PAS PAPISTE POUR DEUX SOUS … *
De Régis de Castelnau sur X
Depuis qu’il y a les réseaux sociaux, à chaque fois qu’un personnage important disparaît, comme on vit une époque où il est difficile de fermer sa gueule, on se demande ce qu’on va bien pouvoir dire.
Comme d’habitude, on est confronté au triptyque : le « de mortuis nihil nisi bonum [dicendum est] » des Romains, [ne dire des morts, rien sinon le bien], le « nous devons des égards aux vivants, aux morts nous ne devons que la vérité » de Voltaire, ou celui de mon cher Donald Westlake [auteur étatsunien de polars] « d’un mort, si vous ne pouvez pas dire de mal, ne dites rien ». Alors sur le coup, faute d’opinion arrêtée, on va choisir Westlake et laisser François dormir en paix. Et puis pour cette fois, n’embêtons pas les cathos.
Juste deux observations.
La première concernant les récupérations auxquelles on assiste. On y voit les mécréants qui n’ont même pas fait maigre le vendredi saint, les dyslexiques qui continuent à mélanger les signes de croix, les imams qui se croient obligés, les politiques qui, avant de voter pour la GPA et l’euthanasie, se disent qu’il vaut mieux brosser les curés et leurs ouailles dans le sens du poil, quand on voit dis-je tout ce petit monde rejoindre les vrais croyants pour entonner ensemble des psaumes d’adoration, on est saisi d’une très légère envie de sourire.
Ensuite, par le plus grand des hasards, il se trouve que j’ai regardé hier soir le film récent intitulé «Conclave». Qui raconte de l’intérieur de la Chapelle Sixtine l’élection d’un nouveau Pape. Outre que c’est un excellent film, cela ne pouvait pas mieux tomber. Parce qu’avec les cathos, il y a la Foi mais il y a surtout l’Église. Considérable puissance temporelle et financière, qui est là depuis longtemps et qui entend le rester.
Quiconque se rend au Vatican est d’abord impressionné par l’expression de cette force institutionnelle et matérielle. Le spirituel y est objectivement absent (quoique honnêtement, je ne suis plus équipé pour me sentir concerné). Il y a là la politique d’abord, et l’élection d’un Pape, c’est d’abord et avant tout une question de pouvoir. Celui qu’on va donner à l’homme que l’on pense le mieux placé pour préserver l’institution. Et s’il y a béatification de l’impétrant, ce sera longtemps après sa mort.
Donc, comme d’habitude la Curie va faire ça très bien, il ne manquera pas un bouton sur les habits sacerdotaux, les rituels seront millimétrés, on parlera latin (le magnifique « extra omnes » [en dehors de tous, du monde] accompagné du bruit des immenses portes que l’on ferme), on spéculera, prendra des paris, regardera la couleur de la fumée. En se demandant, à propos de couleurs, si les cardinaux ne vont pas « nous » gratifier d’un pape africain. Venu d’un continent où les cathos ont quand même une sacrée zone de chalandise. Plus porteuse que cette pauvre Europe [surtout de l’Ouest] déchristianisée.
Par conséquent, si vous voulez avoir un avant-goût de ce spectacle de classe, n’hésitez pas à aller voir le film.
* le titre est de moi.
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