LES FOLLES ÉLUCUBRATIONS / D’UN JOBARD EN ABERRATIONS…
Voici un article consacré aux errements « politiques » de ces dernières années de Pierre Perret et de quelques autres individus de sa sorte. Agrémenté de réflexions diverses.
En préambule, lisons cet extrait, signé du gentil Monsieur Cinéma » – je veux parler de Pierre Tscherniakowsky, dit Pierre Tchernia – du dos de la pochette du 45 tours de 1960 « Le Bonheur Conjugal » de Perret :
« Pierre Perret, au-dessus de sa veste en velours, il a une bille rigolote qu’on dirait taillée dans du bois : il ressemble à Guignol. Mais je pense que ce guignol-là est souvent victime de ses tours. (…) Dans ses chansons passent (…) des mignonnes qui lui en font voir de toutes les couleurs (…) À cause de cela je le suppose sensible. Siné est son ami. Et c’est bien le même genre de galopin qui se moque de tout pour faire semblant de ne pas prendre au tragique une époque qui manque d’humour. »
*
« Pierre Perret « le bonheur conjugal ». Dans un programme intitulé « La nouvelle vague de la chanson française ». Festival de musique de Nice, diffusé le 13 août 1961, réalisation Yves André Hubert/RTF. » On y retrouve déjà tout son fonds de commerce dans le genre populo rigolo, canaille mêlé d’argot (il a été formé par la clientèle populaire du bistrot tenu par ses parents, le Café du Pont à Castelsarrasin). Ne manque ici que le vraiment grivois voire libertin.
Le petit chanteur en costard / cravate :

La bouche en Q de poule, tout en chantonnant, et le regard en biais, qui louche vers la caméra :
« On s’est connu / en allant voir / Gilbert Bécaud … »
Qu’il n’a pas rimé avec :
« Cœurs mis à nu / moi sans t’avoir / fait de bécot. »
Dommage !
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Jusque là, rien d’anormal
Nul ne le contestera.
Le bonheur conjugal
Nous tendait les bras.
On s’était dit
Qu’entre ses parents hystériques
Et mes parents alcooliques
Ça pouvait coller
On a pensé
Sa frangin’ sortait d’un’ maison *1
Et mon p’tit frèr’ de prison
Ça pouvait gazer
Jusque là, rien d’anormal
Nul ne le contestera.
Le bonheur conjugal
Nous tendait les bras.
*
Et maintenant, de Marc Fourny, dans un article du Point de 28 décembre 2018 (Pierre Perret : « L’estime de l’intelligentsia, je m’en tamponne ! ») : « À 84 ans, Pierre Perret revient avec un nouvel album égrillard et sensible. Celui qui est devenu chanteur par hasard [sic] a toujours la révolte [sic bis] en bandoulière. » Qui nous donne quelques exemples de sa révolte : « Humour liberté (éditions Adèle) le drame des migrants, l’hommage aux copains de Charlie Hebdo, le scandale de la pédophilie qui éclabousse l’Église… ».
*Facile de s’en prendre à la pédophilie chez les ecclésiastiques mais non à celle qui perdure depuis des années dans certains organismes de « défense » (sic) de l’enfance maltraitée (resic) par exemple et d’autres institutions d’État du même genre, quand elle ne concerne pas tout simplement le monde de la politique, des media, de la dite culture et des arts.
*Répugnant de rendre hommage aux « copains de Charlie Hebdo », maladivement anti-musulmans, anti-cathos, anti-arabes, et racistes sionistes. Finalement totalement conformistes et propagandistes dans leur prétendu anti-conformisme.
À ce propos, Siné qui était donc l’ami de Perret en 1960, fut viré par le fils sioniste du boucher de Neuilly (je veux parler de Val), de Charlie Hebdo pour « antisémitisme » (sic) en 2008. Charlie Hebdo, qui n’avait plus rien à voir avec sa version originale du temps du professeur Choron, mais version « pseudo-anars intégrés au système » genre Val donc (longtemps acolyte du pédophile Font) ou Cabu (ami des socialos parigots) ou autres frelatés comme le « contestataire de l’establishement » Wolinski, et je ne parle même pas des plus jeunes.
Rappellerai-je ici – c’est un peu cruel – que Maurice Sinet, dit Siné, l’anti-colonialiste, doit se retourner dans sa tombe de voir où en est tombé son ancien poteau. Lui Siné qui fut l’un des signataires, en septembre 1960, du Manifeste des 121 également dénommé : Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, où il était rappelé que « la cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres ».

Dessin de Siné
pour les pochettes des disques de Perret sortis en 1960
*Enfin, pitoyable d’évoquer le « drame des migrants » sans plus d’explications : d’ailleurs, j’aimerais savoir combien il en héberge chez lui, de migrants ; des bons, des moins bons et des mauvais. Il n’habite pas, ne vit pas là où les migrants de la passoire française sont entassés et vivotent certains comme ils réussissent, d’autres comme ils peuvent, et certains en parasites et délinquants, voire en criminels.
Tout ça pue l’air du temps, et les bons sentiments à géométrie variable et avant tout dominante. Pas rebelle et si peu révolté, le Perret au final, qui suinte le conformisme ambiant. Depuis le début, si je puis dire. Il faut dire que, « certif » passé, il fréquenta le Conservatoire de musique de Toulouse où il obtint un premier prix de saxophone à 19 ans et entama sa carrière en animant « baloches », noces et autres fêtes familiales, avec un petit orchestre, avant d’effectuer son service militaire (pas si on marge que ça ou contestataire le Pierrot).
*
QUELQUES MOTS, AU PRÉALABLE,
POUR RAPPELER LE CONTEXTE.
J’ai appris par hasard que la descendance du chansonnier Pierre Perret et de Madame ne les regardait plus depuis un certain temps déjà. Ils ont eu trois enfants, d’abord des jumeaux mâle et femelle, puis une fille qui est morte un peu après ses trente ans, je ne sais de quoi ou pourquoi. Enfin, aux dernières nouvelles – c’est Perret lui-même qui le dit – le couple Perret ignore tout de ce que sont devenus leurs jumeaux, petits-enfants et plus encore arrières-petits-enfants dont ils ne connaissent même pas le nombre exact. C’est dire.
Cela peut sembler assez étonnant quand on sait le poids qu’a pu avoir la jeunesse dans le succès de certaines des chansons anciennes de Perret. Qui n’a jamais entendu des enfants des colonies de vacances ou des centres aérés chanter à tue-tête « Les joyeuses colonies de vacances » (1966) voire « Le Zizi » (1974) pour les plus délurés et non censurés. Souvent en alternances avec les chansons de Claude François, d’ailleurs, qui aimait lui aussi la jeunesse. Mais dans un sens, dont il est convenu de dire qu’il relevait de la pédophilie (comme on dit de nos jours), avec toutes ses « fanettes ».
Quand à savoir si Perret aimait véritablement sa jeunesse, je veut dire ses enfants… ?! Il a répété plusieurs fois qu’il s’arrangeait toujours pour passer des vacances (un peu partout dans le monde si j’ai bien compris) avec ses enfants. Mais il a aussi dit : « Pendant des décennies entières, j’ai fait 150 à 200 concerts par an » (entretien dans Gala du 14 février 2019, repris en partie par purepeople.com et par amomama.fr, cité par ailleurs) Donc, que le reste du temps, c’était un absent. Qui l’obligeait à faire autant de concerts par an, quand on s’est que bon an mal an, il a dû en vendre par mal, de disques ? L’appât du gain ? Embellir sa demeure rurale ? Augmenter ses biens ?
En attendant, comme tout le monde, j’ai très longtemps cru « de audio » que Pierre Perret était avant tout un chanteur faisant dans le rigolo ou le gentillet ; une sorte de gamin attardé un peu facétieux et grivois, amateur de gros mots et de situations ubuesques ou cocasses, pas trop pudibond et accessoirement argotisant ; du moins dans ses chansons, pour ne pas dire rengaines et autres scies, les plus connues. Voire même parfois tendre. Un peu comme Ricet Barrier, Pierre Vassiliu et quelques autres du même genre. Puis j’ai pu constater, qu’avec le temps, il avait totalement pris le pli dominant. Ce qu’il avait peut-être toujours eu, mais moi ne m’en rendant compte qu’en prenant du recul et de l’âge.
Pour le dire autrement : il me semble que c’est un prototype de chanteur adéquat à l’air du temps. De la bonne et bien pensance dominante. J’ai commencé à douter du personnage quand il a fini par se prendre au sérieux, et a joué le grand humaniste antiraciste, pas « facho » pour un rond ou deux sous, avec en particulier sa chanson « Lily » qui sentait un peu trop le miel et surtout une forme de discours convenu et très à la mode (faux comme un slogan publicitaire ?) ; alors que peu d’années auparavant, Giscard – qui pratiquait du « socialisme rampant » comme le disaient certains – venait d’autoriser le regroupement familial pour les travailleurs immigrés. Du moins pas à proximité de la maison de la famille de Perret.
C’était en 1977, soit un peu avant l’arrivée de ladite gauche au pouvoir étatique. J’ai d’ailleurs appris, il y a peu, que Perret fut très lié dès les années quatre-vingt à desdits socialos de gouvernement. En attendant, cela annonçait déjà tout le matraquage de « SOS Racisme » et de « Touche pas à mon pote », dont il est bon de rappeler que ses pontes, Julien Dray en tête, soutiennent aujourd’hui, en 2025, le génocide que subissent les Palestiniens. C’était les fadaises dites anti-racistes, anti-anti-sémites et anti-fascistes dont certains (tel Jospin) ont reconnu, bien plus tard, que c’était de la foutaise.
L’évolution mentale (« idéologique ») de Perret m’a fait penser à deux personnages beaucoup plus jeunes que lui, mais qui ont commencé comme lui dans le comique pour finir en donneurs de leçons, comme lui également.
Je veux parler de Jugnot avec, par exemple, son film affligeant Monsieur Batignole, surfant sur la Seconde guerre mondiale et les dits « bons sentiments ». Bien loin de différents films de qualités diverses, mais unis par une non prétentieux ou non-moralisation-ostentatrice, et en compagnie de divers acteurs jouant généralement dans le comique comme :
*Francis Blanche en caricature de méchant nazi, en compagnie du couple Brigitte Bardot – Jacques Charrier dans « Babette s’en-va-t-en guerre »,
*Bourvil, Louis de Funès et Marie Dubois dans « La Grande Vadrouille »,
*Pierre Mondy, Jean Lefebvre, Aldo Maccione, Jean Carmet, André Pousse… dans la série de trois films sur « La Septième Compagnie »,
*Henri Tisot, Alice Sapritch, Michel Galabru, Pierre Doris, Luis Rego… dans « Le Führer en folie »,
*Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret, Michel Blanc, Michel Galabru à nouveau, Daniel Prévost… plus près de nous dans « Uranus » d’après le roman de Marcel Aymé.
On pourrait en ajouter bien d’autres, dont des films dans le genre tragique et sensible, mais sans flagorneries grotesques envers le camp du « bien » pseudo-démocratique. Tel « Fortunat » avec Michèle Morgan, Bourvil, Rosy Varte, Gaby Morlay ou encore… Frédéric Mitterand…
Et je veux évoquer également Bourdon, moins connu aujourd’hui comme le faux beauf des Inconnus (mais ce prétendu « rebelle » en son jeune temps, a-t-il été vraiment faussement beauf ?) que comme le vrai beauf du macronisme qui a éructé en 2021 à la France entière : « Les non-vaccinés [au faux-vaccin, vrai poison] sont des pauvres connards », précisant par ailleurs que son fils aîné, dont il ne s’est jamais vraiment occupé autrefois, lors de son premier mariage, bossait même chez Pfizer. Depuis il gère un boycott bien mérité – qui concerne d’ailleurs tant et plus de dits artistes, acteurs, comédiens… et autres fantoches… de la même trempe indigeste de la culture officielle subventionnée, ou si l’on préfère de l’inculture organisée et friquée, jusqu’à France (in)Culture comprise. Vivant sur le dos des Français « ordinaires ».
Insulter les opposants aux piqûres expérimentales délétères, pour ne pas dire létales à plus ou moins long terme pour un certain nombre, c’est ce qu’a fait également Perret, en propos et en chanson, cet histrion non seulement « auteur-compositeur-interprète » de chansonnettes, mais apparemment spécialiste patenté en vaccins et ARN-messager.
Et il a fait encore mieux en s’en prenant, comme un misérable fort peu miséricordieux, le 7 juin 2024, dans un texte plus qu’affligeant, à Rima Hassan, bien moins visée comme députée européenne que comme Palestinienne (Franco-palestinienne exactement), née dans un camp de réfugiés en Syrie, où ses grands-parents se sont retrouvés au moment de la Nakba, le Désastre de 1948.
Certains esprits courts osent faire de cette prose rimée (très mal rimée d’ailleurs) un poème et un propos de poète ! Texte révélateur de ce que Perret fut toujours finalement. Mais qui explose enfin, dans son ultime vieillesse. Je ne crois pas qu’on puisse lui accorder l’excuse ou la circonstance atténuante de la sénilité.
S’adressant à ses « fidèles loulous » (sic) il leur dit qu’il convient d’entendre « en grande précaution / Les folles élucubrations / D’un’ pasionaria en carton. » Rappelons quelles sont ses élucubrations. Elle aurait déclaré pourtant une simple évidence : qu’Israël était pire que la Russie. D’autant « plus pire », si je puis dire, que la Russie n’a rien de mauvais, mais plus encore beaucoup de bon. Cela dit, il est possible, somme toute, que sur la question ukrainienne elle n’ait pas fait le bon choix, je l’ignore. En attendant, la Palestinienne, une sémite pur jus, étant donc ravalée, je suppose, dans la tête malade de Perret, au rang d’« antisémite », ou pour le dire en un terme seul sensée (mais hors de sa portée) d’anti-sioniste. À moins que ce ne soit de raciste arabo-musulmane ?!
Il la questionne ainsi : « Sais-tu pourquoi, Rima Hassan / En tes veines dépourvues de sang / Circule un jus nauséabond ? / C’est parce qu’il n’est que du poison ». Premières remarques sur la forme : « Hassan » se dit àsàn et ne rime justement pas avec « sang » (sã) ; quant à « nauséabond » et « poison », ils ont une rime insuffisante en « õ ». Une rime vraiment pauvre.
Ajoutons encore que le deuxième octosyllabe est boiteux, il faut le dire (le chanter?) : « En tes vein’s dépourvues de sang ». Et même pour être plus exact, dans la poésie la plus régulière qui soit, l’octosyllabe est en fait un décasyllabe – régulier si je puis dire (en 4 + 6 syllabes) sauf que, normalement, on ne met pas de « e » à la césure d’un décasyllabe : « En tes vei-nes / dépourvu-es de sang ». Mais Pierrot n’a jamais été qu’un chansonnier, aucunement un poète. Et l’on apprend finalement un peu plus loin que le « jus nauséabond » qui circule dans les « veines dépourvues de sang » de Rima est finalement … quand même du sang, mais du « sang noir » ! … Peut-on risquer l’expression : du sang nègre ?
Puis, il a le culot de faire la tirade suivante : « Le chant des partisans », « Lily » / Tous ces poèmes ont fait le lit / De ceux qui combattent la haine / Qui met ce sang noir en tes veines. » Je dis culot, car il accole, met en parallèle, « le Chant des Partisans » et sa chansonnette dénommée « Lily ». Chanson (qualifiée « poème ») qui, avec le temps, montre qu’il ne faisait que suivre les idées dominantes du moment, comme déjà dit par ailleurs. Sortie en 1977, elle obtint d’ailleurs le prix de la Licra en 1978. C’est dire. La Licra, l’officine qui différencie l’ensemble des racismes d’un certain racisme unique. Incomparable et non mélangeable.
« Tous ces poèmes ont fait le lit » est amusant lorsque l’on sait que généralement « faire le lit de … » est une expression négative. Du genre : faire le lit du fascisme, de la barbarie, du racisme, de la réaction, du malheur …
« Le Chant des Partisans », celui qui incarne, à tort ou à raison, la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale, est juste là pour amener la suite. Je mets la fin de ses vers de mirliton (vers : petit animal qui ronge ; mirliton : tube creux de roseau garni par les deux bouts d’une pelure d’oignon), octosyllabiques, tels qu’ils doivent être massacrés phonétiquement parlant :
« Tu crois fair’ de la résistance / Tu n’ résist’s qu’à l’intelligence / Cell’ du cœur dont t’ignor’s le lien / Et ton combat ne rime à rien ». Prosodie « poétique » des plus calamiteuses ; farcie, rien de moins, que de cinq élisions des « e » dits « muets », mais justement pas muets devant consonnes en poésie, de « faire », « ne », « résistes », « celle », « ignores » ; et du « u » d’un « tu ».
Sur la forme donc, et plus encore sur le fond, ce ne sont pas les propos de Rima qui ne riment à rien, mais bien plutôt les propos de bistrot de Perret. En effet, le pseudo-poète « de gauche », dans un ultime vomi cérébral, affirme que soutenir activement les Palestiniens qui se font génocider est un combat qui ne rime à rien ! Elle est où et chez qui, la haine (pour ne pas dire la barbarie et l’inhumanité), Pierrot ?
Ignoble tirade « digne d’un facho », pour reprendre la terminologie consacrée. J’aime rappeler régulièrement cette prédiction des personnes les plus lucides (qui pour la plupart n’étaient pas précisément « de gauche »), dès la fin des années quarante et le début des années cinquante du siècle dernier : l’anti-fascisme d’aujourd’hui sera le fascisme de demain. Depuis « demain » est devenu « maintenant » ; et, nous y sommes à plein !
Cela me fait penser à l’attitude similaire (sur la/le covid comme sur la Palestine) de ce « philosophe de gauche », plus exactement professeur de philosophie se prétendant même libertaire, accessoirement auteur [sic] d’ouvrages affligeants à la pelle, comme Onfray l’ex-bigame sans enfant, qui lui aussi a dénoncé les anti-vax et suspendus « irresponsables » et autres « complotistes », durant l’épisode covidiste, et ne remarque pas de génocide à Gaza ; mais bien au contraire la défense de l’Occident contre les hordes barbares arabo-musulmanes.
C’est le même, qui tout en se déclarant athée, a fait plusieurs fois le panégyrique du judaïsme, porté aux nues le judéo-talmudisme – religion admirable, sic – tout en reléguant Yehoshua le Nazôréen (ou Nazaréen) dans la catégorie du sous-juif Galiléen, sorte de Palestinien avant l’heure, de renégat dont l’histoire rapportée par diverses sectes, dit-il, a accouché de cette religion détestable, selon lui, qu’est le christianisme. Préférant finalement, comme la plèbe judéenne manipulée par les pharisiens, Bar Abba, le Fils de Dieu, à Bar Adam, le Fils de l’Homme.
S’il y a quelqu’un qui me fait également penser à Perret, c’est, dans un genre plus « moderne », mais en totalement « déclinqué » physiquement, Renaud Séchan, dit Renaud, le bourge de gauche type et faux rebelle, qui lui avec l’âge a carrément viré sa curie en faveur de Sion (mais l’a-t-il vraiment viré ? ), « à cause que », sans doute, certains de ses ascendants furent activement collabos. Pour se donner « bonne conscience » ?
Je pourrais évoquer encore le différent qui a opposé Perret a Guy Béart, après que ce dernier eut lu l’un de ses livres de souvenirs. Guy Béart lui reprochant d’avoir présenté Brassens sous un mauvais jour, alors même que Brassens aurait tout fait pour aider Perret à ses débuts chantants. Brassens « l’encourage à écrire et composer », cela se trouve même dans l’encyclopédie mondialiste Wikipédia.
De même certains (y compris « à gauche ») ont imputé à Perret un récit quelque peu romancé (Adieu Monsieur Léautaud) des rencontres qu’il aurait eu avec Léautaud dans les dernières années de la vie de ce dernier (entre 1953 et 1956).
*
PETIT POT-POURRI
DE CHANSONS DÉGAGÉES
OU ENGAZÉES.
Voici donc pour clore sur ce sujet, loin du « politiquement correct » habituel, un petit pot-pourri, un « medley » comme on dit en angliche.
Sur l’air de : Au Tord-Boyaux
Il s’agit d’un boui-boui tout crado
Où les mecs bien rivés au radeau
Mouillent leur cloison à l’État Profond :
Pots-de-vin, du sous-sol au plafond.
Quand surgit quelque schnock de retour
Pour offrir des propos de vautour
À tous les gros beaufs, bien dans l’air du temps,
En facho, mais de gauche et mutant.
Au Tord-Boyaux,
Le patron a nom Pierrot.
Rien qu’à humer son bouillon
Tu as compris le couillon.
*
Sur l’air de : Les Jolies colonies de vacances
Les joli’s coloni’s du sionis-me
Merci Pierrot, merci Bibi.
Tout le temps, j’en veux du mondiali- i i – i is-me
Youkaïdo aïda aïdi !
Je vous écris une bafou-ille,
Faut pas vous faire de mouron.
Ici, c’est sûr, tout tourne rond,
J’ai que huit ans, mais je farfou-ille
Dans les déchets et j’en ava-le
Or, y a point d’eau pour s’hydrater
Mais, artifice à pas rater,
Tant de décharges de Tsaha-le.
Les joli’s coloni’s du sionis-me
Merci Pierrot, merci Bibi.
Tout le temps, j’en veux du mondiali-i i-i is-me
Youkaïdo aïda aïdi !
*
Sur l’air de : Moi, j’attends Adèle.
Moi j’attends le Geor-ges
Pour qu’il rende gor-ge
Il ne m’a jamais lancé,
Et m’a même bien tancé.
J’aime la magouil-le,
Remuer la patouil-le ;
Et que Guy Béart me laisse
En déblatérer.
Moi j’attends les cons-ons
Perdu dans mon coc-on
Spécialiste en ARN
Je me lance dans l’arène :
Anti-confinés-és
Sont des cons finis-is
Faites-vous piquer sans cesse
Et sans lésiner.
Moi j’attends la rim-e
Et atteints la cim-e
Pour insulter la Rima
En tant que roi des prima.
Comble de merveil-le
J’ai besoin d’oseil-le
Que les abrutis m’en laisse
L’exclusivité.
(peut-être : à suivre …)
*
ET EN MANIÈRE
DE PLUS OU MOINS CONCLURE.
Perret guimauve, version Wikipédia :
« L’interprète, dans un style apparemment naïf, voire enfantin, avec candeur et humanisme, pose des questions pertinentes avec un sourire malicieux. […] chansons enfantines, comiques, grivoises, légères ou engagées, entre humour et tendresse ».
Perret à distance – ma version présente :
Rigolard, au sourire niais, pour ne pas dire niaiseux forcé ou racoleur (souci de plaire ?), il se donne toujours le beau rôle, dans des chansons qui le plus souvent ne volent pas bien haut. Même du temps ancien où il se la jouait « petit mec » (cf. Ma Gosse par exemple). Volontiers gaillard, paillard, l’égrillard vire de nos jours à l’aigri moralisateur, auxiliaire de la propagande.
Beaucoup le décrive comme un tendre, mais je le verrais bien plutôt, et le temps passant, comme une sorte de démagogue ; qui finit « fleurettant » agressif, avec la pire des réactions, le mondialisme et fort évidemment le racisme anti-arabe concomitant. Bien triviale et assez chafouine, telle est finalement sa rébellion ou sa gouaille.
J’évoquais plus haut le chansonnier (qui chante faux d’ailleurs) Renaud (un qui n’a pas fait très longtemps illusion). Un élément le rapproche de Perret. Ainsi, quand on pense qu’il existe en France des « École Pierre-Perret » (En 2021, on en était rendu à 34 écoles à son nom ! ) et des « École Renaud-Séchan » ! Le premier a pour tout diplôme scolaire le Certificat d’Études Primaire. Certes, cela valait bien au moins le brevet et même davantage autrefois. Et le second fut plus ou moins un cancre qui a mis deux ans à obtenir son BEPC.
Autre point commun : une faiblesse devant des démons. On sait que Renaud a cédé toute sa vie à l’alcool, avec des périodes de déprime. Je ne sais comment tout ça a été soigné mais s’il a mélangé anti-dépresseurs et alcool, son état ne droit vraiment pas être brillant. Il suffit de voir son visage pour le comprendre.
Moi, j’ai connu autrefois un gars qui avait le mal vivre ; il marchait à la bière et aux anti-dépresseurs en même temps, une première fille l’avait quitté, en ayant marre du personnage, il s’était mis avec une seconde à qui il fit deux enfants, et peu d’années après, on l’a retrouvé pendu dans un petit bois derrière chez lui. Comme chantaient Les Charlots : « Derrièr’ chez moi, savez-vous quoi qu’«y gna » ? Y a un bois, le plus joli des bois, petit bois derrièr’ chez moi. »
Quant à Perret il a su dire à propos de son épouse : « Je ne serai pas qui je suis sans elle. On est un couple fusionnel. […] J’ai toujours été de plus en plus exigeant vis-à-vis de moi-même, et Rebecca m’a toujours aidé à ne pas sortir des rails » (entretien dans Gala du 14 février 2019, repris en partie par purepeople.com et par amomama.fr). De quels rails s’agit-il ? On l’ignore.
*
Dans le même genre qu’une école : des édiles, je ne sais où (et je n’ai pas envie de chercher), ont décidé de baptiser des rues à son nom. « Sur la première rue qui a porté mon nom, il est écrit : « Pierre Perret, auteur, compositeur, poète ». […] Je ne suis au fond qu’un simple baladin de la rime. » déclare-t-il en 2018, du moins c’est ce qui est écrit dans l’article de Marc Fourny opus cité.
Effectivement, il n’a rien d’un poète. Il met à mal la prosodie poétique, la versification régulière. C’est effectivement un baladin, mais pas même de la rime. Si ce n’est souvent de la rime peu recherchée ou facile, pauvre ou insuffisante. C’est un baladin de l’approximatif. Pour le moins au niveau des paroles de ses chansons. Quant à sa voix proprement dire, elle est assez banale, commune, peu puissante, ayant tendance à se porter sinon sur la voix de tête, du moins sur le nasillard.
Par contre, je ne discuterai pas la question des mélodies de Perret. Sauf à dire, en gros, qu’elles relèvent de la chanson populaire traditionnelle, et en partie de la musique de danse ou entraînante également traditionnelle. Instruments d’accompagnement compris. Mélodies généralement faciles à reprendre au refrain.
Elle semble faire la part belle à un accompagnement relativement aisé (simplifié) à la guitare, de ce que j’ai pu en voir. Ne forçant pas trop sur les accords barrés. Moi-même, j’ai pendant très longtemps, à mon infime niveau, joué de la guitare d’accompagnement (avec des accords). Mais depuis des années, mes cals sont tombés et je n’utilise plus la guitare que pour faire quelques petites mélodies. L’essentiel passe maintenant dans un logiciel de composition de ce que j’appelle ma petite musique, ma musiquette.
Je note enfin que le saxophone semble avoir disparu de l’univers musical de Perret, sur scène, dans l’enregistrement en studio. Du moins de ce que j’en connais. Il est d’ailleurs notable de constater qu’il a fallu attendre l’année 2016 pour que Perret vienne chanter pour la première fois dans sa ville natale, Castelsarrasin, invité par la mairie qui en aurait profité pour y dévoiler son buste réalisé par un sculpteur de Toulouse. Il y avait « belle heurette » qu’il avait renié sa prime jeunesse et sa ville natale.
*
On a souvent comparé Pierre Perret à Georges Brassens, pourtant ils ne jouent pas tous les deux dans le même registre de ladite « chanson à texte ». Prenons un simple exemple.
Voici quelques strophes d’Oncle Archibald de Georges Brassens, de 1957 :
[…]
Telle un’ femm’ de petit’ vertu
Elle arpentait le trottoir du
Cimetière
Aguichant les homm’s en troussant
Un peu plus haut qu’il n’est décent
Son suaire
Oncle Archibald, d’un ton gouailleur
Lui dit : » Va-t’en fair’ pendre ailleurs
Ton squelette
Fi! des femelles décharnées!
Vive les bell’s un tantinet
Rondelettes! «
Lors, montant sur ses grands chevaux
La Mort brandit la longue faux
D’agronome
Qu’elle serrait dans son linceul
Et faucha d’un seul coup, d’un seul
Le bonhomme
[…]
O vous, les arracheurs de dents
Tous les cafards, les charlatans
Les prophètes
Comptez plus sur oncle Archibald
Pour payer les violons du bal
A vos fêtes
On peut y noter une certaine négligence prosodique, ou de rime. Mais aussi tout une série d’enjambements audacieux, marqués, en cours de phrase et qui la casse, par des rimes inattendues. Et ce qui se dégage de l’ensemble, c’est son côté totalement intemporel.
Voici en prosodie poétique plus régulière et avec des remarques concernant les rimes, ce qu’il en est :
Femme de petite vertu / Elle arpentait le trottoir du [rime pauvre, mais « t » est la consonne sourde correspondant à « d », sonore] / Cimetière / Aguichant les hommes en troussant / Un peu plus haut qu’il n’est décent [rime normale] / Son suaire [rime normale] // Oncle Archibald, d’un ton gouailleur / Lui dit : « Va faire pendre ailleurs [rime normale] / Ton squelette/ Fi! des femelles décharnées! / Vive belles un tantinet [une assonance en « n » ou rime approximative en « né » et « nè », et rime féminine avec rime masculine], / Rondelettes! » [rimes riches] // Lors, montant sur ses grands chevaux / La Mort brandit la longue faux [rime pauvre, mais « f » est la consonne sourde correspondant à « v », sonore] / D’agronome / Qu’elle serrait dans son linceul / Et faucha d’un seul coup, d’un seul [rime riche]
Le bonhomme [rime riche] // O vous, les arracheurs de dents / Tous les cafards, les charlatans [rime pauvre, mais « d » est la consonne sonore correspondant à la sourde « t »] / Les prophètes / Comptez plus sur oncle Archibald [amuïssement du « ne » et donc « plus » prononcé « plu » et non pas « pluss » ; et « d » final de « Archibald » muet] / Pour payer les violons du bal [rime riche] / A vos fêtes [rime riche].
Notons encore l’archaïsme (rendu nécessaire et donc encouragé) afin de respecter la bonne longueur du vers : avec une apocope (ou plus exactement une forme primitive qui eut cours jusqu’au moyen français) « lors » (du latin vulgaire *illa hora, cette heure-là) pour « alors » (ancien « à lors ») ; et une diérèse (su-aire) pour « suaire ».
Pas de légion d’honneur pour Brassens, ni d’Académie française, bien que dès la fin des années soixante, des rumeurs circulaient sur une possible entrée à l’Académie. Si bien que certains se sont crus obligés de le « dénoncer », comme par exemple le chanteur Jean-Marie Vivier dans la « Supplique à Georges Brassens pour qu’il n’entre pas à l’Académie française » (paroles de Raymond Sarge, mélodie de Vivier). Par contre, en 1967, Brassens a reçu le Grand prix de poésie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre poétique (d’un montant de 10.000 francs).
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Et maintenant, quelques strophes de Tonton Cristobal* de Pierre Perret, de 1967 :
Tonton Cristobal est revenu.
Des pesos des lingots / il en a l’cul cousu.
La famille hypocrite / cri’ : « vive le barbu »
Tonton Cristobal est revenu.
A nous ses p’tits neveux / on nous disait : « Il s’est taillé
En Amériqu’ du Sud / sans un pélot tout débraillé.
Mes enfants que la Vierg’ / nous patafio-o-le
Plutôt que de revoir/ un jour sa fio-o-le ».
A Buenos Air’s i’ f’sait la traite
D’on ne sait quel produit.
Il est rev’nu fortune faite
Plein de cadeaux jolis.
Une poupé’ qui fait pipi qui s’ mou-ou-che
Et qui-a des seins qu’s’gonfl’nt avec la bou-ou-che
(au refrain)
Depuis qu’tonton est là / on fum’ de la marijuana ;
On fout des coups d’pétard/partout nos parents mouftent pas.
Le matin après l’chocolat / on chi-i-que
Et on crache à six pas / comme au Mexi-i-que.
Il était chef guérillero
Et dur comme un silex.
Il a battu José Corral
Au poignard en solex :
Estafilé de l’oreille à la bou-ou-che
L’autre avait un bel abreuvoir à mou-ou-ches.
[…]
*Cristobal (Cristóbal en espagnol), Christophe, Christophóros, « celui qui porte le Christ ».
On peut y noter une négligence prosodique bien plus développée que dans le texte de Brassens, à propos du « e » final atone en particulier, élidé. *2 Et un curieux mélange bigarré ; de rimes insuffisantes, pour ne pas dire indigentes, qui ne demandent vraiment pas beaucoup d’effort ; et, à l’inverse, de rimes riches. D’un côté par exemple : revenu / cousu / barbu, produit / jolis, marijuana / pas. Et de l’autre : taillé / débraillé, patafiole / fiole, silex / solex…
Ou même absence de rime (guérillero / Corral). À moins qu’il ne s’agisse d’un agencement de « vers » un peu malmené. Comme il l’est, au même niveau de la composition musicale, avec un découpage en 6 / 6 : Mes enfants que la Vierg’ / nous patafio-o-le, puis au couplet suivant avec un découpage en 8 / 4 : Le matin après l’chocolat / on chi-i-que.
Perret pratique également les enjambements, nombreux, mais moins extrêmes, plus conventionnels que ceux de Brassens. Enfin, ce qui se dégage de l’ensemble est un agencement plus disparate, et surtout son côté totalement temporel. Pour ne pas dire daté. La rime « silex / solex » a mal vieilli. Qui connaît encore les solex des années soixante / soixante-dix ?
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Et surtout, en 1967 qu’en était-il de la situation politique et sociale en Argentine ? Le peuple subissait la pire des dictatures militaires « de droite », avec une sorte de tyran à sa tête qui venait l’année précédente de mettre en branle une « révolution argentine, nationale catholique », remettant en cause tous les acquis sociaux et les nationalisations du péronisme : régime ou plutôt système également bien critiquable par son totalitarisme « de gauche ». Le chef de l’État, un militaire avait les pleins pouvoirs, la censure y était très active, la répression était féroce, contre les syndicats et le milieu estudiantin en particulier. Le parlement avait été dissous, les partis politiques également ; leurs biens confisqués et vendus.
Et voici que Perret nous parle d’un oncle qui revient en France, après avoir trafiqué et fait fortune à Buenos Aires dans on ne sait quel commerce louche. Perret semble avoir une prédilection moins pour les rebelles, contestataires ou révolutionnaires que pour les malfrats et interlopes, quand ce n’est pas se moquer des humbles et des paumés et des misères des milieux populaires. (cf. par exemple plus haut : Le Bonheur conjugal). En une sorte de Bruant, qui lui aussi a su faire son beurre de la misère du petit peuple. Et non pas d’un Gaston Couté, « le gâ qu’a mal tourné ». Ou d’autres du même genre.
Perret, c’est le confusionnisme. Un mélange gloubi-boulga de tout et de son contraire. On a ainsi dans une nouvelle version de la chanson sur le Tonton, en introduction un air semble-t-il brésilien alors qu’il est, du moins en apparence, question de l’Argentine et pas du tout de favelas. Et bien évidemment, dès la version originale, un chœur d’enfants (ou supposés tels) pour lancer : « Tonton Cristobal est revenu », mais n’osant pas aller plus loin quand même. Chœur d’enfants comme dans « les jolies colonies de vacances » (1966) qui racontent moins du comique que du laid, du moche, du tordu ou quasi pervers. Du mauvais goût. Curieuse manière d’élever (hausser) la jeunesse. Il faut savoir que « tante Yvonne » (Madame de Gaulle) aurait essayé de faire interdire la chanson sur les ondes (du moins celle de la radio d’État). Ce qui est encore un autre sujet.
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Pierre Perret Les Jolies colonies de vacances 1966
cliquer sur le lien:https://www.youtube.com/watch?v=kL5yV4tEPIo&list=RDkL5yV4tEPIo&start_radio=1
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Peut-on appeler ça des chansons enfantines ? Destinées à des enfants ? Comme, par exemple, chez Anne Sylvestre ? Chez Henri Dès ? Ou chez Sophie Makhno, la première femme avec qui Perret a vécu ? Femme qui, en particulier, est l’auteur des paroles et l’interprète de chansons pour enfants dans les années soixante-dix sur une trentaine de disques 45 tours (cf. Encyclopédisque.fr).
Aussi, à quoi rime (si je puis dire) d’utiliser des chœurs d’enfants, en début de refrain d’une chanson musicalement entraînante, qui nous parle finalement d’un malfrat ou de quelque maffieux qui serait finalement… un chef guérillero (« vive le barbu ») ayant rapporté de la marijuana, des armes à feu et du tabac à chiquer utilisé par des jeunes ? Et dont les « jolis cadeaux » consistent en une poupée qui urine et se mouche et qui a des seins qui se gonflent avec la bouche ? Cela me paraît être assez minable, assez déplacé. Une forme de « pédo-folie » peu constructive, pour ne pas dire amorale. De racolage de l’enfance. On ne peut peut-être pas rire de tout avec n’importe qui, en particulier avec des enfants.
Notons d’ailleurs qu’un premier couplet dit : « Une poupé’ qui fait pipi qui s’ mou-ou-che / Et qui-a des seins qu’s’gonfl’nt avec la bou-ou-che » quand un second raconte que « Estafilé de l’oreille à la bou-ou-che / L’autre avait un bel abreuvoir à mou-ou-ches ». Il y a pourtant plusieurs autres rimes en « ouche » comme : ouche, couche, douche, louche, rouche, souche, touche… Soit dit en passant, « estafilé » est un mot rare et plus récent que « estafiladé ». (« estafilé » et « estafiladé », ces deux mots sont soulignés en rouge par mon « correcteur » d’orthographe).
Bien évidemment, Perret a trouvé bon d’agrémenter le refrain d’un alexandrin bricolé qui dit : « Des pesos des lingots / il en a l’cul cousu ». L’important pour lui est de mettre sa marque de fabrique, une touche de vulgarité totalement gratuite. Le pur plaisir de dire un « gros mot ». Cela dit, ça ne l’a pas empêché (bien au contraire je pense, à notre époque) d’être fait Chevalier de la Légion d’honneur, Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres, membre du Conseil supérieur de la langue française. Ainsi que de l’Académie Alphonse-Allais qui, lui, pourtant, n’est jamais tombé dans la vulgarité.
En fait dans tout un tas de chansons « burlesques » il n’y a pas grand-chose de sensé, ni encore moins de véritablement social chez lui. Si ce n’est qu’il existe aussi, dans une sorte de balancier, des chansons bien propres, et même trop propres, et intégralement dans le moule du temps (« humanistes » pourrions-nous dire si nous ne connaissions pas les élucubrations de ces dernières années). Pour s’excuser et compenser. Telles : Mon p’tit loup, La Cage aux oiseaux, Lily…
Malheureusement – puis-je le dire ? – demeurent des « Jolies colonies de vacances » et des « Tonton Cristobal » de la trempe loufoque de bas-étage, dont la dérision tombe dans le dérisoire. Et dans la négation de ce qui pourrait apporter quelque chose de positif ou de grand. Aux gens dans leur ensemble et aux enfants en particulier.
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Perret n’ayant pas l’avantage de naviguer librement dans l’imaginaire comme un Hergé par exemple quand, dans Tintin et les Picaros, entre un général Tapioca et un général Alcazar (qui fut un temps reconverti en artiste de music-hall, en Europe) – qui sur le fond sont très certainement « kif-kif bourricot » – surgit en trompettes, flonflons exubérants et fanfares envahissantes, l’inénarrable pantin Séraphin Lampion devenu président d’une troupe folklorique, les Joyeux Turlurons, qui se trouve mêlée bien malgré elle à un coup d’État.
Los Picaros ? De l’espagnol « pícaro / pícara » : malin/maligne, coquin/coquine, fripon/friponne. Dans la littérature espagnole des XVIe et XVIIe siècles le « pícaro » désigne le héros espiègle, rusé, roublard. Voir également l’expression : « ser un pícaro », être grivois.
Dérision finale pour un Georges Remi revenu de tout ? Désabusé, par les révolutions et contre-révolutions, le poids des media et de la propagande dans les sociétés, ou encore le tourisme de masse. Critique parodique des saines vertus (sic) véhiculées par Tintin et son entourage dont Archibald (Haddock) – si l’on veut bien oublier ses antécédents alcooliques – dans un univers fortement temporalisé ?
Les Joyeux Turlurons : un métissage de Turlupins (« Sectes d’hérétiques qui se répandirent en France, en Allemagne et dans les Pays-Bas pendant le XIIIe et le XIVe siècle ; ils soutenaient qu’on ne doit avoir honte de rien de ce qui est naturel. » Le Littré) et de joyeux lurons ? Turlutte, turlurette et turlututu ! Peut-être moins picaresques que pittoresques.
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Enfin, dans les chansons humoristiques de Perret (qui n’oublie que rarement la grivoiserie ou le sexe) on est à la limite (inférieure) de ce que l’on peut appeler une chanson à textes, donc bien loin, pour ne pas dire à l’opposé du poème chanté (souvent, mais pas toujours, à mélodie feutrée ou sans beaucoup d’effets), et à l’inverse axée sur la musique (mélodie des refrains en particulier et rythmes entraînants, dansants).
Rigolard d’immédiateté (cocasse ou baroque) plus qu’humoriste profond, où tout semble médiocre : l’histoire racontée (minable), la prosodie (abîmée), la mélodie (demeurant dans le medium) pratiquant la destruction bien plus que la construction ; le tout porté vers le bas, le vulgaire ou l’aguicheur ; épiçant sa production chantée par des livres consacrés à la gourmandise, la cuisine et vins. Ayant compensé le tout en autant (d’hypocrites ?) « bons » sentiments (« humanistes ») en chansons, qui ne coûtent rien, si ce n’est le prix d’une ou plusieurs places à un concert, ou d’un disque pour le gogo ébahi. C’est cela aussi, la mascarade.
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Plus haut rappelé que ses chansons ont un fort côté temporel. En effet, tout est daté, et datable, chez lui. C’est un point que sa production a en commun avec tout un tas de chansons dites traditionnelles. Du genre « Cadet Roussel(le) a trois maisons », sur l’air lui-même d’une chanson antérieure concernant « Jean de Nivelle ». Ou du genre « C’est la Mèr’ Michel […] C’est le Pèr’ Lustucru » dont les versions (paroles et airs utilisés) remontent au moins au début du XVIIIe siècle.
Et bien sûr l’argot lui-même est daté. Prenons le premier couplet du Tord-Boyaux (1964) :
Il s’agit d’un boui-boui bien crado
Où les mecs par-dessus l’ calendo
Se rinc’nt la cloison
Au Khrou’tchev maison
Un Bercy pas piqué des hann’tons…
Forme de couplet-type à rythme irrégulier que l’on retrouve d’autres fois chez lui (sous cette forme ou des formes similaires). Ici, en nombre de syllabes : 9/9//5/5//9 ; ou écrit autrement : 9/9/10/9 ; et pour la rime : a/a/b/b/b.
Avec donc, rimes en « do », « zon » ou « on ». Et assonances internes en « i » (agit, boui-boui … Bercy). Et bien évidemment de l’argot ou français populaire avec : boui-boui, crado, mec, calendo, se rincer la cloison, pas piqué des hannetons. Combien ont vieilli ou ne sont plus vraiment de notre époque ? Qui dans les jeunes générations comprend l’expression « au Khrou’tchev maison » synonyme de : « au gros rouge qui tache », expression elle-même vieillie.
Krouchtchev est évidemment l’ancien dirigeant « communiste » de l’URSS. Communiste (ou prétendu tel) = rouge = vin (rouge). « Maison » : de la réserve en alcool du boui-boui, de la gargote. Rappelons que boui-boui désigne, ou a désigné autrefois, non seulement un restaurant ou une auberge de très mauvaise tenue, infréquentable, qu’un théâtre, café-concert, cabaret de dernier ordre, ou encore un petit bal mal famé, voire une maison de débauche et de prostitution, un cloaque. Le tout (Khrou’tchev *3 maison) = (mauvais) vin (rouge), la bibine destinée aux milieux populaires, ouvriers, paysans, artisans…
Et qui, dans ces nouvelles générations, comprend qu’« un Bercy pas piqué des hann’tons » = un mauvais vin, un mauvais mélange de vin, mis en bouteille à Bercy. Bercy ou autrefois se tenaient un grand nombre de négociants de vin de la capitale. Ce sont à la fois les négociants qui étaient de la capitale, et le vin qui était de la capitale. Je m’explique.
Lorsque j’entendais « un Bercy » dans la chanson de Perret, je croyais qu’il s’agissait d’un cépage ou d’un vignoble ou de quelque château, domaine, propriété viticole. Jusqu’au jour, très récent, où j’ai compris qu’« un Bercy » évoquait un vin frelaté, plus ou moins bon marché, fabriqué à partir de mélanges de productions diverses de la France entière qui arrivaient, par chemin de fer ou par bateau au port de Bercy sur la Seine, aux anciens entrepôts vinicoles de ce quartier de Paris.
Autrement dit un ensemble de produits d’assemblage pouvant être de qualité (très) douteuse. Avec des mélanges non seulement de cépages, de cuvées, d’années de production, mais encore d’appellations d’origine, ou même de vignoble, voire encore d’apports divers en sucre, et autres produits de transport et de conservation…
Cette chanson encore était faite, liée à l’actualité. En 1964, Krouchtchev est remplacé par Brejnev ; et, le début de la fermeture à Paris, des « chais » de Bercy, devient effective à compter de cette même année. Le quartier étant en grande partie remodelé, d’année en année, jusqu’à la construction à partir de 1979 du Palais omnisports de Paris-Bercy, puis à partir de 1988, de l’installation du nouveau ministère de l’Économie et des Finances.
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Puis-je résumer une partie des chansons de Perret de cette manière ? Sur le fond Pierre Perret, s’est depuis le début plutôt spécialisé dans la petite « provoc » peu ragoûtante, sur les mœurs de ses contemporains et le sexe, avec un humour faussement « bon enfant », ou pas destiné à des enfants mais en les mêlant quand même à cela. Ayant un goût marqué pour l’interlope, l’irresponsabilité, la grossièreté gratuite ou le vulgaire mêlés de gouaille aguicheuse et, ainsi, à l’occasion de chœurs d’enfants (ou prétendus tels). Navigant également entre le comique ou la gaudriole, la gastronomie ou la gourmandise, l’esprit leste ou le libertinage, du moins en paroles ou en écrits. Et agrémenté, pour donner le change, de quelques prétentions humanistes ou tendres en certaines chansons, au final ne valant pas tripette.
C’est également le personnage qui, pratiquement jamais chez lui pendant des années, mais en tournée, ou alors écrivant des chansons (dont un tas de chansons destinées réellement à des enfants, du moins de ce que j’en connais), a eu le temps (où, quand, comment ?) de publier tout un tas d’ouvrages d’autobiographie, de gastronomie et œnologie, de poésie érotique, de lexicologie et d’histoire sur les métiers et sur l’argot, ou plus exactement les argots ou jargons de métier.
J’aimerais comprendre comment il a pu faire tout cela. Ceci relève du mystère un peu comme pour Onfray, évoqué plus haut, qui a écrit tant et plus d’ouvrages alors qu’il a passé son temps depuis des années dans les media et dans son ex-université populaire.
Mais somme toute, pour pour finir quand même sur une note un peu positive, sur la forme, il faut reconnaître à Perret de s’être maintenu dans une certaine tradition de la chanson française populaire courante. Tant sur la forme que sur le fond. Celle que l’on peut qualifier de chansons de fêtes populaires diverses : chansons de mariage, de fin de soirée, de bistrot, de corps de garde. En partie spécialisé dans le coquin, l’érotique, le grivois, le paillard, ou dans le style de chansons à boire. Sans oublier le trivial parfois. Avec tous leurs lieux communs habituels, pour ne pas dire récurrents. Et si je puis dire récurant même. Enfin, ne manque chez lui (du moins de ce que j’en connais) que le réemploi d’airs connus, plus ou moins anciens, sur d’autres paroles.
… Dans une certaine tradition de la chanson française populaire, ai-je dit. Mais dans une partie seulement de la tradition populaire. Car, il a longtemps et/ou souvent existé des chansons dites populaires impeccables tant en diction (« e muet », diérèses ou synérèses compris) qu’en mélodies recherchées (airs à voix).
Mais dans les faits, depuis l’épisode covidiste, Perret n’est plus qu’un jobard en perdition. Décati, décrépi.
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NOTES :
*1- Maison close ou maison de redressement (comme on disait autrefois) ?
*2- Le « e » final est quelque chose d’ambigu, ou pour le moins de fluctuant dans la chanson, plus encore à notre époque de déconstruction et de « bâtardérisation » (du verbe « bâtarder »), qu’autrefois. Sachant encore que la chanson relève bien plus, de nos jours, de la simple expression orale que de la déclamation poétique.
Notons (C) pour : consonne, et (V) pour : voyelle. En bonne diction (principalement méridionale, du moins au niveau du « e »), ou en poésie classique, traditionnelle, notons ce qu’il en est, d’une manière générale, selon les cas.
a) en finale de vers, tous les mots terminés par un « e », soit donc toutes les rimes féminines (ce qui n’a rien à voir avec le genre de ces mots, du moins quand ils en ont un) ont ce « e » amuï. Que cela soit d’ailleurs un « -e », un « -es » ou un « -ent ». Par exemple : il chant’, ils chantai’nt, la poési’, les herb’s. Ou réduit à peu de chose (cas des doubles consonnes finales) : la porte, la table, le sabre, les arbres… ;
b) dans le cours du vers, les mots en -(C)e amuïssent leur « e » final devant voyelle ou « h » non aspiré ; mais m’amuïssent pas leur « e » final devant consonne ou « h » aspiré (ne permettant pas la liaison, ex. u-ne hache) ;
c) dans le cours du vers, les mots en -(V)e amuïssent leur « e » final devant voyelle ou « h » non aspiré ; mais m’amuïssent pas leur « e » final devant consonne ou « h » aspiré, du moins dans la poésie la plus classique qui soit ;
d) mais très généralement de nos jours, parmi ceux qui écrivent encore de la poésie régulière, classique, il est convenu d’éviter les « e » finaux derrière voyelle, situés devant consonne ou h aspiré, ou à défaut de les ignorer (exemple, prononcer : la vi’ de la Terre, et non pas : la vi-e de la Terre, avec « vie » en deux syllabes, comme c’était le cas aux siècles passés ; ou : c’est la rêveri’ des jours et des nuits) ;
e) dans le cours du vers, les mots en -(C)es (substantif, adjectif…) ou -(C)ent (verbe conjugué…) n’amuïssent pas le « e » final. On dit : « Les cham-bres z-et les couloirs » : sept pieds ; « Les hom-mes man-gent t-avec entrain » : neuf pieds ;
f) dans le cours du vers, les mots en -(V)es, -(V)ent amuïssent les « -es » ou « -ent » finaux devant voyelle : dans les nu’s assouvies (6 pieds) ; devant consonne : venai’nt des hommes et des femmes (8 pieds).
En résumé. « Elles chantaient à tue-tête » se dira : el-les chantai’nt t-à tu’-tête (sept pieds).
g) dans les mises en musique (en mélodie) de la poésie classique et/ou régulière, il est possible de rencontrer des allongements de fins de vers, concernant des rimes féminines, transformant par exemple un octosyllabe en un ennéasyllabe ; ou un alexandrin en un tridécasyllabe. Avec un « e » final, normalement muet en poésie, sur-numéraire. Je ne parle pas, non plus, de possibles vocalises sur une ou plusieurs syllabes qui peuvent allonger d’autant non seulement un mot mais toute la ligne poétique, le vers.
h) quand la musique prend le pas sur le texte, on peut rencontrer aussi des formes fautives, où des mots se terminant par une consonne sont affublés d’un « e » incongru, prononcé, chanté. Dans des airs populaires en particulier. « Dans le bal-e », « sur le sol-e », avec un ə central (comme dans : le), du moins quand il n’est pas confondu avec le suivant, ou un œ (comme dans : leur) ; voire avec un ø (comme dans jeu)…
*3- Avec « Khrouchtchev » plutôt prononcé « crout’chèf » ou « crouc’chèf », que « crouch-tchèf »
QUELQUES SOURCES :
boiteachansons.net
bide-et-musique.com
dico-du-vin.com
encyclopédisque.fr
topaccords.com
Ajout :
J’ai écrit plus haut que Pierre Perret fut pratiquement jamais chez lui pendant des années. Cela me fait penser à Jacques Brel, « l’abbé Brel » comme le surnomma à ses débuts Brassens, qui fut dans la même situation et qui lorsqu’il était présent chez lui entendait régenter « d’une main de fer » sa maisonnée de femmes (épouse et trois filles). Type qui trompait allégrement sa femme tout en exigeant que ses filles marchent droit et fréquentent les bonnes écoles privées. À l’inverse, Georges Brassens qui rencontra la muse de toute la suite de sa vie à 26 ans, elle en avait 36, n’eut aucun enfant avec elle, et trouvait d’ailleurs déplacé d’en avoir avec la vie de saltimbanque qu’il menait. Ils demeurèrent non mariés et chacun vivant chez soi. Lui, souvent avec « Les Copains d’abord ».
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