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La fracture de l’Occident, la super-bonne blague, par Olivier Mathieu.

9 mars 2025

Trump a signé un grand nombre de décrets. Oui, mais ces décrets ne sont pas des lois. Ils ont donc déjà commencé à être annulés par des juges. Le décret contre les paiements “USAID”, par exemple, a été annulé par les juges (républicains) de la “Cour suprême”.

Beaucoup d’autres décrets trumpiens seront encore remis en question. Voire tous. En définitive, combien seront appliqués? A mon avis, zéro ou quasiment zéro. C’est dommage en ce qui concerne ceux, d’ailleurs absolument rarissimes, qui seraient intéressants ou, à tout le moins, partiraient d’une bonne intention.

Les terrains d’application de ces décrets, par exemple, prévoient un délai. En d’autres termes, y compris si un décret de Trump interdit quelque chose, une telle interdiction ne sera nullement mise en oeuvre pendant un ou plusieurs mois. Donc pour tout le temps nécessaire afin que le décret soit annulé. Ou encore, le temps que Trump revienne sur sa décision (comme dans l’affaire, cette fois, des taxes imposées au Mexique et au Canada), ce qui prend en général trois jours.

Voyez l’histoire du traité américano-ukrainien, du marchandage au sujet des “terres rares” ukrainiennes. C’est, d’un jour à l’autre, une comédie du “je signe”, “je ne signe pas”. On se croirait revenu au temps de “Tu veux ou tu veux pas?”, la chanson enregistrée en 1969 par le chanteur et musicien de jazz Marcel Zanini, père de Nabe. Voyez ensuite l’histoire de la bande de Gaza devenue une nouvelle Riviera israélo-américaine, puis le changement d’avis à ce sujet (probablement provisoire, lui aussi) de Trump. Voyez Zelenskyy traité par Trump de “dictateur” puis, quelques jours plus tard, le trou de mémoire – ou quelque chose qui se voulait de l’ironie – du président américain: “Moi, j’ai dit cela”?

Le tout ayant continué par la rencontre Trump-Zelenskyy qui était, je l’ai pensé dès la première seconde, une mise en scène pure et simple.

Trump dit n’importe quoi. Il dit tout et le contraire de tout. Il ne fait pas de politique, il fait de la télé-poubelle. Trump occupe l’espace médiatique. C’est tout. Arrivant à la fin de sa vie, ayant en tout cas refusé de communiquer ses dossiers médicaux, il fait beaucoup de bruit pour rien. Soit il sait que tout ce qu’il dit n’est que du vent. Soit, dans certains cas, il croit ce qu’il dit. Ce serait encore plus inquiétant.

Pourtant, en laissant à part des enfantillages (Trump qui pose devant une carte où a été rebaptisé le Golfe du Mexique, Elon Musk qui veut rebaptiser la Manche), en laissant à part des monstruosités écologiques (abattage ou projet d’abattage de millions d’arbres; reprise de forages pétroliers), en laissant à part des promesses de Tartarin de Tarascon (si arriver sur Mars est possible, en tout cas y vivre ne l’est absolument pas), en laissant à part des gesticulations grotesques et totalement inesthétiques (les “saluts” pseudo-”nazis” de Musk), le programme de Trump, à supposer que ce dernier parvienne au terme de son mandat, sera entravé par les juges américains; il sera interrompu, un jour ou l’autre, par quelque procédure d’impeachment; il sera réduit à zéro par le prochain président démocrate qui sera élu; ou il produira dans les urnes, dès 2026 puis 2028, un rejet total de Trump et un raz-de-marée démocrate, “woke” et féministe.

Je n’ai jamais été un partisan de Joe Biden, de Bill Clinton ou d’Obama. Je préférais Jimmy Carter (je me souviens de lui écoutant un concert à la Maison Blanche du pianiste Vladimir Horowitz, géant de la musique classique). Trump, davantage encore que Biden, accomplit simplement l’oeuvre de tous les précédents présidents blanco-bibliques des Etats-Unis (ils jurent sur la Bible, un geste qui se suffit à lui-même). Obama ou Biden ou Trump, je m’avoue incapable d’indiquer quelque préférence que ce soit.

Quant à Musk, combien de semaines avant une dispute avec Trump, dispute certainement déjà programmée et qui le dispensera providentiellement de devoir échouer à aller sur Mars? Avant d’aller sur Mars, il ferait d’ailleurs mieux de commencer à aller chercher les deux astronautes qui seraient “bloqués”, dit-on, dans une station orbitale. A supposer que toute cette histoire se passe à moitié comme on le raconte, et à supposer que je sois astronaute en orbite, je dois avouer que, en voyant une photo de Musk, j’aurais quelques inquiétudes, personnellement. En plus, vu le nombre d’avions qui ont des accidents, en ce moment, aux Etats-Unis, j’espère que tout se passera malgré tout pour le mieux. D’ailleurs, l’astronaute là-haut dans la station spatiale affirme croire ce que dit Musk. Prudence est mère de sûreté, certes.

Le résultat de Trump (par folie réelle, par folie simulée, par surréalisme pur, ou par mise en scène?), sera d’aboutir à l’exact contraire de son propre programme. Involontairement? Ce n’est pas du tout certain.

Dans le cas de l’Ukraine, après la mise en scène de Washington (la disputaillerie de télé-poubelle avec Zelenskyy), je pense que l’on ira très vite vers une réconciliation entre Trump, l’OTAN et l’Ukraine, dès lors que l’OTAN aura soudain trouvé des sous et que Zelenskyy offrira ce que l’on appelle, d’ailleurs à tort (mais c’est là un autre sujet) les “terres rares”.

Je crains qu’à la fin, Trump ne veuille ou ne fasse la guerre un peu partout, ayant par exemple refusé dans un premier temps les troupes de l’UE en Ukraine simplement pour y installer, un jour ou l’autre, les siennes (ou celles de l’UE sous supervision américaine).

Trump, qui joue la folie, n’est pas fou du tout. N’offensons pas les fous. Traité de fou par la grande presse, ou par les politiciens du parti démocrate américain, il n’est pas fou du tout; mais sous le masque de la folie ou de l’antipathie, il serait parfaitement en mesure de propager la “paix américaine”, ou d’essayer, donc la guerre américaine dans le monde entier. Au plus grand plaisir des politiciens du parti démocrate (qui officiellement n’en porteraient pas de responsabilité directe) et du parti républicain américain, tous pareillement ravis d’une expansion toujours majeure, d’une expansion exponentielle de l’impérialisme belliciste sur lequel les Etats-Unis ont construit leurs si minces siècles d’histoire.

Tout le monde est content. Trump est content, on cause de lui. Zelenskyy, notamment à travers la dispute préparée d’avance pour lui à Washington, s’assure une présence médiatique, éclipse ses rivaux, prépare sa réélection. Macron et les membres de l’UE se prennent pour des chefs de guerre, vainquant brillamment la concurrence des chaînes de youtubeurs et podcasteurs à la syntaxe douteuse, et à grand succès. La grande presse dit, et les micro-milieux “souverainistes” gobent, ou espèrent, que l’Occident se fracture. Il n’en est absolument rien: l’Occident, avec Trump, va de mieux en mieux. Il est en voie de recomposition. Il n’y a absolument aucun tournant de l’Histoire. Juste une trumpisation de la politique américaine et occidentale qui au moins, avec Trump, confesse ouvertement et quasi humblement sa nature de talk show.

On comprend la prudence avec laquelle le président russe, Vladimir Poutine, observe les efforts de Zelenskyy, ou ceux de Macron, qui cherchent à faire croire qu’existerait la moindre brouille entre eux et Trump. Et dire que toute cette vaste blague pourrait en outre se compléter les 8 et 9 mai 2025, à Moscou, par une gigantesque embrassade à laquelle, dans un scénario encore plus festif, et pour que toutes les boucles soient bouclées, on pourrait inviter toute la bande, absolument toute la bande!

Olivier Mathieu. 7 mars 2025.

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