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ARDISSON « REVENAIT AU PASSÉ » DES AUTRES, PAS AU SIEN.

18 juillet 2025

Texte d’Olivier Mathieu

du 17/07/2025

Il est étonnant (ou, si l’on préfère, pas étonnant du tout) que presque tous les présentateurs et « animateurs » de télévision, depuis un demi-siècle, en France, aient été des photocopies l’un de l’autre. Des photocopies de gens résolument partisans du « Bien », et qui tenaient à ce que cela se sache, aux sourires et aux propos stéréotypés. Tout cela dégoulinait de « bons » sentiments affichés.

Il est étonnant aussi de constater le nombre de drogués qu’il y a eu parmi eux. Attention, je ne dis ici aucun mal des drogués en tant que tels. Il y a eu des écrivains et des artistes drogués et de génie. Si un génie se drogue, il reste un génie. Si un médiocre se drogue, il reste un médiocre. La drogue ne donne aucun génie.

J’ai connu des drogués. Qui ne se prenaient pas pour des génies. Mais si l’on considère le nombre de drogués notoires (et condamnés pour cela) parmi les « animateurs » ou les « vedettes » de ce petit monde, force est de se poser la question, vieille comme celle de l’œuf et de la poule. Certains de ces personnages sont-ils devenus animateurs parce que drogués, ou drogués parce qu’animateurs, que la drogue est chère et que les animateurs ont des salaires (scandaleusement) millionnaires?

Je le répète, il n’y aurait aucun problème à ce qu’un animateur se drogue. Il pourrait présenter, y compris sous l’emprise de drogues, d’excellentes émissions. Ce qui est, disons, un peu plus curieux, est que ces animateurs, quelqu’un les a choisis. Un Etat, un gouvernement, des gouvernements, des propriétaires et des directeurs de chaînes, les ont choisis. Quelqu’un a nommé « animateurs » ces gens. Des gens ensuite chargés « d’animer » des émissions, parfois mensuelles, souvent hebdomadaires, et donc de s’adresser à un public de millions de téléspectateurs, dont des millions de « jeunes ».

Comment ne pas s’étonner que l’on confie, ou que l’on ait confié autant d’émissions à des personnes au nombre desquelles se trouvent ou se trouvaient – par exemple – autant d’ex drogués? Pour n’en citer que deux: Ardisson (selon ses propres affirmations dans ses bouquins) et Delarue. Quant à Dechavanne, récemment condamné pour conduite sous l’emprise de stupéfiants en récidive, il a quitté « en larmes » (ce n’est pas la première fois), sans doute provisoirement (il a fait appel), la téloche.

On a dit qu’Ardisson aurait été différent des autres « animateurs ». Dans les apparences, il se peut. Mais je n’en crois absolument rien. Dans ce monde, les critiques que les uns et les autres s’adressent font aussi partie de la comédie du spectacle. Une comédie du spectacle qui donne largement de quoi bouffer à tous les histrions, à tous les privilégiés de cette « caste ».

Et cela, dans la plus parfaite hypocrisie. Prenons encore l’exemple d’Ardisson qui, en octobre 2016, avait traité David Hamilton, 83 ans, de violeur, connard et enculé.

Ce qui est extraordinaire, si l’on y songe, pour différents motifs, tous de notoriété publique. En effet, Ardisson a été plusieurs fois condamné par les tribunaux. Le 23 mai 2013, Ardisson avait été condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour diffamation à l’encontre d’un chirurgien, le docteur Stéphane Delajoux. Ou encore, dès 1992, Ardisson avait lancé le mensuel Interview, qu’il lui avait fallu rebaptiser un an plus tard, après avoir perdu un procès pour plagiat. David Hamilton n’a jamais été condamné à quoi que ce soit. Mais c’est Ardisson qui traitait publiquement, et en son absence, dans une émission en différé, David Hamilton de violeur, connard et enculé.

*

Ardisson avait 27 ans de différence d’âge avec sa (troisième) épouse. Rien à dire, elle était majeure.

Le 17 mai 2005 exactement, dans une émission d’Ardisson, “93 Faubourg Saint Honoré”, Beigbeder riait beaucoup en disant que les deux femmes qui encadraient Gabriel Matzneff, Audrey Benoît (36 ans) et Lolita Pille (23), étaient “beaucoup trop vieilles pour Gabriel”. Ici encore, elles étaient majeures.

En 2016, Ardisson avait défendu les allégations de Flavie Flament contre David Hamilton. Sans doute Ardisson avait-il quelque reconnaissance envers Flavie Flament, qu’il avait engagée pour l’émission « Frou-Frou », alors que celle-ci avait 19 ans. Rien à dire, elle était majeure.

Où serait le problème, alors? Ici: il existe une séquence vidéo de « Paris Dernière », datant de 1995 (deux ans après la rencontre entre Flavie Flament et Ardisson), où l’on entendait Ardisson plaisanter avec Frédéric Beigbeder et Gabriel Matzneff à propos de relations sexuelles qu’ils imaginent avec des « gamines de douze ans et demi ». Cette fois-ci, il n’était plus question ici de jeunes filles ou de jeunes femmes majeures, et non seulement de mineures, mais de mineures de « douze ans et demi ».

Et en 2020, Thierry Ardisson, interrogé, avait fait répondre: “Il ne souhaite pas s’exprimer et revenir sur le passé”, avait rapporté son attachée de presse au Huff Post (source: https://www.huffingtonpost.fr/medias/article/frederic-beigbeder-s-explique-sur-ces-archives-de-1995-le-montrant-plaisanter-avec-matzneff_159658.html).

Donc, en 2020, Ardisson ne « souhaitait » pas s’exprimer et « revenir sur le passé », en d’autres termes sur les propos prononcés dans ses émissions à lui par un de ses amis, tandis qu’en 2016 il n’avait pas hésité à prendre parti au sujet des allégations de Flavie Flament racontant avoir été « violée » par David Hamilton en 1987, trente ans auparavant. Sans rien en savoir. Visiblement, cependant, Thierry Ardisson préférait revenir sur le passé des autres que sur le sien?

En 2020, quand il s’agissait d’Ardisson, pour Ardisson 1995 était le passé?

En 2016, quand il s’agissait de David Hamilton, 1987 était le présent?

Il est contradictoire – pour ne pas dire davantage – de traiter un homme de 83 ans de violeur, « connard », « enculé », et de se poser en défenseur de Flavie Flament née Lecanu, quand par ailleurs on ne « souhaite pas revenir » sur son propre passé et sur les propos de ses propres amis, dans ses propres émissions, au sujet de « fillettes de douze ans ».

Dans cet article de Libération, encore aujourd’hui, est citée une phrase d’Ardisson à Matzneff

(https://www.liberation.fr/economie/medias/thierry-ardisson-ou-les-lunettes-noires-du-vieux-monde-misogyne-20250715_6KJNAMV66NBC5MD37O7RFKHVH4/):

« Tu as toujours préféré les filles aux mères », dit Ardisson à Matzneff, « et tu aimes bien les fils aussi ».

Pourquoi Ardisson jouissait-il d’un passe-droit pour insulter David Hamilton à la télévision? Pourquoi Ardisson jouissait-il d’un passe-droit pour recevoir des gens et ricaner en parlant de fillettes de « douze ans »? Parce que son nom était connu?

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Post scriptum. Il sera opportun, pour ceux qui s’intéressent objectivement à l’Affaire Matzneff, de relire mon roman Mon coeur sur l’échiquier, dont le personnage principal était Roland Jaccard (qui avait ensuite recensé le livre sur son blog), et où j’insistais sur mon refus de tels propos, mais aussi sur le refus de Roland Jaccard (dont je citais un grand nombre de lettres) qui, au demeurant, s’était éloigné depuis longtemps de Matzneff.

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https://www.vinted.fr/catalog?search_text=%23Livres_O_Mathieu_Vonxted&time=1751559194&search_id=24610435827

From → divers

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