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Le destin steinheilien d’un feu président de la République. Par Olivier Mathieu.

17 mars 2025

Il y a des choses qui m’échappent dans cette comédie de “trêve”, dont on cause tant, entre la Russie et l’Ukraine.

1. Une trêve est une cessation des hostilités, une suspension d’armes pendant un temps déterminé (ici, on parle de trente jours) en vertu d’un accord entre deux puissances, ou entre deux partis en guerre. Puisque nous parlons d’une question entre la Russie et l’Ukraine, comment peut-il y avoir un accord entre ces deux Etats s’il n’y a pas de pourparlers entre eux? Les “pourparlers” ont lieu entre les Etats-Unis et l’Ukraine. Comment pourrait-il y avoir, en droit, et en pure logique aussi, un accord entre deux Etats, la Russie et l’Ukraine, qui n’ont pas de pourparlers officiels?

2. Comment, d’ailleurs, pourrait-il y avoir des pourparlers entre la Russie et l’Ukraine puisque Zelenskyy a interdit par décret, en octobre 2022, toute négociation avec la Russie “tant que le président Vladimir Poutine sera au pouvoir”?

3. Et pourtant Trump, et des tas de chefs d’Etat, et la grande presse mondiale insistent du matin au soir afin que le président Vladimir Poutine accepte une “trêve” avec un pays, l’Ukraine, avec lequel la Russie n’est pas en pourparlers, et qui est aussi un pays qui refuse par décret de parler avec le président russe.

4. La paix est un bel idéal. Mais comment concilier une “trêve” avec le fait que, pendant une telle “trêve”, l’Union européenne semble globalement décidée (certes, avec quelques fragiles nuances entre un pays et un autre) à armer, réarmer, rétablir un service militaire ou lancer une conscription, acquérir des armes, déployer des missiles, envoyer des troupes en Ukraine? Une “trêve”, au sens premier du terme, est une “suspension temporaire des hostilités entre belligérants”. Mais à quoi servira ou servirait une telle “trêve”? A qui?

5. L’idéateur de la “trêve”, en outre, est un pitre. Un clown. Ce clown s’appelle Donald Trump. Il avait dit qu’avec lui, la guerre cesserait “en un jour”. Il vient de dire qu’il “plaisantait”. Il a traité Zelenzkyy de “dictateur”. Avant de faire semblant d’oublier qu’il avait dit cela. Il a imposé des droits de douane absurdes, avant de changer d’avis. Comment appeler un chef d’Etat qui, en cinquante jours environ, a dit au bout de deux ou trois jours le contraire de tout ce qu’il avait dit deux ou trois jours auparavant?

6. Or, c’est ce clown – j’ai nommé Donald Trump – qui prétend imposer au président russe, Vladimir Poutine, une “trêve”. Il prétend la lui imposer en exerçant divers chantages (notamment le chantage de nouvelles “sanctions”). Comment veut-on que le président Poutine accorde le moindre crédit à quelque propos que ce soit de Trump, puisque ce dernier dément systématiquement, en quelques jours, tout ce qu’il a clamé. Trump, à défaut d’esprit, a l’esprit de contradiction, en ce sens qu’il s’oppose à lui-même en parlant ou en agissant dans un sens qui contredit ses pensées, ses paroles ou ses actes antérieurs. Pitreries verbales, indignes d’un politicien sérieux.

7. On est donc, encore une fois, dans le monde moderne de la pitrerie totale. Le président russe, Vladimir Poutine, devrait donc céder au chantage et accepter une “trêve” avec un Etat, l’Ukraine, avec lequel la Russie n’est pas en pourparlers, et qui refuse de parler avec la Russie. Et tout cela pour obéir à un clown, Donald Trump, qui pendant ce temps-là multiplie tous les deux jours diverses menaces de s’en prendre (y compris militairement) au Panama et au Groenland, ou encore de déplacer en Jordanie, en Egypte ou dans l’Est de l’Afrique les populations civiles palestiniennes.

8. Et le clown – j’ai nommé Donald Trump – qui déclare sa peine profonde pour les morts de soldats en Ukraine est aussi président des Etats-Unis, qui sont l’Etat au monde qui, depuis les environs trois siècles de sa courte histoire dont le peuple “rouge” a fait le premier les frais, a provoqué ou déclaré le plus grand nombre de guerres, a atomisé le Japon en 1945, et a causé des millions de victimes y compris civiles dans le monde entier, du Vietnam jusqu’à l’Irak.

9. La paix est un bel idéal. Mais quel sens y a-t-il à demander au président russe, Vladimir Poutine, d’accepter cette “trêve” les yeux fermés? A quoi servirait ce mois de “trêve”? A qui? A l’Union européenne, où l’on voit jusqu’aux “écologistes” allemands voter pour le réarmement? A Trump, pour signer ses contrats avec Zelenskyy au sujet des minerais ukrainiens? A Macron, pour préparer une nouvelle “Grande Armée”? Le seul résultat de l’élection de Trump, pour l’instant, au delà des diversions par lesquelles on amuse les gogos de la galerie appelée “opinion publique”, est que l’OTAN bénéficie et bénéficiera d’un soutien total, notamment financier, pour armer et réarmer. Avec Trump, il n’y aucune rupture entre les Etats-Unis et l’Europe, mais un renforcement constant et exponentiel de l’Occident.

10. Une trêve étant une convention que peuvent faire – si elles le désirent toutes deux – des puissances belligérantes, il est évident que le président Poutine est en droit, lui aussi, d’exiger des garanties ou de faire respecter des conditions. Une “trêve” imposée de force à un Etat n’est pas une trêve, c’est un ultimatum de capitulation. Une trêve doit mener à la paix. Sinon, comme disent Trump ou Macron, ce sera “la paix par la force”, autrement dit “se vis pacem, para bellum”, devise antique qui fut notamment remise en honneur lors de l’alliance à Saint-Pétersbourg en 1898 entre le tsar russe Nicolas II et le président français Félix Faure, quelques mois avant la mort de ce dernier, nom d’une pipe, entre les bras steinheiliens.

Olivier Mathieu.

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