Article d’Olivier Mathieu : CENTENAIRE. Aujourd’hui, 8 août 2025, Marguerite Marie-José Mathieu aurait cent ans

Livre traduit par Marguerite Mathieu (1925-1988)
Livre traduit par Marguerite Mathieu / éditions Robert Laffont, 1964.
Livre traduit par Marguerite Mathieu
Marguerite Mathieu avait été la première lauréate en septembre 1939 de la bourse d’études du « fonds des mieux doués ». Titulaire en 1948 d’une maîtrise en philosophie et philologie classique. Prix Goblet d’Alviella 1950, en collaboration. Titulaire en 1950 d’une maîtrise en philologie et histoire orientales et slaves. Doctorat à Bruxelles, le 26 novembre 1953. Diplômée de l’Ecole nationale des langues vivantes de Paris (section ukrainien). Assistante associée à Paris-X Nanterre depuis janvier 1966, assistante non titulaire à partir de septembre 1974, assistante depuis avril 1983, Marguerite Mathieu y avait créé son cours de latin médiéval en 1968. Ce cours consistait en une initiation à la latinité médiévale (langue, symbolisme) et à la paléographie. Ma mère était aussi, depuis 1975, membre étranger de l’Institut sicilien des études byzantines et néo-hellénistiques de Palerme, où sa thèse sur Robert Guiscard avait été publiée (416 pages) en 1961.
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Sous le signe du 8.
Née à Bruxelles le 8 août 1925, en d’autres termes le huitième jour du huitième mois de l’année 1925 (1+9+2+5=17, 1+7=8), Marguerite Marie-José Mathieu est morte à Paris le 12-8-1988, en d’autres termes le huitième mois de l’année 1988, quatre-vingt-huitième année de ce siècle (1+9+8+8=26, 2+6=8). « Marguerite Marie-José Mathieu » = 26 lettres, 2+6 = 8.
Ma mère avait un niveau tellement supérieur que l’Etat belge l’avait dispensée de toute obligation de fréquentation scolaire dès 1938 et l’avait invitée à passer son baccalauréat à l’âge de quatorze ans, pour s’inscrire ensuite immédiatement à l’Université. Pendant les Années 1930, par ailleurs, elle avait passé toutes ses vacances d’été à Visé, à peu de distance de la frontière du Troisième Reich. Elle avait fait plusieurs voyages en Allemagne, le tout dernier au début de 1939. On ignore en effet très souvent qu’existait alors, en Allemagne, une sorte de programme « Erasmus » avant l’heure. Dans son autobiographie Lanterna Magica, publiée en 1987, l’immense cinéaste Ingmar Bergman parle lui aussi, si mes souvenirs sont exacts, de ce programme. À l’été 1934, le très jeune Bergman avait été invité en Allemagne.
Ayant quitté l’école à quatorze ans, et ayant eu quinze ans au moment de la déclaration de guerre faite à l’Allemagne nationale-socialiste par la France et l’Angleterre, Marguerite Mathieu avait ensuite échappé par pur miracle à la mort sous les bombardements anglo-américains.
Qu’il suffise de rappeler que le 7 septembre 1943 (ma mère avait 18 ans), 251 bombardiers de l’United States Army Air Forces (USAAF) décollèrent du territoire britannique puis, d’une altitude d’environ 7000 mètres d’altitude (courageux mais pas trop), larguèrent au moins 130 bombes de 250 kilos en un seul passage, provoquant une immense explosion suivie, environ deux minutes plus tard, d’une deuxième vague. Trois communes bruxelloises furent gravement touchées : Ixelles, Etterbeek et Evere. C’est sans doute à Ixelles que le drame fut le plus grand. Des blocs entiers des avenues de la Couronne et des Saisons, des rues Emile de Béco, Henri Marichal et Juliette Wytsman, et du boulevard Général Jacques (où le mari de la mère de ma mère, précisément, possédait une ou des maisons) furent rasés au sol et éventrés. De véritables cratères s’étaient creusés dans les rues. Des dizaines de blessés furent amputés sur place, des corps calcinés ne futent jamais identifiés. Le bilan humain – on a parlé de 282 civils tués sur le coup, et de 216 blessés graves – est inférieur à la réalité. Il ne prend pas non plus en compte les victimes parmi les soldats allemands.
Ma mère, elle, avait rêvé à ce moment-là de s’engager comme infirmière sur le Front de l’Est. Chose qu’il a pu m’arriver de romancer ensuite dans l’un ou l’autre livre, mais qui ne correspond pas, ou pas complètement, à la vérité historique: ma mère n’avait pas pu réaliser cette ambition de jeunesse.
Une jeune fille de 15 ans, Marguerite Mathieu, à l’été de 1940 (quinze ans), dans le nord de l’Europe (ici, à Bruxelles). Quelques semaines auparavant, le 28 mai 1940, l’armée belge avait déposé les armes.
Adémar Adolphe Louis Martens, dit Michel de Ghelderode (1898-1962), l’un des plus grands écrivains européens du vingtième siècle, avait été relevé de ses fonctions à la suite d’une procédure disciplinaire, sous prétexte de la conduite qu’il aurait eue durant l’occupation allemande. Il était en effet accusé d’avoir servi la propagande nationale-socialiste en collaborant durant la guerre à Radio Bruxelles. Dès 1945 et 1946, Marguerite Mathieu qui a alors vingt ans (et la mère de cette dernière, Marie de Vivier) obtient une audience de Léopold III (roi des Belges du 23 février 1934 au 16 juillet 1951), pour plaider la cause Michel de Ghelderode. Lequel devra patienter jusqu’au 19 février 1946 pour que sa situation soit clarifiée par arrêté royal. Il écopera d’une peine disciplinaire de trois mois de suspension sans traitement.
Lire : Michel de Ghelderode, Correspondance. Tome V : 1942-1945. Établie et annotée par Roland Beyen. Bruxelles, Labor, collection Archives du Futur, 1998, 699 pages.
Extraits: « Bruxelles à peine libérée, l’Administration communale de Schaerbeek convoque de Ghelderode pour lui signifier qu’il aura à s’expliquer de son attitude pendant la guerre. Commence une longue traversée du désert qui dure en définitive jusqu’au 9 février 1946, date de l’arrêté royal fixant sa peine à trois mois de suspension. Au cours de cette période, des amis tels Franz Hellens et Marie de Vivier se mobilisent, écrivent nombre de lettres de soutien jusqu’à ce qu’ils adressent une pétition à la Reine Élisabeth. De Ghelderode affirme de son côté que ses émissions étaient hautement patriotiques, oubliant parfois ses éloges du Grand Bruxelles ou ses parenthèses injurieuses à l’égard des Juifs. (…) Mais à côté de l’ensemble de ces tergiversations idéologiques, le cinquième volume de cette correspondance a également pour personnage central l’écrivain Marie de Vivier qui se dévoue corps et âme pour réhabiliter Ghelderode ; une fois disculpé, le dramaturge, voulant couper net avec cette page trouble de son passé, entame une série de ruptures avec des témoins trop au fait, dont Marie de Vivier. Le volume se termine d’ailleurs sur sa tristesse à la lecture de la préface de Ghelderode pour Jésus-Christ en Flandre de Balzac. Il s’agit en réalité d’une ancienne chronique de Radio-Bruxelles, ce que Marie de Vivier ignore, découverte d’autant plus troublante qu’elle confronte finalement une admiratrice et une avocate de cœur au contenu ambigu de ces causeries de guerre ». Source: Michel de Ghelderode, Correspondance. Tome V : 1942-1945. Établie et annotée par Roland Beyen. Bruxelles, Labor, collection Archives du Futur, 1998, 699 pages.
Elena Ghigo.
Marguerite Mathieu était liée d’amitié à une collègue de sa mère, une ancienne infirmière du nom d’Elena (Hélène) Ghigo. Cette dernière présente la très remarquable particularité d’avoir été citée par Marie de Vivier (née Marie Jacquart, 1899-1980) dans plusieurs de ses romans, puis dans plusieurs des miens. Cette présence d’Elena Ghigo dans mes romans tout comme dans ceux de ma grand-mère constitue un élément particulièrement intéressant, mes livres étant l’intertexte de ceux de ma grand-mère, et réciproquement.
On retrouvera donc Elena Ghigo:
⦁ dans les romans de Marie de Vivier
⦁ dans les miens
⦁ et dans mes mémoires (parus en 2018)
Des infirmières à Bruxelles (photo plus ou moins de l’époque des faits rapportés ici)
Elena Ghigo, pour résumer, exerçait en 1923 la profession d’infirmière en compagnie de Marie de Vivier, à l’hôpital Brugmann de Bruxelles. Les deux femmes étaient alors militantes communistes. Mieux encore, Marie de Vivier était devenue communiste après avoir rencontré Elena Ghigo. En Italie du nord, Ghigo est un nom de famille, un prénom, un diminutif de prénom ou un surnom. Bien que l’on trouve sur Internet beaucoup d’étymologies présumées de Ghigo, aucune ne me convainc.
C’est Elena Ghigo qui, à la fin de 1921 ou au début de 1922, avait présenté à Marie de Vivier son premier mari, épousé à Saint-Gilles (Bruxelles) le 13 septembre 1922. Le témoin de ce mariage avait été le fameux politicien War Van Overstraeten (8 janvier 1891 – 9 décembre 1981), l’un des principaux fondateurs du Parti communiste de Belgique. Notons que plus tard, renvoyant dos à dos France et Grande-Bretagne et Allemagne nationale-socialiste, War Van Overstraeten avait réalisé pendant la guerre des travaux publicitaires pour le Troisième Reich hitlérien.
Marcel Mathieu était né le 21 août 1890 et il est mort le 12 juillet 1954. Monsieur Mathieu (stalinien, il se rendait parfois à Moscou) et Marie de Vivier avaient eu un fils né en 1923 mais, dès 1924, le mariage était en crise irrémédiable. Dans les premiers mois de 1925 (et, je le répète, je renvoie à ce sujet aux romans de Marie de Vivier), Monsieur Mathieu avait menacé sa femme d’un pistolet sur la tempe, en exigeant d’elle qu’elle avorte de l’enfant qu’elle portait. Ce qu’elle avait refusé de faire. L’enfant en question avait été Marguerite Mathieu, dont le mari de sa mère savait parfaitement ne pas être le père biologique.
Les Anglais étaient entrés dans Bruxelles le 3 septembre 1944. Ma mère avait eu dix-neuf ans le 8 août. Peu avant la fin de la seconde guerre mondiale, Elena Ghigo (qui avait depuis longtemps rompu avec le communisme) avait choisi d’aller vivre en Allemagne. Pendant la seconde guerre mondiale, des milliers d’enfants sont certes nés en Belgique de relations entre soldats allemands et femmes belges. Mais dans le cas d’Elena Ghigo, ce qui frappe est qu’elle ait choisi, par amour, d’épouser et d’accompagner en 1944 un soldat vaincu qui faisait retour en Allemagne. J’ignore, je dois l’avouer, si Elena Ghigo travaillait encore en 1940 à l’hôpital Brugmann de Bruxelles, réquisitionné en mai 1940 par la Wehrmacht pour devenir un Kriegslazarett. J’ignore plus ou moins si c’est là qu’Elena Ghigo avait rencontré son futur mari. Mais il serait fort intéressant de consulter les archives allemandes (Deutsche Dienststelle, institution créée dès 1939, qui possède tous les dossiers sur les états de service des soldats de l’armée allemande pendant la guerre).
Jeunes filles allemandes (début des années 1940), photo extraite de la presse de l’époque.
Triste anniversaire que celui des vingt ans de ma mère, son anniversaire de 1945, si l’on songe qu’il eut lieu exactement entre les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki des 6 et 9 août 1945.
Ajoutons que je n’ai jamais rencontré Elena Ghigo mais qu’elle mourut (mais je peux me tromper) sans descendance, au milieu des années 1970. Son décès bouleversa ma mère.
Marguerite Mathieu vivra en Italie tout au long des années 1950, aussi bien en Calabre qu’à Rome ou qu’à Gênes (dès l’été 1949), où elle poursuit ses études et publie des articles (principalement mais pas exclusivement scientifiques) dans un grand nombre de revues.
« Mlle Marguerite Mathieu a parcouru toute l’Italie méridionale, et cela à plusieurs reprises, et elle a visité tous les sites dont elle parle« , notait le fameux byzantiniste Henri Grégoire en 1962 (voir la coupure de presse qui suit).
Etudes sur le dieu à la taupe et le dieu au rat
CITONS, PARMI D'AUTRES TRAVAUX:
« La Sicile normande dans la poésie byzantine » par Marguerite Mathieu, Palermo : G. Mori & Figli, 1954.
Ou encore, signalons sa collaboration au livre de Grégoire (Henri), avec la collaboration de René Goossens et de Marguerite Mathieu. Asklèpios, Apollon Smintheus et Rudra, Études sur le dieu à la taupe et le dieu au rat dans la Grèce et dans l’Inde (https://www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_1951_num_29_1_2087_t1_0263_0000_2 ).
Et enfin l’article « Trivigant: prétendue divinité musulmane de nos chansons de geste et son étymologie (Trivia)« , en collaboration avec Henri Grégoire (La Nouvelle Clio, Bruxelles).
Liste de quelques travaux scientifiques de Marguerite Mathieu, cliquez sur: https://difusion.ulb.ac.be/vufind/Author/Home?author=Mathieu,%20Marguerite
*“La Sicile normande dans la poésie byzantine” par Mathieu, Marguerite, Centro di studi filologici e linguistici siciliani, 2, pages 7-37, 1954.
*“Études récentes sur les dialectes néo-grecs d’Italie méridionale” par Mathieu, Marguerite, Byzantion, 24, 1, pages 331-341, 1954.
*“Le manuscrit 162 d’Avranches et l’édition princeps des Gesta Roberti Wiscardi de Guillaume d’Apulie”par Mathieu, Marguerite, Byzantion, 24, 1, pages 111-130, 1954.
*“Allusions bibliques dans un poème historique du temps de Manuel Comnène” par Gregoire, Henri et Marguerite Mathieu, Bulletin de la Classe des lettres et des sciences morales et politiques. Académie royale de Belgique, 40, pages 291-300, 1954.
*“Cinq poésies byzantines des XIe et XIIe siècles” par Mathieu, Marguerite, Byzantion, 23, pages 129-142, 1953.
*“Les faux diogènes” par Mathieu, Marguerite, Byzantion, 22, pages 133-148, 1952.
*“Sur la date des Gesta Roberti Wiscardi” par Mathieu, Marguerite, Annuaire de l’Institut de philologie et d’histoire orientales et slaves, 11, pages 269-282, 1951.
*“Bibliographie de Henri Grégoire” par Mathieu, Marguerite, Annuaire de l’Institut de philologie et d’histoire orientales et slaves, 10, pages 5-67, 1950.
*“Une source négligée de la bataille de Mantzikert: Les « Gesta Roberti Wiscardi » de Guillaume d’Apulie” par Mathieu, Marguerite, Byzantion, 20, pages 89-103, 1950.
*“Le mythe d’Hélène, héroïne et déesse, dans la littérature grecque” par Mathieu, Marguerite. Non publié, 1948.
Henri Grégoire, Eugène Goblet d’Alviella…
Toujours idéaliste, Marguerite Mathieu ne se résume pas à cette carrière scientifique. Elève puis collègue du professeur Henri Grégoire, le fondateur des études byzantines en Belgique (1881-1964, exilé aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale, et que j’ai rencontré peu avant sa mort), elle démontre un humour aussi délicat que, parfois, impossible à deviner.
L’Académie royale de Belgique décerne le prix quinquennal Eugène Goblet d’Alviella, créé en 1926, au meilleur travail scientifique relatif à l’histoire des religions. Marguerite Mathieu l’obtient, en collaboration, en 1950. Le politicien, historien et franc-maçon Eugène Félicien Albert Goblet d’Alviella, né le 10 août 1846 à Bruxelles, y était mort le 9 septembre 1925.
Enfin, Marguerite Mathieu croise et aide aussi des personnages, souvent inattendus de l’histoire du vingtième siècle avec lesquels elle demeure en contact épistolaire y compris lorsque les circonstances de la vie mettent, entre eux, des centaines ou des milliers de kilomètres.
Marguerite Mathieu en 1948
Marguerite Mathieu dans « Elle ».
C’est en Italie méridionale que Marguerite Mathieu, qui avait consacré sa thèse à Guillaume II d’Apulie (1096-1127, duc d’Apulie et de Calabre depuis 1111 jusqu’à sa mort), et qui était également une grande spécialiste des dialectes méridionaux de ce pays, avait vécu une aventure tout simplement exceptionnelle, en découvrant ou plus exactement en redécouvrant, dans la lignée de Gerhard Rohlfs, un village où la population, au début des années 1950, parlait encore grec ancien.
Il y eut sur ce sujet un article dans le magazine Elle. Je pensais jusqu’à tout récemment qu’il s’agissait du n°879, daté du 26 octobre 1962, dont voici (prochaine image) la couverture. Apparemment, je me trompais puisque l’un des abonnés à ce blog, en possession de ce numéro, m’a assuré ne pas y découvrir l’article en question. Par conséquent, mes recherches à ce sujet se poursuivent.
Couverture du magazine « Elle » numéro 879 du 26 octobre 1962
Robert Guiscard
La thèse de Marguerite Mathieu : La geste de Robert Guiscard / Guillaume de Pouille ; édition, traduction, commentaire et introduction par Marguerite Mathieu ; avec une préface de M. Henri Grégoire / Palermo : Istituto siciliano di studi bizantini e neoellenici , 1961.
Il s’agit de l’étude des Gesta Roberti Wiscardii, épopée historique écrite en latin médiéval à la fin du onzième siècle, source capitale de l’histoire de la conquête de l’Italie méridionale et de la Sicile par les Normands.
Livres traduits.

Livre traduit par Marguerite Mathieu / éditions Robert Laffont, 1964.
Marguerite Mathieu avait traduit un très grand nombre de livres, en quelques occasions sous pseudonyme, par exemple de l’italien, de l’anglais, de l’anglo-américain, du russe, du serbo-croate (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb119151058).
Une toute petite curiosité, aussi. Il existe un livre de Bernard Martin (1897-1986), « La course au trésor », publié aux éditions de la Paix en 1950. Le livre est présenté (notice de la BNF) comme « traduit de l’anglais par Marie de Vivier ». Or, ma grand-mère ne savait pas un mot d’anglais et le livre, en vérité, avait été traduit par ma mère.
Voir: https://leblogdunbonarien.wordpress.com/2025/07/13/une-petite-curiosite-bibliographique/
Livre traduit par Marguerite Mathieu (1925-1988)
Traduit du serbo-croate par Marguerite Mathieu
Bibliographie
*MacGregor-Hastie, Roy, « Le jour du lion : vie et mort de l’Italie mussolinienne » (1922-1945), traduit de l’anglais par Marguerite Mathieu (The day of the lion : the life and death of fascist Italy), Albin Michel, 362 pages, 1965.
*Radičević, Branko V. (1925-2001), « Le trou de la serrure », roman traduit du serbo-croate par Marguerite Mathieu ; avant-propos de Lala Marinković. Stock, 1963. La parution du livre (1963) suscitera divers articles, j’en cite trois: Gaugeard, Jean : « Branko Radicevic demande à être compris », entretien, Les Lettres françaises, 7 mars 1963, page 3. Le Breton Grandmaison : « Branko V. Radicevic : Le trou de la serrure », Les Nouvelles littéraires, 4 avril 1963, page 4. J. C. : « Le trou de la serrure par Branko V. Radicevic », Le Figaro littéraire, n° 891, 18 mai 1963, page 5.
*Elliott Smith. En désespoir de cause. Traduit par Marguerite Mathieu. Postface par le docteur Albert Delaunay. La Palatine, 1965.
*Andrew Turnbull (1921-1970). Scott Fitzgerald le magnifique. Traduit de l’américain (349 pages) par Marguerite Mathieu, éditions Robert Laffont, 1964.

Marguerite Mathieu était devenue Française en 1974, contre son gré, chose que j’ai évoquée dans mon roman Tropique de la Pioche. C’est un roman de plus de 500 pages, j’en conseille la lecture. Ma mère ne se sentait ni Belge, ni Française. Dès ma naissance survenue en 1960, une maternité qu’elle avait voulu avoir sans se marier et sans non plus vivre en concubinage (elle démontrait ainsi être en grande avance sur son temps), elle avait ensuite décidé – y compris contre l’avis de sa propre mère – de m’élever à la maison. Un autre livre que l’on devrait consulter est Cent pages d’amour de Marie de Vivier (Paris, 1971).
En 1977, Marguerite Mathieu avait collaboré à l’ouvrage « Du VIIIe au XIe siècle : édifices monastiques et culte en Lorraine et en Bourgogne« , recueil d’études publié par C. Heitz et F. Héber-Suffrin (Centre de recherches sur l’antiquité tardive et le haut Moyen-Age, Université Paris-X Nanterre, cahier II, 1977). Carol Heitz et Marguerite Mathieu avaient publié et traduit différents textes concernant l’histoire de Saint-Bénigne de Dijon. Plus précisément, la mise au point et la traduction des chapitres 5 et 50 du coutumier de Saint-Bénigne, dans ce travail, avaient été effectuées par Marguerite Mathieu, comme l’écrivait (voir document suivant) dans son introduction Carol Heitz, que j’ai rencontré en une seule occasion et qui deviendrait quelques années plus tard doyen de l’Université de Nanterre.

Extrait de l’introduction de Carol Heitz.

Saint Bénigne. Crypte romane construite en 1003 par Guillaume de Volpanio.
Atteinte en 1987 par un cancer du pancréas, et après trois opérations majeures et plus d’un an d’agonie, Marguerite Mathieu meurt le 12-8-1988 à Paris, quatre jours après son soixante-troisième anniversaire. Enterrée le 18-8-1988. Toujours le 8.
Elle aura droit à un avis nécrologique, rédigé par l’université de Paris-X Nanterre, dans Le Monde. Curieusement, dans la société d’aujourd’hui, en 2025, où l’on chante le « génie » de milliers de parfaites nullités et, en outre, bien que Marguerite Mathieu ait été une femme, aucun journal et aucune association « féministes » ne lui rendront le moindre hommage en ce 8-8-2025 (ma mère aurait d’ailleurs été profondément désolée d’un hommage féministe), premier centenaire de la date de naissance d’une universitaire de très haut niveau, traductrice, polyglotte. Elle lisait, écrivait ou parlait couramment dix-sept langues: latin, grec antique, latin médiéval, grec moderne, russe, ukrainien, serbo-croate, allemand, flamand, espagnol, portugais, français, italien, dialecte calabrais de la zone de Bova.
Pour avoir droit aux « honneurs » de cette société, mieux vaut faire du rap que du latin médiéval, et s’abrutir devant la téloche que parler dix-sept langues.
Cocassement, aujourd’hui, la presse et Internet regorgent de nécrologies de gens qui n’ont rien fait, de pseudo-« artistes » à qui l’on organise des funérailles nationales, et d’intellos grotesques.
Tandis que les personnes qui mériteraient des nécrologies et des hommages sont totalement ignorées du grand public. Le journal des Goncourt notait déjà : « trois premières colonnes du Figaro et du Gaulois, remplies, ce matin, par la nécrologie d’un cabotin inconnu » (Goncourt, Journal, 1883).
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Quelques repères bibliographiques (liste non exhaustive).
*Elle, magazine, n° 879, 26 octobre 1962 (à vérifier).
*Marie de Vivier, Cent pages d’amour (Paris, 1971) et ceux de ses romans où elle évoque Hélène (Elena) Ghigo.
*Olivier Mathieu, Tropique de la Pioche, roman, 1998.
*MacGregor-Hastie, Roy, « Le jour du lion : vie et mort de l’Italie mussolinienne » (1922-1945), traduit de l’anglais par Marguerite Mathieu (The day of the lion : the life and death of fascist Italy), Albin Michel, 1965.
*Radičević, Branko V. (1925-2001), « Le trou de la serrure », Bela žena, roman traduit du serbo-croate par Marguerite Mathieu ; avant-propos de Lala Marinković. Stock, 1963.
*Elliott Smith. En désespoir de cause. Traduit par Marguerite Mathieu. Postface par Albert Delaunay. La Palatine, 1965.
*Andrew Turnbull (1921-1970). Scott Fitzgerald le magnifique. Traduit de l’américain (349 pages) par Marguerite Mathieu, éditions Robert Laffont, 1964.
*La geste de Robert Guiscard / Guillaume de Pouille ; édition, traduction, commentaire et introduction par Marguerite Mathieu ; avec une préface de M. Henri Grégoire / Palermo : Istituto siciliano di studi bizantini e neoellenici , 1961.
* * * * * * * ANNEXES * * * * * * * * *
Un extrait de mes Mémoires
« Une des femmes les plus essentielles de mon destin – et que je n’avais jamais rencontrée – venait de mourir en Allemagne. Ma mère avait énormément pleuré.
Née aux environs de 1900, l’infirmière Elena Ghigo dite la Petite Ghigo avait été une collègue de ma grand-mère, aux alentours de 1922, à l’hôpital de Bruxelles. Un certain Marcel Mathieu, dit le Père Mathieu, agitateur bolchevique qui participait en Union soviétique aux Congrès de l’Internationale, était tombé amoureux de la Petite Ghigo. Elle n’avait pas voulu de lui et l’avait présenté à sa copine en lui intimant: – Débarrasse-m’en. Sa camarade au parti communiste avait obéi. Elle avait débarrassé Elena Ghigo du Père Mathieu en l’épousant et en lui donnant un fils dès 1923 puis, selon toute probabilité, en le cocufiant dès 1924 avec André Baillon. Motif pour lequel elle avait risqué que son mari lui colle une balle entre les deux yeux (ma mère ne serait pas née, moi non plus). C’était donc parce que Marie Jacquart était devenue Madame Mathieu que je m’étais appelé Mathieu. Sans le moindre doute, la Petite Ghigo y avait joué un grand rôle. J’avais un don exceptionnel pour faire, où que ce fût, les plus improbables des rencontres. Dès mes vacances de 1969, j’avais été remarqué à Rome par l’un des plus fameux magiciens américains de l’époque. Les vieux messieurs de ma jeunesse étaient des êtres distingués, d’une grande noblesse d’âme et dont les physionomies exprimaient l’intelligence, la sensibilité, la gentillesse. Le contraste entre leurs visages burinés de rides et leurs sourires lumineux me frappait profondément. En écrivant cela, je songe à René-Albert Gutmann, à Hergé, à Alexis Curvers, à Ferdinand Teulé, à Paul Werrie… Le docteur Joseph Grégoire était la bonté en personne. Il y avait dans ses yeux un extraordinaire mélange de joie et de résignation. Il était doué d’un immense charisme et quand je songe à lui, mort depuis si longtemps, j’ai encore envie de sangloter. Elena Ghigo avait épousé vers 1940, à Bruxelles, un de ses amis et patients. C’était grâce à elle que ma mère l’avait connu. Le jour de 1949 où, lassé par l’Europe, il avait décidé de s’en aller, Marguerite se trouvait en Italie et ce n’était pas une coïncidence. Elle avait salué, dans le port de Gênes, le départ de son bateau. Ils avaient longtemps échangé des lettres et, tout au long de mon enfance, il avait reçu maintes photographies de moi. Presque au milieu des Années 1970, il avait demandé à Marguerite de m’envoyer quelques jours auprès de lui. J’avais vite compris que les gens de valeur menaient, même s’ils vivaient aux antipodes voire en exil, des existences humbles. Pour beaucoup des vieux messieurs de mon enfance, j’étais tellement différent des nouvelles générations qu’ils ne pouvaient que m’aimer. Je ressemblais, à leurs yeux, à ce qu’eût été la jeunesse si le monde n’avait pas suivi les mauvais maîtres et n’avait pas sombré dans la décadence induite par la course au progrès et à la technologie. Le docteur n’habitait pas aux environs de Marly-le-Roi, les membres de sa famille avaient rompu avec lui, il ne recevait jamais de visites mais avait lu en moi sans m’avoir jamais vu, sinon en photographie. C’était un artiste, un poète, une grande âme. Ma beauté, ma blondeur, mon aura, peut-être aussi la réputation de mon originalité naissante, l’avaient ému. J’étais le fils d’une femme liée par une profonde amitié à la Petite Ghigo, épouse de l’un de ses meilleurs amis, et ça avait été l’exemple de la plus grande intuition qui dût m’être jamais manifestée. Personne ne m’avait si incroyablement fait confiance. J’avais passé quelques jours inoubliables auprès de lui, après un long voyage en compagnie de l’un de ses ultimes fidèles. Quelques jours pendant lesquels le chef aesbéien, qui ne trouvait pas de Takatous dans la banlieue parisienne, avait fait un sacré saut dans l’espace mais aussi dans le temps. J’avais reçu de toute cette aventure une impression éblouissante, d’ordre intellectuel. C’était peut-être avant tout une confirmation sensible apportée à tant de mes pressentiments de petit enfant. Je n’aurais pas été davantage bouleversé si, du doigt, j’avais touché l’Histoire. Voilà le cadeau magnifique que j’avais dû à Elena Ghigo ».
Photo de moi parue dans le magazine « Eléments ».
Un ancien livre sur André Baillon



















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