ÉLECTION AU FAUTEUIL DE M. JEAN-DENIS BREDIN (27 MARS 2025)
Le 27 mars 2025 est la date prévue – à ce jour – pour la prochaine élection à l’Académie, au troisième fauteuil, pour succéder à Jean-Denis Bredin, avocat, écrivain.
1- Pour qui sait compter le nombre des candidatures d’Olivier Mathieu (et de Zola) à l’Académie.
La lettre de la première candidature d’Émile Zola à l’Académie française, en date du 2 décembre 1889, est conservée dans les archives de l’institution (cotes 1 B 2). Zola, qui avait été fait chevalier de la légion d’honneur l’année précédente, ne recueillit cependant que quatre voix, lors des scrutins académiques du 1er mai puis du 11 décembre 1890. Entre 1889 et 1898, il postula à pas moins de dix-neuf fauteuils vacants.
Il est donc établi, et il est possible à tout un chacun de le constater en consultant les archives de l’Académie depuis 1990 (disponibles en ligne), que c’est moi – et pas Emile Zola – qui suis le détenteur du record des candidatures académiques, depuis la fondation de l’Académie en 1635.
Et cela alors que, contrairement à une idée fausse (une des innombrables idées fausses colportées à mon sujet) je ne suis nullement un “candidat à répétition”. Par exemple, je n’ai déposé aucune candidature entre 1990 (date de ma première candidature, lors de l’élection de Madame Hélène Carrère d’Encausse) et 2003 (date de ma candidature suivante, sous mon pseudonyme de Robert Pioche, lors de l’élection de Giscard). Ces dernières années, tout pareillement, je n’ai déposé que de très rares candidatures, pour des élections choisies.

2- La candidature du grand-rabbin à vie.
L’un des autres candidats à cette élection est le grand-rabbin Haim Korsia.
Le premier académicien juif fut, sauf erreur de ma part, Henri Bergson. Beaucoup d’écrivains juifs ou d’origine juive ont ensuite été élus à l’Académie. Pour ne prendre qu’un seul exemple, Maurice Druon, neveu de Joseph Kessel et auteur avec son oncle des paroles du Chant des Partisans, avait été enregistré à l’état civil comme Samuel Roger Charles Wild. Un jugement de 1919 lui avait ensuite donné le patronyme de sa mère et il était ainsi devenu Samuel Roger Charles Samuel, avant de prendre le nom de Druon, celui du nouveau mari de sa mère, en 1926.
C’est Maurice Druon qui a voté pour moi en 2003, lors de l’élection de Giscard. Je renvoie à ce sujet à mon livre intitulé Eloge de Maurice Druon (un éloge qui me valut un si bel article d’Etienne de Montety, directeur du Figaro littéraire, en “encadré” de première page, le 8 avril 2011, du Figaro).
Ma plaquette sur Maurice Druon se trouve certainement encore chez les bouquinistes. En revanche, la première page du “Figaro” du 8 avril 2011 est quasiment introuvable, pour ne pas dire introuvable, sur Internet. Une coïncidence, je suppose… Voilà au moins un exemplaire de ce journal qui prendra de la valeur sur les sites de vente par correspondance.
Si, le 27 mars 2025, l’Académie devait élire le grand-rabbin Korsia, ce serait à ma connaissance la toute première fois qu’un grand-rabbin serait élu parmi les “Quarante”.
Le mot “rabbi” vient de l’hébreu postbiblique signifiant “maître, professeur” (plus exactement encore “mon maître, mon professeur”), c’est-à-dire rav “chef, prince; seigneur, maître, professeur” et le suffixe “i”. Ce titre d’honneur était donné chez les Juifs, au moins depuis le 1er siècle av. J.-C., aux docteurs de la Loi, puis à tout personnage ayant une autorité religieuse, y compris Jean-Baptiste (Jean 3, 26) ou Jésus-Christ (Matthieu 26, 25; Marc 9, 5). C’est le terme rabénou, ou rabbénou, qui fut ensuite le titre honorifique utilisé pour désigner les Maîtres juifs de l’époque médiévale. Mais le sens du mot “rabbin” n’a jamais changé. Le rabbin est, pour les juifs, le “Maître par excellence”. Ainsi l’auteur anglo-saxon Cecil Roth, dans son Histoire du peuple juif (éditions de la Terre retrouvée, 1948, traduction de l’anglais par Ruth Schatzman et Anne-Marie Gentily) pouvait-il confirmer: “Un des disciples les plus brillants qui s’asseyaient aux pieds de Juda Ier était Abba le Grand (Rab, ou Maître par excellence)” (page 144 de ce livre).
Aujourd’hui, le titre de grand-rabbin est porté – mieux encore, il est porté à vie – par le Grand Rabbin de France mais aussi par les grands rabbins du Consistoire central, par le Directeur du Séminaire et par le Grand Rabbin de Paris. C’est dire qu’il y a une certaine logique à ce que M. Haïm Korsia, d’ores et déjà élu à l’Institut de France (plus précisément à l’Académie des Sciences Morales et Politiques), et grand-rabbin à vie, convoite maintenant de faire son entrée parmi les “Immortels” de l’Académie.
Combien de voix pourra-t-il réunir sur son nom, dans l’Académie d’aujourd’hui? En pleine guerre entre Israël et le Hamas, il sera profondément intéressant de voir si le Grand-Rabbin Korsia est élu, et combien de voix il recueille. Au fond, toute élection académique est une procédure par laquelle les membres de cette assemblée accordent (ou refusent) leurs suffrages à quelqu’un qu’ils appellent, ou pas, à siéger parmi eux. Signalons aussi la candidature de M. Jean Pruvost, qui n’avait manqué son élection en 2022 que d’un souffle.
Quant à moi, mes amis académiciens des années 1980 sont hélas tous décédés, y compris mes collègues à la Nouvelle Revue de Paris, Michel Déon, Jean Dutourd, Michel Mohrt, Maurice Druon, et bien d’autres dont je partageais si souvent la table dans un restaurant fameux, tout près des lieux où se suicida Montherlant. Temps lointains que ceux où je dédicaçais mes livres par exemple à Michel Mohrt, où je correspondais avec Jean Dutourd, où je me trouvais à la “une” de la Nouvelle Revue de Paris numéro 8, consacrée justement à Dutourd.
Il ne sera pas inintéressant de comprendre si l’un voire plusieurs des académiciens actuels se montreront sensibles – comme Maurice Druon en 2003 – aux arguments que, notamment par lettre, j’ai récemment développés auprès d’eux.

3- Pour qui sait compter (pas comme un pied) les pieds d’un alexandrin.
Plusieurs de mes chansons ludiques sur l’Académie se trouvent dans mon livre de poésie, Les jeunes filles ont l’âge de mon exil (première édition, 2010).
J’aurais pu mettre en exergue la phrase qui suit: «Je ne veux pas être de ces lèche-culs qui craignent de déplaire aux pions». C’est ce que disait Charles Baudelaire (propos cité, par exemple, dans Le Figaro littéraire du 5 janvier 1967).
A noter que, dans l’article qu’Etienne de Montety a bien voulu me consacrer le 8 avril 2011 à la “une” de ce journal prestigieux que fut “Le Figaro” au début du vingtième siècle, on lit que le nombre de pieds de mon “éloge à Maurice Druon” serait “approximatif”.
C’est cocasse.
Le texte (“Eloge de Maurice Druon”) commence ainsi :
Mesdames et Messieurs, la noble Académie (12 pieds)
D’Armand Jean du Plessis a, de ses voix, émis (12 pieds)
Le vœu de m’accueillir en votre confrérie (12 pieds)
Et d’honorer l’auteur qui fut longtemps marri (12 pieds)
D’un silence en écho pour toute éternité. (12 pieds)
En ce jour d’hui, merci, pour l’immortalité (12 pieds)
Que vous me conférez en m’offrant, respectable, (12 pieds)
Un auguste fauteuil: viager, à la table (12 pieds)
Des héros demi-dieux de la littérature (12 pieds)
Dont l’épée en airain tient vive la nature (12 pieds)
Anoblie et sacrée, en ses airs d’outre temps, (12 pieds)
De la pensée écrite et des valeurs d’antan. (12 pieds)
Ce qui veut dire, pour qui sait compter les syllabes d’un vers, que ce poème n’a rien, absolument rien, d’approximatif.
Olivier MATHIEU
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