en veux du mondiali-i i-i is-me Youkaïdo aïda aïdi !
* Sur l’air de : Moi, j’attends Adèle.
Moi j’attends le Geor-ges Pour qu’il rende gor-ge Il ne m’a jamais lancé, Et m’a même bien tancé. J’aime la magouil-le, Remuer la patouil-le ; Et que Guy Béart me laisse En déblatérer.
Moi j’attends les cons-ons Perdu dans mon coc-on Spécialiste en ARN Je me lance dans l’arène : Anti-confinés-és Sont des cons finis-is Faites-vous piquer sans cesse Et sans lésiner.
Moi j’attends la rim-e Et atteints la cim-e Pour insulter la Rima En tant que roi des prima. Comble de merveil-le J’ai besoin d’oseil-le Que les abrutis m’en laisse L’exclusivité.
(peut-être : à suivre …)
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ET EN MANIÈRE DE PLUS OU MOINS CONCLURE.
Perret guimauve, version Wikipédia :
« L’interprète, dans un style apparemment naïf, voire enfantin, avec candeur et humanisme, pose des questions pertinentes avec un sourire malicieux. […] chansons enfantines, comiques, grivoises, légères ou engagées, entre humour et tendresse ».
Perret à distance – ma version présente :
Rigolard, au sourire niais, pour ne pas dire niaiseux forcé ou racoleur (souci de plaire ?), il se donne toujours le beau rôle, dans des chansons qui le plus souvent ne volent pas bien haut. Même du temps ancien où il se la jouait « petit mec » (cf. Ma Gosse par exemple). Volontiers gaillard, paillard, l’égrillard vire de nos jours à l’aigri moralisateur, auxiliaire de la propagande.
Beaucoup le décrive comme un tendre, mais je le verrais bien plutôt, et le temps passant, comme une sorte de démagogue ; qui finit « fleurettant » agressif, avec la pire des réactions, le mondialisme et fort évidemment le racisme anti-arabe concomitant. Bien triviale et assez chafouine, telle est finalement sa rébellion ou sa gouaille.
J’évoquais plus haut le chansonnier (qui chante faux d’ailleurs) Renaud (un qui n’a pas fait très longtemps illusion). Un élément le rapproche de Perret. Ainsi, quand on pense qu’il existe en France des « École Pierre-Perret » (En 2021, on en était rendu à 34 écoles à son nom ! ) et des « École Renaud-Séchan » ! Le premier a pour tout diplôme scolaire le Certificat d’Études Primaire. Certes, cela valait bien au moins le brevet et même davantage autrefois. Et le second fut plus ou moins un cancre qui a mis deux ans à obtenir son BEPC.
Autre point commun : une faiblesse devant des démons. On sait que Renaud a cédé toute sa vie à l’alcool, avec des périodes de déprime. Je ne sais comment tout ça a été soigné mais s’il a mélangé anti-dépresseurs et alcool, son état ne droit vraiment pas être brillant. Il suffit de voir son visage pour le comprendre.
Moi, j’ai connu autrefois un gars qui avait le mal vivre ; il marchait à la bière et aux anti-dépresseurs en même temps, une première fille l’avait quitté, en ayant marre du personnage, il s’était mis avec une seconde à qui il fit deux enfants, et peu d’années après, on l’a retrouvé pendu dans un petit bois derrière chez lui. Comme chantaient Les Charlots : « Derrièr’ chez moi, savez-vous quoi qu’«y gna » ? Y a un bois, le plus joli des bois, petit bois derrièr’ chez moi. »
Quant à Perret il a su dire à propos de son épouse : « Je ne serai pas qui je suis sans elle. On est un couple fusionnel. […] J’ai toujours été de plus en plus exigeant vis-à-vis de moi-même, et Rebecca m’a toujours aidé à ne pas sortir des rails » (entretien dans Gala du 14 février 2019, repris en partie par purepeople.com et par amomama.fr). De quels rails s’agit-il ? On l’ignore.
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Dans le même genre qu’une école : des édiles, je ne sais où (et je n’ai pas envie de chercher), ont décidé de baptiser des rues à son nom. « Sur la première rue qui a porté mon nom, il est écrit : « Pierre Perret, auteur, compositeur, poète ». […] Je ne suis au fond qu’un simple baladin de la rime. » déclare-t-il en 2018, du moins c’est ce qui est écrit dans l’article de Marc Fourny opus cité.
Effectivement, il n’a rien d’un poète. Il met à mal la prosodie poétique, la versification régulière. C’est effectivement un baladin, mais pas même de la rime. Si ce n’est souvent de la rime peu recherchée ou facile, pauvre ou insuffisante. C’est un baladin de l’approximatif. Pour le moins au niveau des paroles de ses chansons. Quant à sa voix proprement dire, elle est assez banale, commune, peu puissante, ayant tendance à se porter sinon sur la voix de tête, du moins sur le nasillard.
Par contre, je ne discuterai pas la question des mélodies de Perret. Sauf à dire, en gros, qu’elles relèvent de la chanson populaire traditionnelle, et en partie de la musique de danse ou entraînante également traditionnelle. Instruments d’accompagnement compris. Mélodies généralement faciles à reprendre au refrain.
Elle semble faire la part belle à un accompagnement relativement aisé (simplifié) à la guitare, de ce que j’ai pu en voir. Ne forçant pas trop sur les accords barrés. Moi-même, j’ai pendant très longtemps, à mon infime niveau, joué de la guitare d’accompagnement (avec des accords). Mais depuis des années, mes cals sont tombés et je n’utilise plus la guitare que pour faire quelques petites mélodies. L’essentiel passe maintenant dans un logiciel de composition de ce que j’appelle ma petite musique, ma musiquette.
Je note enfin que le saxophone semble avoir disparu de l’univers musical de Perret, sur scène, dans l’enregistrement en studio. Du moins de ce que j’en connais. Il est d’ailleurs notable de constater qu’il a fallu attendre l’année 2016 pour que Perret vienne chanter pour la première fois dans sa ville natale, Castelsarrasin, invité par la mairie qui en aurait profité pour y dévoiler son buste réalisé par un sculpteur de Toulouse. Il y avait « belle heurette » qu’il avait renié sa prime jeunesse et sa ville natale.
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On a souvent comparé Pierre Perret à Georges Brassens, pourtant ils ne jouent pas tous les deux dans le même registre de ladite « chanson à texte ». Prenons un simple exemple.
Voici quelques strophes d’Oncle Archibald de Georges Brassens, de 1957 :
[…] Telle un’ femm’ de petit’ vertu Elle arpentait le trottoir du Cimetière Aguichant les homm’s en troussant Un peu plus haut qu’il n’est décent Son suaire
Oncle Archibald, d’un ton gouailleur Lui dit : » Va-t’en fair’ pendre ailleurs Ton squelette Fi! des femelles décharnées! Vive les bell’s un tantinet Rondelettes! «
Lors, montant sur ses grands chevaux La Mort brandit la longue faux D’agronome Qu’elle serrait dans son linceul Et faucha d’un seul coup, d’un seul Le bonhomme […] O vous, les arracheurs de dents Tous les cafards, les charlatans Les prophètes Comptez plus sur oncle Archibald Pour payer les violons du bal A vos fêtes
On peut y noter une certaine négligence prosodique, ou de rime. Mais aussi tout une série d’enjambements audacieux, marqués, en cours de phrase et qui la casse, par des rimes inattendues. Et ce qui se dégage de l’ensemble, c’est son côté totalement intemporel.
Voici en prosodie poétique plus régulière et avec des remarques concernant les rimes, ce qu’il en est : Femme de petite vertu / Elle arpentait le trottoir du [rime pauvre, mais « t » est la consonne sourde correspondant à « d », sonore] / Cimetière / Aguichant les hommes en troussant / Un peu plus haut qu’il n’est décent [rime normale] / Son suaire [rime normale] // Oncle Archibald, d’un ton gouailleur / Lui dit : « Va faire pendre ailleurs [rime normale] / Ton squelette/ Fi! des femelles décharnées! / Vive belles un tantinet [une assonance en « n » ou rime approximative en « né » et « nè », et rime féminine avec rime masculine], / Rondelettes! » [rimes riches] // Lors, montant sur ses grands chevaux / La Mort brandit la longue faux [rime pauvre, mais « f » est la consonne sourde correspondant à « v », sonore] / D’agronome / Qu’elle serrait dans son linceul / Et faucha d’un seul coup, d’un seul [rime riche] Le bonhomme [rime riche] // O vous, les arracheurs de dents / Tous les cafards, les charlatans [rime pauvre, mais « d » est la consonne sonore correspondant à la sourde « t »] / Les prophètes / Comptez plus sur oncle Archibald [amuïssement du « ne » et donc « plus » prononcé « plu » et non pas « pluss » ; et « d » final de « Archibald » muet] / Pour payer les violons du bal [rime riche] / A vos fêtes [rime riche].
Notons encore l’archaïsme (rendu nécessaire et donc encouragé) afin de respecter la bonne longueur du vers : avec une apocope (ou plus exactement une forme primitive qui eut cours jusqu’au moyen français) « lors » (du latin vulgaire *illa hora, cette heure-là) pour « alors » (ancien « à lors ») ; et une diérèse (su-aire) pour « suaire ».
Pas de légion d’honneur pour Brassens, ni d’Académie française, bien que dès la fin des années soixante, des rumeurs circulaient sur une possible entrée à l’Académie. Si bien que certains se sont crus obligés de le « dénoncer », comme par exemple le chanteur Jean-Marie Vivier dans la « Supplique à Georges Brassens pour qu’il n’entre pas à l’Académie française » (paroles de Raymond Sarge, mélodie de Vivier). Par contre, en 1967, Brassens a reçu le Grand prix de poésie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre poétique (d’un montant de 10.000 francs).
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Et maintenant, quelques strophes de Tonton Cristobal* de Pierre Perret, de 1967 :
Tonton Cristobal est revenu. Des pesos des lingots / il en a l’cul cousu. La famille hypocrite / cri’ : « vive le barbu » Tonton Cristobal est revenu.
A nous ses p’tits neveux / on nous disait : « Il s’est taillé En Amériqu’ du Sud / sans un pélot tout débraillé. Mes enfants que la Vierg’ / nous patafio-o-le Plutôt que de revoir/ un jour sa fio-o-le ». A Buenos Air’s i’ f’sait la traite D’on ne sait quel produit. Il est rev’nu fortune faite Plein de cadeaux jolis. Une poupé’ qui fait pipi qui s’ mou-ou-che Et qui-a des seins qu’s’gonfl’nt avec la bou-ou-che
(au refrain)
Depuis qu’tonton est là / on fum’ de la marijuana ; On fout des coups d’pétard/partout nos parents mouftent pas. Le matin après l’chocolat / on chi-i-que Et on crache à six pas / comme au Mexi-i-que. Il était chef guérillero Et dur comme un silex. Il a battu José Corral Au poignard en solex : Estafilé de l’oreille à la bou-ou-che L’autre avait un bel abreuvoir à mou-ou-ches. […]
*Cristobal (Cristóbal en espagnol), Christophe, Christophóros, « celui qui porte le Christ ».
On peut y noter une négligence prosodique bien plus développée que dans le texte de Brassens, à propos du « e » final atone en particulier, élidé. *2 Et un curieux mélange bigarré ; de rimes insuffisantes, pour ne pas dire indigentes, qui ne demandent vraiment pas beaucoup d’effort ; et, à l’inverse, de rimes riches. D’un côté par exemple : revenu / cousu / barbu, produit / jolis, marijuana / pas. Et de l’autre : taillé / débraillé, patafiole / fiole, silex / solex…
Ou même absence de rime (guérillero / Corral). À moins qu’il ne s’agisse d’un agencement de « vers » un peu malmené. Comme il l’est, au même niveau de la composition musicale, avec un découpage en 6 / 6 : Mes enfants que la Vierg’ / nous patafio-o-le, puis au couplet suivant avec un découpage en 8 / 4 : Le matin après l’chocolat / on chi-i-que.
Perret pratique également les enjambements, nombreux, mais moins extrêmes, plus conventionnels que ceux de Brassens. Enfin, ce qui se dégage de l’ensemble est un agencement plus disparate, et surtout son côté totalement temporel. Pour ne pas dire daté. La rime « silex / solex » a mal vieilli. Qui connaît encore les solex des années soixante / soixante-dix ?
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Et surtout, en 1967 qu’en était-il de la situation politique et sociale en Argentine ? Le peuple subissait la pire des dictatures militaires « de droite », avec une sorte de tyran à sa tête qui venait l’année précédente de mettre en branle une « révolution argentine, nationale catholique », remettant en cause tous les acquis sociaux et les nationalisations du péronisme : régime ou plutôt système également bien critiquable par son totalitarisme « de gauche ». Le chef de l’État, un militaire avait les pleins pouvoirs, la censure y était très active, la répression était féroce, contre les syndicats et le milieu estudiantin en particulier. Le parlement avait été dissous, les partis politiques également ; leurs biens confisqués et vendus.
Et voici que Perret nous parle d’un oncle qui revient en France, après avoir trafiqué et fait fortune à Buenos Aires dans on ne sait quel commerce louche. Perret semble avoir une prédilection moins pour les rebelles, contestataires ou révolutionnaires que pour les malfrats et interlopes, quand ce n’est pas se moquer des humbles et des paumés et des misères des milieux populaires. (cf. par exemple plus haut : Le Bonheur conjugal). En une sorte de Bruant, qui lui aussi a su faire son beurre de la misère du petit peuple. Et non pas d’un Gaston Couté, « le gâ qu’a mal tourné ». Ou d’autres du même genre.
Perret, c’est le confusionnisme. Un mélange gloubi-boulga de tout et de son contraire. On a ainsi dans une nouvelle version de la chanson sur le Tonton, en introduction un air semble-t-il brésilien alors qu’il est, du moins en apparence, question de l’Argentine et pas du tout de favelas. Et bien évidemment, dès la version originale, un chœur d’enfants (ou supposés tels) pour lancer : « Tonton Cristobal est revenu », mais n’osant pas aller plus loin quand même. Chœur d’enfants comme dans « les jolies colonies de vacances » (1966) qui racontent moins du comique que du laid, du moche, du tordu ou quasi pervers. Du mauvais goût. Curieuse manière d’élever (hausser) la jeunesse. Il faut savoir que « tante Yvonne » (Madame de Gaulle) aurait essayé de faire interdire la chanson sur les ondes (du moins celle de la radio d’État). Ce qui est encore un autre sujet.
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Pierre Perret Les Jolies colonies de vacances 1966
Peut-on appeler ça des chansons enfantines ? Destinées à des enfants ? Comme, par exemple, chez Anne Sylvestre ? Chez Henri Dès ? Ou chez Sophie Makhno, la première femme avec qui Perret a vécu ? Femme qui, en particulier, est l’auteur des paroles et l’interprète de chansons pour enfants dans les années soixante-dix sur une trentaine de disques 45 tours (cf. Encyclopédisque.fr).
Aussi, à quoi rime (si je puis dire) d’utiliser des chœurs d’enfants, en début de refrain d’une chanson musicalement entraînante, qui nous parle finalement d’un malfrat ou de quelque maffieux qui serait finalement… un chef guérillero (« vive le barbu ») ayant rapporté de la marijuana, des armes à feu et du tabac à chiquer utilisé par des jeunes ? Et dont les « jolis cadeaux » consistent en une poupée qui urine et se mouche et qui a des seins qui se gonflent avec la bouche ? Cela me paraît être assez minable, assez déplacé. Une forme de « pédo-folie » peu constructive, pour ne pas dire amorale. De racolage de l’enfance. On ne peut peut-être pas rire de tout avec n’importe qui, en particulier avec des enfants.
Notons d’ailleurs qu’un premier couplet dit : « Une poupé’ qui fait pipi qui s’ mou-ou-che / Et qui-a des seins qu’s’gonfl’nt avec la bou-ou-che » quand un second raconte que « Estafilé de l’oreille à la bou-ou-che / L’autre avait un bel abreuvoir à mou-ou-ches ». Il y a pourtant plusieurs autres rimes en « ouche » comme : ouche, couche, douche, louche, rouche, souche, touche… Soit dit en passant, « estafilé » est un mot rare et plus récent que « estafiladé ». (« estafilé » et « estafiladé », ces deux mots sont soulignés en rouge par mon « correcteur » d’orthographe).
Bien évidemment, Perret a trouvé bon d’agrémenter le refrain d’un alexandrin bricolé qui dit : « Des pesos des lingots / il en a l’cul cousu ». L’important pour lui est de mettre sa marque de fabrique, une touche de vulgarité totalement gratuite. Le pur plaisir de dire un « gros mot ». Cela dit, ça ne l’a pas empêché (bien au contraire je pense, à notre époque) d’être fait Chevalier de la Légion d’honneur, Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres, membre du Conseil supérieur de la langue française. Ainsi que de l’Académie Alphonse-Allais qui, lui, pourtant, n’est jamais tombé dans la vulgarité.
En fait dans tout un tas de chansons « burlesques » il n’y a pas grand-chose de sensé, ni encore moins de véritablement social chez lui. Si ce n’est qu’il existe aussi, dans une sorte de balancier, des chansons bien propres, et même trop propres, et intégralement dans le moule du temps (« humanistes » pourrions-nous dire si nous ne connaissions pas les élucubrations de ces dernières années). Pour s’excuser et compenser. Telles : Mon p’tit loup, La Cage aux oiseaux, Lily…
Malheureusement – puis-je le dire ? – demeurent des « Jolies colonies de vacances » et des « Tonton Cristobal » de la trempe loufoque de bas-étage, dont la dérision tombe dans le dérisoire. Et dans la négation de ce qui pourrait apporter quelque chose de positif ou de grand. Aux gens dans leur ensemble et aux enfants en particulier.
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Perret n’ayant pas l’avantage de naviguer librement dans l’imaginaire comme un Hergé par exemple quand, dans Tintin et les Picaros, entre un général Tapioca et un général Alcazar (qui fut un temps reconverti en artiste de music-hall, en Europe) – qui sur le fond sont très certainement « kif-kif bourricot » – surgit en trompettes, flonflons exubérants et fanfares envahissantes, l’inénarrable pantin Séraphin Lampion devenu président d’une troupe folklorique, les Joyeux Turlurons, qui se trouve mêlée bien malgré elle à un coup d’État.
Los Picaros ? De l’espagnol « pícaro / pícara » : malin/maligne, coquin/coquine, fripon/friponne. Dans la littérature espagnole des XVIe et XVIIe siècles le « pícaro » désigne le héros espiègle, rusé, roublard. Voir également l’expression : « ser un pícaro », être grivois.
Dérision finale pour un Georges Remi revenu de tout ? Désabusé, par les révolutions et contre-révolutions, le poids des media et de la propagande dans les sociétés, ou encore le tourisme de masse. Critique parodique des saines vertus (sic) véhiculées par Tintin et son entourage dont Archibald (Haddock) – si l’on veut bien oublier ses antécédents alcooliques – dans un univers fortement temporalisé ?
Les Joyeux Turlurons : un métissage de Turlupins (« Sectes d’hérétiques qui se répandirent en France, en Allemagne et dans les Pays-Bas pendant le XIIIe et le XIVe siècle ; ils soutenaient qu’on ne doit avoir honte de rien de ce qui est naturel. » Le Littré) et de joyeux lurons ? Turlutte, turlurette et turlututu ! Peut-être moins picaresques que pittoresques.
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Enfin, dans les chansons humoristiques de Perret (qui n’oublie que rarement la grivoiserie ou le sexe) on est à la limite (inférieure) de ce que l’on peut appeler une chanson à textes, donc bien loin, pour ne pas dire à l’opposé du poème chanté (souvent, mais pas toujours, à mélodie feutrée ou sans beaucoup d’effets), et à l’inverse axée sur la musique (mélodie des refrains en particulier et rythmes entraînants, dansants).
Rigolard d’immédiateté (cocasse ou baroque) plus qu’humoriste profond, où tout semble médiocre : l’histoire racontée (minable), la prosodie (abîmée), la mélodie (demeurant dans le medium) pratiquant la destruction bien plus que la construction ; le tout porté vers le bas, le vulgaire ou l’aguicheur ; épiçant sa production chantée par des livres consacrés à la gourmandise, la cuisine et vins. Ayant compensé le tout en autant (d’hypocrites ?) « bons » sentiments (« humanistes ») en chansons, qui ne coûtent rien, si ce n’est le prix d’une ou plusieurs places à un concert, ou d’un disque pour le gogo ébahi. C’est cela aussi, la mascarade.
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Plus haut rappelé que ses chansons ont un fort côté temporel. En effet, tout est daté, et datable, chez lui. C’est un point que sa production a en commun avec tout un tas de chansons dites traditionnelles. Du genre « Cadet Roussel(le) a trois maisons », sur l’air lui-même d’une chanson antérieure concernant « Jean de Nivelle ». Ou du genre « C’est la Mèr’ Michel […] C’est le Pèr’ Lustucru » dont les versions (paroles et airs utilisés) remontent au moins au début du XVIIIe siècle.
Et bien sûr l’argot lui-même est daté. Prenons le premier couplet du Tord-Boyaux (1964) :
Il s’agit d’un boui-boui bien crado Où les mecs par-dessus l’ calendo Se rinc’nt la cloison Au Khrou’tchev maison Un Bercy pas piqué des hann’tons…
Forme de couplet-type à rythme irrégulier que l’on retrouve d’autres fois chez lui (sous cette forme ou des formes similaires). Ici, en nombre de syllabes : 9/9//5/5//9 ; ou écrit autrement : 9/9/10/9 ; et pour la rime : a/a/b/b/b.
Avec donc, rimes en « do », « zon » ou « on ». Et assonances internes en « i » (agit, boui-boui … Bercy). Et bien évidemment de l’argot ou français populaire avec : boui-boui, crado, mec, calendo, se rincer la cloison, pas piqué des hannetons. Combien ont vieilli ou ne sont plus vraiment de notre époque ? Qui dans les jeunes générations comprend l’expression « au Khrou’tchev maison » synonyme de : « au gros rouge qui tache », expression elle-même vieillie.
Krouchtchev est évidemment l’ancien dirigeant « communiste » de l’URSS. Communiste (ou prétendu tel) = rouge = vin (rouge). « Maison » : de la réserve en alcool du boui-boui, de la gargote. Rappelons que boui-boui désigne, ou a désigné autrefois, non seulement un restaurant ou une auberge de très mauvaise tenue, infréquentable, qu’un théâtre, café-concert, cabaret de dernier ordre, ou encore un petit bal mal famé, voire une maison de débauche et de prostitution, un cloaque. Le tout (Khrou’tchev *3 maison) = (mauvais) vin (rouge), la bibine destinée aux milieux populaires, ouvriers, paysans, artisans…
Et qui, dans ces nouvelles générations, comprend qu’« un Bercy pas piqué des hann’tons » = un mauvais vin, un mauvais mélange de vin, mis en bouteille à Bercy. Bercy ou autrefois se tenaient un grand nombre de négociants de vin de la capitale. Ce sont à la fois les négociants qui étaient de la capitale, et le vin qui était de la capitale. Je m’explique.
Lorsque j’entendais « un Bercy » dans la chanson de Perret, je croyais qu’il s’agissait d’un cépage ou d’un vignoble ou de quelque château, domaine, propriété viticole. Jusqu’au jour, très récent, où j’ai compris qu’« un Bercy » évoquait un vin frelaté, plus ou moins bon marché, fabriqué à partir de mélanges de productions diverses de la France entière qui arrivaient, par chemin de fer ou par bateau au port de Bercy sur la Seine, aux anciens entrepôts vinicoles de ce quartier de Paris.
Autrement dit un ensemble de produits d’assemblage pouvant être de qualité (très) douteuse. Avec des mélanges non seulement de cépages, de cuvées, d’années de production, mais encore d’appellations d’origine, ou même de vignoble, voire encore d’apports divers en sucre, et autres produits de transport et de conservation…
Cette chanson encore était faite, liée à l’actualité. En 1964, Krouchtchev est remplacé par Brejnev ; et, le début de la fermeture à Paris, des « chais » de Bercy, devient effective à compter de cette même année. Le quartier étant en grande partie remodelé, d’année en année, jusqu’à la construction à partir de 1979 du Palais omnisports de Paris-Bercy, puis à partir de 1988, de l’installation du nouveau ministère de l’Économie et des Finances.
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Puis-je résumer une partie des chansons de Perret de cette manière ? Sur le fond Pierre Perret, s’est depuis le début plutôt spécialisé dans la petite « provoc » peu ragoûtante, sur les mœurs de ses contemporains et le sexe, avec un humour faussement « bon enfant », ou pas destiné à des enfants mais en les mêlant quand même à cela. Ayant un goût marqué pour l’interlope, l’irresponsabilité, la grossièreté gratuite ou le vulgaire mêlés de gouaille aguicheuse et, ainsi, à l’occasion de chœurs d’enfants (ou prétendus tels). Navigant également entre le comique ou la gaudriole, la gastronomie ou la gourmandise, l’esprit leste ou le libertinage, du moins en paroles ou en écrits. Et agrémenté, pour donner le change, de quelques prétentions humanistes ou tendres en certaines chansons, au final ne valant pas tripette.
C’est également le personnage qui, pratiquement jamais chez lui pendant des années, mais en tournée, ou alors écrivant des chansons (dont un tas de chansons destinées réellement à des enfants, du moins de ce que j’en connais), a eu le temps (où, quand, comment ?) de publier tout un tas d’ouvrages d’autobiographie, de gastronomie et œnologie, de poésie érotique, de lexicologie et d’histoire sur les métiers et sur l’argot, ou plus exactement les argots ou jargons de métier.
J’aimerais comprendre comment il a pu faire tout cela. Ceci relève du mystère un peu comme pour Onfray, évoqué plus haut, qui a écrit tant et plus d’ouvrages alors qu’il a passé son temps depuis des années dans les media et dans son ex-université populaire.
Mais somme toute, pour pour finir quand même sur une note un peu positive, sur la forme, il faut reconnaître à Perret de s’être maintenu dans une certaine tradition de la chanson française populaire courante. Tant sur la forme que sur le fond. Celle que l’on peut qualifier de chansons de fêtes populaires diverses : chansons de mariage, de fin de soirée, de bistrot, de corps de garde. En partie spécialisé dans le coquin, l’érotique, le grivois, le paillard, ou dans le style de chansons à boire. Sans oublier le trivial parfois. Avec tous leurs lieux communs habituels, pour ne pas dire récurrents. Et si je puis dire récurant même. Enfin, ne manque chez lui (du moins de ce que j’en connais) que le réemploi d’airs connus, plus ou moins anciens, sur d’autres paroles.
… Dans une certaine tradition de la chanson française populaire, ai-je dit. Mais dans une partie seulement de la tradition populaire. Car, il a longtemps et/ou souvent existé des chansons dites populaires impeccables tant en diction (« e muet », diérèses ou synérèses compris) qu’en mélodies recherchées (airs à voix).
Mais dans les faits, depuis l’épisode covidiste, Perret n’est plus qu’un jobard en perdition. Décati, décrépi.
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NOTES :
*1- Maison close ou maison de redressement (comme on disait autrefois) ?
*2- Le « e » final est quelque chose d’ambigu, ou pour le moins de fluctuant dans la chanson, plus encore à notre époque de déconstruction et de « bâtardérisation » (du verbe « bâtarder »), qu’autrefois. Sachant encore que la chanson relève bien plus, de nos jours, de la simple expression orale que de la déclamation poétique. Notons (C) pour : consonne, et (V) pour : voyelle. En bonne diction (principalement méridionale, du moins au niveau du « e »), ou en poésie classique, traditionnelle, notons ce qu’il en est, d’une manière générale, selon les cas. a) en finale de vers, tous les mots terminés par un « e », soit donc toutes les rimes féminines (ce qui n’a rien à voir avec le genre de ces mots, du moins quand ils en ont un) ont ce « e » amuï. Que cela soit d’ailleurs un « -e », un « -es » ou un « -ent ». Par exemple : il chant’, ils chantai’nt, la poési’, les herb’s. Ou réduit à peu de chose (cas des doubles consonnes finales) : la porte, la table, le sabre, les arbres… ; b) dans le cours du vers, les mots en -(C)e amuïssent leur « e » final devant voyelle ou « h » non aspiré ; mais m’amuïssent pas leur « e » final devant consonne ou « h » aspiré (ne permettant pas la liaison, ex. u-ne hache) ; c) dans le cours du vers, les mots en -(V)e amuïssent leur « e » final devant voyelle ou « h » non aspiré ; mais m’amuïssent pas leur « e » final devant consonne ou « h » aspiré, du moins dans la poésie la plus classique qui soit ; d) mais très généralement de nos jours, parmi ceux qui écrivent encore de la poésie régulière, classique, il est convenu d’éviter les « e » finaux derrière voyelle, situés devant consonne ou h aspiré, ou à défaut de les ignorer (exemple, prononcer : la vi’ de la Terre, et non pas : la vi-e de la Terre, avec « vie » en deux syllabes, comme c’était le cas aux siècles passés ; ou : c’est la rêveri’ des jours et des nuits) ; e) dans le cours du vers, les mots en -(C)es (substantif, adjectif…) ou -(C)ent (verbe conjugué…) n’amuïssent pas le « e » final. On dit : « Les cham-bres z-et les couloirs » : sept pieds ; « Les hom-mes man-gent t-avec entrain » : neuf pieds ; f) dans le cours du vers, les mots en -(V)es, -(V)ent amuïssent les « -es » ou « -ent » finaux devant voyelle : dans les nu’s assouvies (6 pieds) ; devant consonne : venai’nt des hommes et des femmes (8 pieds). En résumé. « Elles chantaient à tue-tête » se dira : el-les chantai’nt t-à tu’-tête (sept pieds). g) dans les mises en musique (en mélodie) de la poésie classique et/ou régulière, il est possible de rencontrer des allongements de fins de vers, concernant des rimes féminines, transformant par exemple un octosyllabe en un ennéasyllabe ; ou un alexandrin en un tridécasyllabe. Avec un « e » final, normalement muet en poésie, sur-numéraire. Je ne parle pas, non plus, de possibles vocalises sur une ou plusieurs syllabes qui peuvent allonger d’autant non seulement un mot mais toute la ligne poétique, le vers. h) quand la musique prend le pas sur le texte, on peut rencontrer aussi des formes fautives, où des mots se terminant par une consonne sont affublés d’un « e » incongru, prononcé, chanté. Dans des airs populaires en particulier. « Dans le bal-e », « sur le sol-e », avec un ə central (comme dans : le), du moins quand il n’est pas confondu avec le suivant, ou un œ (comme dans : leur) ; voire avec un ø (comme dans jeu)…
*3- Avec « Khrouchtchev » plutôt prononcé « crout’chèf » ou « crouc’chèf », que « crouch-tchèf »
QUELQUES SOURCES : boiteachansons.net bide-et-musique.com dico-du-vin.com encyclopédisque.fr topaccords.com
Ajout :
J’ai écrit plus haut que Pierre Perret fut pratiquement jamais chez lui pendant des années. Cela me fait penser à Jacques Brel, « l’abbé Brel » comme le surnomma à ses débuts Brassens, qui fut dans la même situation et qui lorsqu’il était présent chez lui entendait régenter « d’une main de fer » sa maisonnée de femmes (épouse et trois filles). Type qui trompait allégrement sa femme tout en exigeant que ses filles marchent droit et fréquentent les bonnes écoles privées. À l’inverse, Georges Brassens qui rencontra la muse de toute la suite de sa vie à 26 ans, elle en avait 36, n’eut aucun enfant avec elle, et trouvait d’ailleurs déplacé d’en avoir avec la vie de saltimbanque qu’il menait. Ils demeurèrent non mariés et chacun vivant chez soi. Lui, souvent avec « Les Copains d’abord ».
« Des propos détonnants » a donc titré L’immonde, le 21/8, concernant ce qu’aurait dit Cramon, dans un long entretien aux « states », pour Paris-Match (cf. l’édition du 19 août) avec Darius Khoshbin, dit Rochebin, Suisse romand de père iranien, chevalier de l’ordre (français) des Arts et des Lettres depuis 2011 ; ce journaleux grillé dans son pays qui « œuvre » maintenant pour la propagande mondialiste à TF1, et LCI en particulier. *
Confusion entre « détonant » et « détonnant » nous dit Olivier Mathieu (voir son article sur ce blog).
Moi, j’aurais bien envie d’ajouter : Il y a peut-être aussi eu une confusion inconsciente entre « détonants » et « d’étonnant ». La personne de L’Immonde qui a copié le texte où il est question « des propos détonnants » a pu constater à son point de vue, à les lire, ce que ces propos avaient d’étonnant. « Détonants » + « d’étonnant » donnant au final : « détonnants ».
Je veux parler, en particulier, des propos délirants que Cramon a tenu concernant les Russes et concernant Candace Owens.
* Après 25 ans passés à la RTS (télévision de la Suisse romande), il la quitte le 2 août 2020, pour TF1 et LCI. En octobre 2020, le quotidien suisse Le Temps publie une enquête sur des histoires de sexe non consenti et d’attitudes déplacées au sein de la RTS, évoquant Rochebin et deux autres hommes. En novembre 2020, je recopie ici Wikipédia : « Cinq cent cinquante employés de la RTS, dans une lettre ouverte àleur direction, s’étonnent que, dans un message adressé aux équipes du journal, cette dernière évoque uniquement le cas de Darius Rochebin, alors que deux autres hommes sont également évoqués dans l’article du Temps ». Rochebin porte plainte pour diffamation en décembre 2020. La plainte est retirée en 2021, à la suite d’un accord (à quel prix?) avec le groupe qui détient Le Temps. Puis, le 16 avril 2021, la SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision) livre son rapport d’enquête interne. Tout est déclaré « clean » pour Rochebin. Cramon a quand même un certain talent pour s’entourer ou collaborer avec des gens … comment dire ?
Selon un article paru aujourd’hui (21/8) dans Le Monde, Macron aurait tenu des propos détonnants à Paris-Match au sujet de l’Affaire Brigitte / Jean-Michel.
Nous vivons dans un tel monde d’illettrés que personne ne s’est sans doute rendu compte que, de la sorte, Le Monde accuse Macron de détonner. « Détonnants », en effet, est le participe présent adjectivé de « détonner », qui signifie « sortir de l’intonation ». Détonner, c’est sortir de la bonne intonation, chanter faux.
Tandis que « détoner » signifie émettre un bruit qui rappelle celui du tonnerre.
Le Monde veut-il dire que Macron tient des propos qui rappellent le bruit du tonnerre, ou qu’il sort de l’intonation et chante faux? Comme l’article du Monde est sous-titré « décryptage », comment diantre décrypter la profonde science orthographique du Monde?
Livre traduit par Marguerite Mathieu / éditions Robert Laffont, 1964.
Livre traduit par Marguerite Mathieu
Marguerite Mathieu avait été la première lauréate en septembre 1939 de la bourse d’études du « fonds des mieux doués ». Titulaire en 1948 d’une maîtrise en philosophie et philologie classique. Prix Goblet d’Alviella 1950, en collaboration. Titulaire en 1950 d’une maîtrise en philologie et histoire orientales et slaves. Doctorat à Bruxelles, le 26 novembre 1953. Diplômée de l’Ecole nationale des langues vivantes de Paris (section ukrainien). Assistante associée à Paris-X Nanterre depuis janvier 1966, assistante non titulaire à partir de septembre 1974, assistante depuis avril 1983, Marguerite Mathieu y avait créé son cours de latin médiéval en 1968. Ce cours consistait en une initiation à la latinité médiévale (langue, symbolisme) et à la paléographie. Ma mère était aussi, depuis 1975, membre étranger de l’Institut sicilien des études byzantines et néo-hellénistiques de Palerme, où sa thèse sur Robert Guiscard avait été publiée (416 pages) en 1961.
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Sous le signe du 8.
Née à Bruxelles le 8 août 1925, en d’autres termes le huitième jour du huitième mois de l’année 1925 (1+9+2+5=17, 1+7=8), Marguerite Marie-José Mathieu est morte à Paris le 12-8-1988, en d’autres termes le huitième mois de l’année 1988, quatre-vingt-huitième année de ce siècle (1+9+8+8=26, 2+6=8). « Marguerite Marie-José Mathieu » = 26 lettres, 2+6 = 8. Ma mère avait un niveau tellement supérieur que l’Etat belge l’avait dispensée de toute obligation de fréquentation scolaire dès 1938 et l’avait invitée à passer son baccalauréat à l’âge de quatorze ans, pour s’inscrire ensuite immédiatement à l’Université. Pendant les Années 1930, par ailleurs, elle avait passé toutes ses vacances d’été à Visé, à peu de distance de la frontière du Troisième Reich. Elle avait fait plusieurs voyages en Allemagne, le tout dernier au début de 1939. On ignore en effet très souvent qu’existait alors, en Allemagne, une sorte de programme « Erasmus » avant l’heure. Dans son autobiographie Lanterna Magica, publiée en 1987, l’immense cinéaste Ingmar Bergman parle lui aussi, si mes souvenirs sont exacts, de ce programme. À l’été 1934, le très jeune Bergman avait été invité en Allemagne. Ayant quitté l’école à quatorze ans, et ayant eu quinze ans au moment de la déclaration de guerre faite à l’Allemagne nationale-socialiste par la France et l’Angleterre, Marguerite Mathieu avait ensuite échappé par pur miracle à la mort sous les bombardements anglo-américains. Qu’il suffise de rappeler que le 7 septembre 1943 (ma mère avait 18 ans), 251 bombardiers de l’United States Army Air Forces (USAAF) décollèrent du territoire britannique puis, d’une altitude d’environ 7000 mètres d’altitude (courageux mais pas trop), larguèrent au moins 130 bombes de 250 kilos en un seul passage, provoquant une immense explosion suivie, environ deux minutes plus tard, d’une deuxième vague. Trois communes bruxelloises furent gravement touchées : Ixelles, Etterbeek et Evere. C’est sans doute à Ixelles que le drame fut le plus grand. Des blocs entiers des avenues de la Couronne et des Saisons, des rues Emile de Béco, Henri Marichal et Juliette Wytsman, et du boulevard Général Jacques (où le mari de la mère de ma mère, précisément, possédait une ou des maisons) furent rasés au sol et éventrés. De véritables cratères s’étaient creusés dans les rues. Des dizaines de blessés furent amputés sur place, des corps calcinés ne futent jamais identifiés. Le bilan humain – on a parlé de 282 civils tués sur le coup, et de 216 blessés graves – est inférieur à la réalité. Il ne prend pas non plus en compte les victimes parmi les soldats allemands. Ma mère, elle, avait rêvé à ce moment-là de s’engager comme infirmière sur le Front de l’Est. Chose qu’il a pu m’arriver de romancer ensuite dans l’un ou l’autre livre, mais qui ne correspond pas, ou pas complètement, à la vérité historique: ma mère n’avait pas pu réaliser cette ambition de jeunesse.
Une jeune fille de 15 ans, Marguerite Mathieu, à l’été de 1940 (quinze ans), dans le nord de l’Europe (ici, à Bruxelles). Quelques semaines auparavant, le 28 mai 1940, l’armée belge avait déposé les armes.
Adémar Adolphe Louis Martens, dit Michel de Ghelderode (1898-1962), l’un des plus grands écrivains européens du vingtième siècle, avait été relevé de ses fonctions à la suite d’une procédure disciplinaire, sous prétexte de la conduite qu’il aurait eue durant l’occupation allemande. Il était en effet accusé d’avoir servi la propagande nationale-socialiste en collaborant durant la guerre à Radio Bruxelles. Dès 1945 et 1946, Marguerite Mathieu qui a alors vingt ans (et la mère de cette dernière, Marie de Vivier) obtient une audience de Léopold III (roi des Belges du 23 février 1934 au 16 juillet 1951), pour plaider la cause Michel de Ghelderode. Lequel devra patienter jusqu’au 19 février 1946 pour que sa situation soit clarifiée par arrêté royal. Il écopera d’une peine disciplinaire de trois mois de suspension sans traitement. Lire : Michel de Ghelderode, Correspondance. Tome V : 1942-1945. Établie et annotée par Roland Beyen. Bruxelles, Labor, collection Archives du Futur, 1998, 699 pages. Extraits: « Bruxelles à peine libérée, l’Administration communale de Schaerbeek convoque de Ghelderode pour lui signifier qu’il aura à s’expliquer de son attitude pendant la guerre. Commence une longue traversée du désert qui dure en définitive jusqu’au 9 février 1946, date de l’arrêté royal fixant sa peine à trois mois de suspension. Au cours de cette période, des amis tels Franz Hellens et Marie de Vivier se mobilisent, écrivent nombre de lettres de soutien jusqu’à ce qu’ils adressent une pétition à la Reine Élisabeth. De Ghelderode affirme de son côté que ses émissions étaient hautement patriotiques, oubliant parfois ses éloges du Grand Bruxelles ou ses parenthèses injurieuses à l’égard des Juifs. (…) Mais à côté de l’ensemble de ces tergiversations idéologiques, le cinquième volume de cette correspondance a également pour personnage central l’écrivain Marie de Vivier qui se dévoue corps et âme pour réhabiliter Ghelderode ; une fois disculpé, le dramaturge, voulant couper net avec cette page trouble de son passé, entame une série de ruptures avec des témoins trop au fait, dont Marie de Vivier. Le volume se termine d’ailleurs sur sa tristesse à la lecture de la préface de Ghelderode pour Jésus-Christ en Flandre de Balzac. Il s’agit en réalité d’une ancienne chronique de Radio-Bruxelles, ce que Marie de Vivier ignore, découverte d’autant plus troublante qu’elle confronte finalement une admiratrice et une avocate de cœur au contenu ambigu de ces causeries de guerre ». Source: Michel de Ghelderode, Correspondance. Tome V : 1942-1945. Établie et annotée par Roland Beyen. Bruxelles, Labor, collection Archives du Futur, 1998, 699 pages.
Elena Ghigo.
Marguerite Mathieu était liée d’amitié à une collègue de sa mère, une ancienne infirmière du nom d’Elena (Hélène) Ghigo. Cette dernière présente la très remarquable particularité d’avoir été citée par Marie de Vivier (née Marie Jacquart, 1899-1980) dans plusieurs de ses romans, puis dans plusieurs des miens. Cette présence d’Elena Ghigo dans mes romans tout comme dans ceux de ma grand-mère constitue un élément particulièrement intéressant, mes livres étant l’intertexte de ceux de ma grand-mère, et réciproquement. On retrouvera donc Elena Ghigo: ⦁ dans les romans de Marie de Vivier ⦁ dans les miens ⦁ et dans mes mémoires (parus en 2018)
Des infirmières à Bruxelles (photo plus ou moins de l’époque des faits rapportés ici)
Elena Ghigo, pour résumer, exerçait en 1923 la profession d’infirmière en compagnie de Marie de Vivier, à l’hôpital Brugmann de Bruxelles. Les deux femmes étaient alors militantes communistes. Mieux encore, Marie de Vivier était devenue communiste après avoir rencontré Elena Ghigo. En Italie du nord, Ghigo est un nom de famille, un prénom, un diminutif de prénom ou un surnom. Bien que l’on trouve sur Internet beaucoup d’étymologies présumées de Ghigo, aucune ne me convainc. C’est Elena Ghigo qui, à la fin de 1921 ou au début de 1922, avait présenté à Marie de Vivier son premier mari, épousé à Saint-Gilles (Bruxelles) le 13 septembre 1922. Le témoin de ce mariage avait été le fameux politicien War Van Overstraeten (8 janvier 1891 – 9 décembre 1981), l’un des principaux fondateurs du Parti communiste de Belgique. Notons que plus tard, renvoyant dos à dos France et Grande-Bretagne et Allemagne nationale-socialiste, War Van Overstraeten avait réalisé pendant la guerre des travaux publicitaires pour le Troisième Reich hitlérien. Marcel Mathieu était né le 21 août 1890 et il est mort le 12 juillet 1954. Monsieur Mathieu (stalinien, il se rendait parfois à Moscou) et Marie de Vivier avaient eu un fils né en 1923 mais, dès 1924, le mariage était en crise irrémédiable. Dans les premiers mois de 1925 (et, je le répète, je renvoie à ce sujet aux romans de Marie de Vivier), Monsieur Mathieu avait menacé sa femme d’un pistolet sur la tempe, en exigeant d’elle qu’elle avorte de l’enfant qu’elle portait. Ce qu’elle avait refusé de faire. L’enfant en question avait été Marguerite Mathieu, dont le mari de sa mère savait parfaitement ne pas être le père biologique. Les Anglais étaient entrés dans Bruxelles le 3 septembre 1944. Ma mère avait eu dix-neuf ans le 8 août. Peu avant la fin de la seconde guerre mondiale, Elena Ghigo (qui avait depuis longtemps rompu avec le communisme) avait choisi d’aller vivre en Allemagne. Pendant la seconde guerre mondiale, des milliers d’enfants sont certes nés en Belgique de relations entre soldats allemands et femmes belges. Mais dans le cas d’Elena Ghigo, ce qui frappe est qu’elle ait choisi, par amour, d’épouser et d’accompagner en 1944 un soldat vaincu qui faisait retour en Allemagne. J’ignore, je dois l’avouer, si Elena Ghigo travaillait encore en 1940 à l’hôpital Brugmann de Bruxelles, réquisitionné en mai 1940 par la Wehrmacht pour devenir un Kriegslazarett. J’ignore plus ou moins si c’est là qu’Elena Ghigo avait rencontré son futur mari. Mais il serait fort intéressant de consulter les archives allemandes (Deutsche Dienststelle, institution créée dès 1939, qui possède tous les dossiers sur les états de service des soldats de l’armée allemande pendant la guerre).
Jeunes filles allemandes (début des années 1940), photo extraite de la presse de l’époque.
Triste anniversaire que celui des vingt ans de ma mère, son anniversaire de 1945, si l’on songe qu’il eut lieu exactement entre les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki des 6 et 9 août 1945. Ajoutons que je n’ai jamais rencontré Elena Ghigo mais qu’elle mourut (mais je peux me tromper) sans descendance, au milieu des années 1970. Son décès bouleversa ma mère. Marguerite Mathieu vivra en Italie tout au long des années 1950, aussi bien en Calabre qu’à Rome ou qu’à Gênes (dès l’été 1949), où elle poursuit ses études et publie des articles (principalement mais pas exclusivement scientifiques) dans un grand nombre de revues.
« Mlle Marguerite Mathieu a parcouru toute l’Italie méridionale, et cela à plusieurs reprises, et elle a visité tous les sites dont elle parle« , notait le fameux byzantiniste Henri Grégoire en 1962 (voir la coupure de presse qui suit).
Etudes sur le dieu à la taupe et le dieu au rat
CITONS, PARMI D'AUTRES TRAVAUX:
« La Sicile normande dans la poésie byzantine » par Marguerite Mathieu, Palermo : G. Mori & Figli, 1954. Ou encore, signalons sa collaboration au livre de Grégoire (Henri), avec la collaboration de René Goossens et de Marguerite Mathieu. Asklèpios, Apollon Smintheus et Rudra, Études sur le dieu à la taupe et le dieu au rat dans la Grèce et dans l’Inde (https://www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_1951_num_29_1_2087_t1_0263_0000_2 ). Et enfin l’article « Trivigant: prétendue divinité musulmane de nos chansons de geste et son étymologie (Trivia)« , en collaboration avec Henri Grégoire (La Nouvelle Clio, Bruxelles).
Liste de quelques travaux scientifiques de Marguerite Mathieu, cliquez sur:https://difusion.ulb.ac.be/vufind/Author/Home?author=Mathieu,%20Marguerite *“La Sicile normande dans la poésie byzantine” par Mathieu, Marguerite, Centro di studi filologici e linguistici siciliani, 2, pages 7-37, 1954. *“Études récentes sur les dialectes néo-grecs d’Italie méridionale” par Mathieu, Marguerite, Byzantion, 24, 1, pages 331-341, 1954. *“Le manuscrit 162 d’Avranches et l’édition princeps des Gesta Roberti Wiscardi de Guillaume d’Apulie”par Mathieu, Marguerite, Byzantion, 24, 1, pages 111-130, 1954. *“Allusions bibliques dans un poème historique du temps de Manuel Comnène” par Gregoire, Henri et Marguerite Mathieu, Bulletin de la Classe des lettres et des sciences morales et politiques. Académie royale de Belgique, 40, pages 291-300, 1954. *“Cinq poésies byzantines des XIe et XIIe siècles” par Mathieu, Marguerite, Byzantion, 23, pages 129-142, 1953. *“Les faux diogènes” par Mathieu, Marguerite, Byzantion, 22, pages 133-148, 1952. *“Sur la date des Gesta Roberti Wiscardi” par Mathieu, Marguerite, Annuaire de l’Institut de philologie et d’histoire orientales et slaves, 11, pages 269-282, 1951. *“Bibliographie de Henri Grégoire” par Mathieu, Marguerite, Annuaire de l’Institut de philologie et d’histoire orientales et slaves, 10, pages 5-67, 1950. *“Une source négligée de la bataille de Mantzikert: Les « Gesta Roberti Wiscardi » de Guillaume d’Apulie” par Mathieu, Marguerite, Byzantion, 20, pages 89-103, 1950. *“Le mythe d’Hélène, héroïne et déesse, dans la littérature grecque” par Mathieu, Marguerite. Non publié, 1948.
Henri Grégoire, Eugène Goblet d’Alviella…
Toujours idéaliste, Marguerite Mathieu ne se résume pas à cette carrière scientifique. Elève puis collègue du professeur Henri Grégoire, le fondateur des études byzantines en Belgique (1881-1964, exilé aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale, et que j’ai rencontré peu avant sa mort), elle démontre un humour aussi délicat que, parfois, impossible à deviner. L’Académie royale de Belgique décerne le prix quinquennal Eugène Goblet d’Alviella, créé en 1926, au meilleur travail scientifique relatif à l’histoire des religions. Marguerite Mathieu l’obtient, en collaboration, en 1950. Le politicien, historien et franc-maçon Eugène Félicien Albert Goblet d’Alviella, né le 10 août 1846 à Bruxelles, y était mort le 9 septembre 1925. Enfin, Marguerite Mathieu croise et aide aussi des personnages, souvent inattendus de l’histoire du vingtième siècle avec lesquels elle demeure en contact épistolaire y compris lorsque les circonstances de la vie mettent, entre eux, des centaines ou des milliers de kilomètres.
Marguerite Mathieu en 1948
Marguerite Mathieu dans « Elle ».
C’est en Italie méridionale que Marguerite Mathieu, qui avait consacré sa thèse à Guillaume II d’Apulie (1096-1127, duc d’Apulie et de Calabre depuis 1111 jusqu’à sa mort), et qui était également une grande spécialiste des dialectes méridionaux de ce pays, avait vécu une aventure tout simplement exceptionnelle, en découvrant ou plus exactement en redécouvrant, dans la lignée de Gerhard Rohlfs, un village où la population, au début des années 1950, parlait encore grec ancien. Il y eut sur ce sujet un article dans le magazine Elle. Je pensais jusqu’à tout récemment qu’il s’agissait du n°879, daté du 26 octobre 1962, dont voici (prochaine image) la couverture. Apparemment, je me trompais puisque l’un des abonnés à ce blog, en possession de ce numéro, m’a assuré ne pas y découvrir l’article en question. Par conséquent, mes recherches à ce sujet se poursuivent.
Couverture du magazine « Elle » numéro 879 du 26 octobre 1962
Robert Guiscard
La thèse de Marguerite Mathieu : La geste de Robert Guiscard / Guillaume de Pouille ; édition, traduction, commentaire et introduction par Marguerite Mathieu ; avec une préface de M. Henri Grégoire / Palermo : Istituto siciliano di studi bizantini e neoellenici , 1961. Il s’agit de l’étude des Gesta Roberti Wiscardii, épopée historique écrite en latin médiéval à la fin du onzième siècle, source capitale de l’histoire de la conquête de l’Italie méridionale et de la Sicile par les Normands.
Livres traduits.
Livre traduit par Marguerite Mathieu / éditions Robert Laffont, 1964.
Marguerite Mathieu avait traduit un très grand nombre de livres, en quelques occasions sous pseudonyme, par exemple de l’italien, de l’anglais, de l’anglo-américain, du russe, du serbo-croate (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb119151058). Une toute petite curiosité, aussi. Il existe un livre de Bernard Martin (1897-1986), « La course au trésor », publié aux éditions de la Paix en 1950. Le livre est présenté (notice de la BNF) comme « traduit de l’anglais par Marie de Vivier ». Or, ma grand-mère ne savait pas un mot d’anglais et le livre, en vérité, avait été traduit par ma mère. Voir: https://leblogdunbonarien.wordpress.com/2025/07/13/une-petite-curiosite-bibliographique/
Livre traduit par Marguerite Mathieu (1925-1988)
Traduit du serbo-croate par Marguerite Mathieu
Bibliographie
*MacGregor-Hastie, Roy, « Le jour du lion : vie et mort de l’Italie mussolinienne » (1922-1945), traduit de l’anglais par Marguerite Mathieu (The day of the lion : the life and death of fascist Italy), Albin Michel, 362 pages, 1965. *Radičević, Branko V. (1925-2001), « Le trou de la serrure », roman traduit du serbo-croate par Marguerite Mathieu ; avant-propos de Lala Marinković. Stock, 1963. La parution du livre (1963) suscitera divers articles, j’en cite trois: Gaugeard, Jean : « Branko Radicevic demande à être compris », entretien, Les Lettres françaises, 7 mars 1963, page 3. Le Breton Grandmaison : « Branko V. Radicevic : Le trou de la serrure », Les Nouvelles littéraires, 4 avril 1963, page 4. J. C. : « Le trou de la serrure par Branko V. Radicevic », Le Figaro littéraire, n° 891, 18 mai 1963, page 5. *Elliott Smith. En désespoir de cause. Traduit par Marguerite Mathieu. Postface par le docteur Albert Delaunay. La Palatine, 1965. *Andrew Turnbull (1921-1970). Scott Fitzgerald le magnifique. Traduit de l’américain (349 pages) par Marguerite Mathieu, éditions Robert Laffont, 1964.
Marguerite Mathieu était devenue Française en 1974, contre son gré, chose que j’ai évoquée dans mon roman Tropique de la Pioche. C’est un roman de plus de 500 pages, j’en conseille la lecture. Ma mère ne se sentait ni Belge, ni Française. Dès ma naissance survenue en 1960, une maternité qu’elle avait voulu avoir sans se marier et sans non plus vivre en concubinage (elle démontrait ainsi être en grande avance sur son temps), elle avait ensuite décidé – y compris contre l’avis de sa propre mère – de m’élever à la maison. Un autre livre que l’on devrait consulter est Cent pages d’amour de Marie de Vivier (Paris, 1971). En 1977, Marguerite Mathieu avait collaboré à l’ouvrage « Du VIIIe au XIe siècle : édifices monastiques et culte en Lorraine et en Bourgogne« , recueil d’études publié par C. Heitz et F. Héber-Suffrin (Centre de recherches sur l’antiquité tardive et le haut Moyen-Age, Université Paris-X Nanterre, cahier II, 1977). Carol Heitz et Marguerite Mathieu avaient publié et traduit différents textes concernant l’histoire de Saint-Bénigne de Dijon. Plus précisément, la mise au point et la traduction des chapitres 5 et 50 du coutumier de Saint-Bénigne, dans ce travail, avaient été effectuées par Marguerite Mathieu, comme l’écrivait (voir document suivant) dans son introduction Carol Heitz, que j’ai rencontré en une seule occasion et qui deviendrait quelques années plus tard doyen de l’Université de Nanterre.
Extrait de l’introduction de Carol Heitz.
Saint Bénigne. Crypte romane construite en 1003 par Guillaume de Volpanio.
Atteinte en 1987 par un cancer du pancréas, et après trois opérations majeures et plus d’un an d’agonie, Marguerite Mathieu meurt le 12-8-1988 à Paris, quatre jours après son soixante-troisième anniversaire. Enterrée le 18-8-1988. Toujours le 8. Elle aura droit à un avis nécrologique, rédigé par l’université de Paris-X Nanterre, dans Le Monde. Curieusement, dans la société d’aujourd’hui, en 2025, où l’on chante le « génie » de milliers de parfaites nullités et, en outre, bien que Marguerite Mathieu ait été une femme, aucun journal et aucune association « féministes » ne lui rendront le moindre hommage en ce 8-8-2025 (ma mère aurait d’ailleurs été profondément désolée d’un hommage féministe), premier centenaire de la date de naissance d’une universitaire de très haut niveau, traductrice, polyglotte. Elle lisait, écrivait ou parlait couramment dix-sept langues: latin, grec antique, latin médiéval, grec moderne, russe, ukrainien, serbo-croate, allemand, flamand, espagnol, portugais, français, italien, dialecte calabrais de la zone de Bova. Pour avoir droit aux « honneurs » de cette société, mieux vaut faire du rap que du latin médiéval, et s’abrutir devant la téloche que parler dix-sept langues. Cocassement, aujourd’hui, la presse et Internet regorgent de nécrologies de gens qui n’ont rien fait, de pseudo-« artistes » à qui l’on organise des funérailles nationales, et d’intellos grotesques. Tandis que les personnes qui mériteraient des nécrologies et des hommages sont totalement ignorées du grand public. Le journal des Goncourt notait déjà : « trois premières colonnes du Figaro et du Gaulois, remplies, ce matin, par la nécrologie d’un cabotin inconnu » (Goncourt, Journal, 1883).
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Quelques repères bibliographiques (liste non exhaustive).
*Elle, magazine, n° 879, 26 octobre 1962 (à vérifier). *Marie de Vivier, Cent pages d’amour (Paris, 1971) et ceux de ses romans où elle évoque Hélène (Elena) Ghigo. *Olivier Mathieu, Tropique de la Pioche, roman, 1998. *MacGregor-Hastie, Roy, « Le jour du lion : vie et mort de l’Italie mussolinienne » (1922-1945), traduit de l’anglais par Marguerite Mathieu (The day of the lion : the life and death of fascist Italy), Albin Michel, 1965. *Radičević, Branko V. (1925-2001), « Le trou de la serrure », Bela žena, roman traduit du serbo-croate par Marguerite Mathieu ; avant-propos de Lala Marinković. Stock, 1963. *Elliott Smith. En désespoir de cause. Traduit par Marguerite Mathieu. Postface par Albert Delaunay. La Palatine, 1965. *Andrew Turnbull (1921-1970). Scott Fitzgerald le magnifique. Traduit de l’américain (349 pages) par Marguerite Mathieu, éditions Robert Laffont, 1964. *La geste de Robert Guiscard / Guillaume de Pouille ; édition, traduction, commentaire et introduction par Marguerite Mathieu ; avec une préface de M. Henri Grégoire / Palermo : Istituto siciliano di studi bizantini e neoellenici , 1961.
* * * * * * * ANNEXES * * * * * * * * *
Un extrait de mes Mémoires
« Une des femmes les plus essentielles de mon destin – et que je n’avais jamais rencontrée – venait de mourir en Allemagne. Ma mère avait énormément pleuré. Née aux environs de 1900, l’infirmière Elena Ghigo dite la Petite Ghigo avait été une collègue de ma grand-mère, aux alentours de 1922, à l’hôpital de Bruxelles. Un certain Marcel Mathieu, dit le Père Mathieu, agitateur bolchevique qui participait en Union soviétique aux Congrès de l’Internationale, était tombé amoureux de la Petite Ghigo. Elle n’avait pas voulu de lui et l’avait présenté à sa copine en lui intimant: – Débarrasse-m’en. Sa camarade au parti communiste avait obéi. Elle avait débarrassé Elena Ghigo du Père Mathieu en l’épousant et en lui donnant un fils dès 1923 puis, selon toute probabilité, en le cocufiant dès 1924 avec André Baillon. Motif pour lequel elle avait risqué que son mari lui colle une balle entre les deux yeux (ma mère ne serait pas née, moi non plus). C’était donc parce que Marie Jacquart était devenue Madame Mathieu que je m’étais appelé Mathieu. Sans le moindre doute, la Petite Ghigo y avait joué un grand rôle. J’avais un don exceptionnel pour faire, où que ce fût, les plus improbables des rencontres. Dès mes vacances de 1969, j’avais été remarqué à Rome par l’un des plus fameux magiciens américains de l’époque. Les vieux messieurs de ma jeunesse étaient des êtres distingués, d’une grande noblesse d’âme et dont les physionomies exprimaient l’intelligence, la sensibilité, la gentillesse. Le contraste entre leurs visages burinés de rides et leurs sourires lumineux me frappait profondément. En écrivant cela, je songe à René-Albert Gutmann, à Hergé, à Alexis Curvers, à Ferdinand Teulé, à Paul Werrie… Le docteur Joseph Grégoire était la bonté en personne. Il y avait dans ses yeux un extraordinaire mélange de joie et de résignation. Il était doué d’un immense charisme et quand je songe à lui, mort depuis si longtemps, j’ai encore envie de sangloter. Elena Ghigo avait épousé vers 1940, à Bruxelles, un de ses amis et patients. C’était grâce à elle que ma mère l’avait connu. Le jour de 1949 où, lassé par l’Europe, il avait décidé de s’en aller, Marguerite se trouvait en Italie et ce n’était pas une coïncidence. Elle avait salué, dans le port de Gênes, le départ de son bateau. Ils avaient longtemps échangé des lettres et, tout au long de mon enfance, il avait reçu maintes photographies de moi. Presque au milieu des Années 1970, il avait demandé à Marguerite de m’envoyer quelques jours auprès de lui. J’avais vite compris que les gens de valeur menaient, même s’ils vivaient aux antipodes voire en exil, des existences humbles. Pour beaucoup des vieux messieurs de mon enfance, j’étais tellement différent des nouvelles générations qu’ils ne pouvaient que m’aimer. Je ressemblais, à leurs yeux, à ce qu’eût été la jeunesse si le monde n’avait pas suivi les mauvais maîtres et n’avait pas sombré dans la décadence induite par la course au progrès et à la technologie. Le docteur n’habitait pas aux environs de Marly-le-Roi, les membres de sa famille avaient rompu avec lui, il ne recevait jamais de visites mais avait lu en moi sans m’avoir jamais vu, sinon en photographie. C’était un artiste, un poète, une grande âme. Ma beauté, ma blondeur, mon aura, peut-être aussi la réputation de mon originalité naissante, l’avaient ému. J’étais le fils d’une femme liée par une profonde amitié à la Petite Ghigo, épouse de l’un de ses meilleurs amis, et ça avait été l’exemple de la plus grande intuition qui dût m’être jamais manifestée. Personne ne m’avait si incroyablement fait confiance. J’avais passé quelques jours inoubliables auprès de lui, après un long voyage en compagnie de l’un de ses ultimes fidèles. Quelques jours pendant lesquels le chef aesbéien, qui ne trouvait pas de Takatous dans la banlieue parisienne, avait fait un sacré saut dans l’espace mais aussi dans le temps. J’avais reçu de toute cette aventure une impression éblouissante, d’ordre intellectuel. C’était peut-être avant tout une confirmation sensible apportée à tant de mes pressentiments de petit enfant. Je n’aurais pas été davantage bouleversé si, du doigt, j’avais touché l’Histoire. Voilà le cadeau magnifique que j’avais dû à Elena Ghigo ».