ARDISSON, L’HOMME À « L’IRRÉVÉRENCE » À GÉOMÉTRIE VARIABLE
Texte d’Olivier Mathieu
le 16/07/2025
L’Élysée, dans un communiqué, a écrit: « L’homme en noir nous laisse en deuil. Animateur et producteur de cinéma et de télévision, Thierry Ardisson imposa pendant des décennies au paysage audiovisuel français une voix, une silhouette, un style, un esprit, teinté de curiosité et d’irrévérence. »
Pardon? Un style, un esprit?… Irrévérence?…

Luc Chatel: D’ARDISSON À ZEMMOUR, LE BAL DES FAUX IMPERTINENTS
Ne serait-ce que pour les rarissimes lecteurs de ce blog, je reviendrai sur trois épisodes.
Premier épisode: Ciel mon mardi
Le premier épisode renvoie à « Ciel mon mardi » du 6 février 1990. Ce jour-là, à l’occasion de l’émission la plus fameuse de l’histoire de la télévision, on assista à la mise en scène orchestrée par Dechavanne du dénommé Gérard Darmon, acteur de cinéma, censé débarquer à l’improviste sur les plateaux de TF1 pour m’y insulter et, notamment, me traiter d’étron. Il convient de rappeler quelques éléments. Le premier élément est qu’à l’époque, il n’y eut aucune action en justice contre moi: et cela en toute logique, puisque la Loi Gayssot fut votée quelques mois plus tard. Or, nul ne peut être poursuivi, arrêté ou condamné qu’en vertu d’une loi préexistante au moment de l’infraction présumée. Ce principe est consacré par l’article 7 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) et par l’article 111-3 du Code pénal français.
Le deuxième élément est que, dans une démocratie, ce sont les tribunaux qui disent le droit. En d’autres termes, non seulement il est difficile voire impossible à qui que ce soit de « débarquer à l’improviste sur un plateau de télévision » (n’essayez pas, cela ne fonctionnerait pas) mais Gérard Darmon n’avait évidemment nul titre, aucun titre, pas le moindre titre pour faire son apparition chez Dechavanne et y insulter, en ma personne, l’un des invités. Imaginez en effet une société où n’importe qui pourrait faire irruption devant les caméras et y agonir quelqu’un d’injures, qui que soit ce quelqu’un et quoi qu’ait dit (ou ait été accusé de dire) ce quelqu’un. Ce serait le Far West!
Gérard Darmon eut pour père – c’est de notoriété publique (voyez, tout récemment, Le Monde du 4 décembre 2022), un certain Henri Darmon, ex-voyou sous les surnoms de « Trompe-la-mort » ou de « Riquet de Bastille ». Cela ne permet pas d’en tirer quelque conclusion que ce soit sur Gérard Darmon. Mais ceci devrait valoir pour qui que ce soit. Chacun devrait avoir le droit, à toute époque de sa vie, d’exprimer ses opinions, comme chacun devrait aussi avoir le droit d’en changer. On ne devrait s’en prendre à personne pour ses opinions, comme pour les actions attribuées, à tort ou à raison, à ses parents. Gérard Darmon a le droit – comme tout le monde – de penser ce qu’il veut. Et de le dire.
Le seul problème, le 6 février 1990, ne résidait pas dans le droit de Gérard Darmon à donner son point de vue, ou ses arguments s’il en avait; mais dans les termes qu’il avait choisis. « Etron » a sans nul doute une valeur dépréciative ou injurieuse. Non point que je m’offense de cette appréciation venant de Darmon, mais concluons: rien n’autorise cependant qui que ce soit, Darmon ou un autre, acteur de cinoche ou quoi que ce soit d’autre, à traiter d’étron un tiers. Ici, Darmon – que je ne connais pas personnellement – m’insultait, sous prétexte de ce que j’avais dit, et cela alors que ce que j’avais dit (ou étais accusé d’avoir dit) ne tombait sous le coup de la moindre loi. Darmon, donc, se substituait à la loi et, ainsi, se rendait quant à lui coupable du délit d’injures qui, lui, existait. L’injure publique est une injure proférée dans un lieu public et la loi, en France, dit qu’elle punit plus sévèrement l’injure publique, parce qu’elle est portée à la connaissance de tout le monde et qu’elle porte donc plus gravement atteinte à la personne qui la subit. Cependant, je ne jugeai pas utile de porter plainte contre ce monsieur.

Un livre plagié par Ardisson sur au moins six autres ouvrages, et mis au pilon.
Deuxième épisode: « Double jeu » du 7 novembre 1992 chez Ardisson
Occupons-nous maintenant de France 2, et de l’émission « culte » d’Ardisson « Double jeu » du 7 novembre 1992. Cette émission se trouve, depuis des dizaines d’années, sur Internet (y compris dans les archives de l’INA). Dans cette émission, un peu plus de deux ans après l’émission du 6 février 1990, toute la mise en scène – depuis les dialogues jusqu’aux expressions faciales de certains participants – était un pur et simple remake de l’émission du 6 février 1990. Avec Gérard Darmon qui jouait, rejouait ou surjouait Gérard Darmon, et Ardisson à la place de Dechavanne.
Mais il y avait quelques différences entre les deux émissions. En effet, le 6 février 1990, quelqu’un de particulièrement ignorant pouvait croire à la version de Darmon arrivant « par hasard » et en catastrophe sur les plateaux de TF1. Mais dans « Double jeu » du 7 novembre 1992, les choses au moins étaient claires. Tout ici était une mise en scène, l’émission ayant été diffusée en différé. En outre, la presse est pleine de « témoignages » quant au fait que les émissions étaient « montées », avec un soin scrupuleux, par Ardisson.
Conclusion? La conclusion est simple: si les insultes de Darmon contre ma personne, chez Dechavanne, pouvaient chercher l’excuse de l’émotion d’une émission en direct, en revanche les insultes de Darmon contre moi, chez Ardisson, n’étaient certainement pas « spontanées ». Puisque, répétons-le, il s’agissait d’une émission en différé, au montage supervisé par Ardisson. L’intention était fort claire puisque, dans la « confession » de Gérard Darmon à Ardisson dans « Double jeu » du 7 novembre 1992, les tout premiers propos de Darmon consistaient en des insultes contre moi.
Je suggère à tout lecteur de cet article de revoir cette émission (https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i08282629/interview-confession-de-gerard-darmon), comme je suggère à tout amateur de morphopsychologie d’examiner avec soin les expressions de visage de Gérard Darmon quand il causait de moi, plus de deux ans après la première émission du 6 février 1990. Il y avait ici une évidente récidive dans la volonté – de chez Dechavanne à chez Ardisson, de TF1 à Antenne 2 – de m’insulter publiquement. Insultes publiques toujours présentes, donc, par exemple dans les archives de l’INA.
Est-ce donc là ce que l’Elysée appelle « un style, un esprit, teinté de curiosité et d’irrévérence » ?
Ardisson, qu’on le veuille ou non, le 7 novembre 1992 dans son émission « Double jeu », consentait en toute connaissance de cause à ce que, en mon absence et publiquement, je sois insulté.

Troisième épisode: « Salut les Terriens » du 22 octobre 2016
De ce troisième épisode, j’ai tout dit ici et l’on relira:
Ardisson, ce jour-là (« Salut les Terriens » du 22 octobre 2016), donnait la parole à son amie et ancienne employée Flavie Flament ou, plus exactement pire encore, injuriait – « enculé, connard » – un vieillard de 83 ans, David Hamilton, au casier judiciaire vierge. Ardisson, en quelque sorte, se substituait à la justice et se rendait coupable, ici encore, d’insultes publiques. Or David Hamilton n’avait pas été invité sur le plateau (pas davantage que je ne l’avais été, le 7 novembre 1992, à « Double jeu »).
De quelle « déontologie » s’agit-il donc ici?… Les plateaux de télévision devraient, selon toute logique, mettre en scène des débats, et des débats contradictoires. L’animateur supposé devrait distribuer la parole et servir d’arbitre aux invités. Tout débat devrait être équilibré. Sinon, ce n’est plus un débat. C’est du lynchage médiatique. Ce sont de faux débats, des émissions qui feignent d’organiser un débat contradictoire, qui n’est pourtant qu’illusion puisque, souvent, trop souvent, tous les invités et animateurs appartiennent à la même tendance, celle du conformisme et de la platitude. Le personnage qui dérange, s’il a le bonheur que des voyous ne l’assomment pas, n’est carrément pas convié. Tel fut le cas du malheureux David Hamilton, 83 ans, traité par Ardisson de connard, de violeur et d’enculé, en son absence, et aussi en l’absence totale de la moindre condamnation judiciaire pour « viol ». En outre, malgré le caractère homophobe, comme on va lire dans l’article qui suit, qu’aurait le terme « enculé ».
A lire: On vous explique pourquoi « enculé » est une insulte homophobe
Traiter un homme de 83 ans, au casier judiciaire vierge, et en son absence, « d’enculé », est-ce donc là ce que l’Elysée appelle « un style, un esprit, teinté de curiosité et d’irrévérence« ?
Notons enfin que, paradoxalement, et quelque temps après avoir été l’un des rares à défendre son pote Gérard Depardieu, voilà que Gérard Darmon – le grand ami d’Ardisson – a été accusé d’attitudes sexistes. Pour information, on lira: https://www.europe1.fr/people/gerard-darmon-accuse-de-violences-sexistes-et-sexuelles-par-neuf-femmes-4281997
Gérard Darmon a tout nié. Et il est en effet hors de question, sur la seule base d’allégations ou de campagnes de presse, de conclure quoi que ce soit. La présomption d’innocence est comme la liberté d’expression, elle vaut (ou devrait valoir) pour tout le monde! Pour Gérard Darmon aussi. Le hic est que le seul qui n’y ait pas eu droit se soit appelé David Hamilton… Tiens, qui sait, les accusations contre Darmon datant de 2024, ce qu’en aura pensé son ami Ardisson?
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Si vous vous intéressez à Ardisson et notamment à l’Affaire David Hamilton et aux insultes proférées par Ardisson à la télévision, contre David Hamilton, en 2016, nous vous conseillons vivement de lire les livres d’Olivier Mathieu, certains de ces livres (romans, livres de poésie, ouvrages sur David Hamilton) étant encore disponibles sur papier et d’autres sous forme de PDF. https://www.vinted.fr/catalog?search_text=%23Livres_O_Mathieu_Vonxted&time=1751559194&search_id=24610435827
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