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DU VÉCU BIEN ORDINAIRE

27 novembre 2024

Les buans de la Toussaint 1
Sont apparus bien à l’heure ;
Le ciel trop gris et qui pleure
N’attend plus qu’un froid d’oursin.

Mercredi, début du mois,
C’est la sirène à l’école
Qui retentit et décolle
De cinq cris pour nos émois. 2

D’un bateau comme réponse
Vient le bruit sourd d’une corne
Qui sur la mer au temps morne 3
S’est perdu en pierre ponce. 4

*

Notes :

1 – Buans : mot régional de Haute-Bretagne qui désigne les brumes ou brouillards d’automne et d’hiver. Très probablement dérivé de « buer ». Voir : faire la buée, la lessive ; et buée : vapeur d’eau, (littéraire ou poétique) brume, brouillard. Je n’ai rencontré ce mot « buans » qu’écrit de cette manière. Pour être logique, il faudrait peut-être l’écrire « buant », ou mieux encore « buand » puisqu’il possède le dérivé : « buanderie ».

2 – Chaque premier mercredi du mois on fait un essai de sirène d’alerte de catastrophe. Cris puissants répétés cinq fois à suivre. Du toit d’une école. Aujourd’hui lorsque cela retentit on sait qu’il est 11 heures 45 minutes ; autrefois il était douze heures. Et l’on se dit : tiens, ça fait déjà un mois que je l’ai entendue !

Lorsque ma mère l’entendait, il aimait répéter : « Je n’aime pas l’entendre, la sirène ; je ne sais pas ce que ça me fait sur moi ; j’en ai des frissons ; ça me fait toujours penser à la guerre ». Il faut dire que durant la Seconde guerre mondiale elle annonçait un bombardement. Et chaque famille de se cacher, se protéger comme elle pouvait au bas des maisons, car les bombes « alliées » visaient tout aussi bien, et peut-être encore plus, des objectifs civils ! Ceux qui étaient visés étaient tout autant les Français que l’Occupant. Bonne occasion de détruire, au-delà des êtres humains, les villes et notre économie.

Guerre et bombardements « alliés », que je n’ai pas connus, mais qui m’ont tant été racontés tout gamin (vus et subis du côté de simples civils), que pendant des années j’en ai fait des cauchemars, épisodes « retranscrits » à ma manière, faite à la fois d’innocence et d’anxiété primitives. Comme quoi – du moins pour mon cas – on peut subir des effets néfastes, pour ne pas dire cruels, d’un passé antérieur à soi, par simple ouï-dire et vérité expressive (ou supposée telle). Et en subir toutes les conséquences sur la façon dont se forge un tempérament. Tout un caractère ; pour la vie. Comme angoisse native.

Comme quoi la barbarie anglo-saxonne, qui a mon avis dépasse largement la nôtre – essence même, cœur même de la mentalité barbare mondialiste contemporaine – ne date pas d’hier. Qui sont ceux qui ont bombardé, en 1945, de la manière que l’on sait, et comme il ne faut jamais l’oublier, Hiroshima, Nagasaki et Dresde, pour ne parler que de la fin de la Seconde guerre mondiale ?

Mais si la sirène retentissait maintenant pour une catastrophe, personne ne sait combien de coups seraient sonnés… ni pire encore, selon quel code et pour quelle raison.

3 – Ou : Qui sur la mer d’autant morne.

4Ou : s’est figé… Ou : A sombré… Ou : S’est travesti pierre ponce.

Les 7, 8 et 27 du « mois-noir » (miz Du, mois Noir est l’un des noms qui désignent le mois de novembre en breton, comme j’ai déjà dû l’écrire).

From → divers

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