SUR LES SOUTIENS DE DEPARDIEU
Dans son article du 29 décembre (DEPARDIEU ET LA QUERELLE DES BOUFFONS ET DES BOUFFONNES.) Olivier Mathieu posait la question suivante ; « Il s’est ainsi trouvé un peu moins de 60 personnes en France pour signer cette pétition en faveur de Depardieu […] si vous enlevez des défenseurs de Depardieu – les proches de la famille Depardieu; – les membres de la famille Depardieu; – les collègues de Depardieu; – l’ex-épouse de Depardieu, Carole Bouquet (qui, il y a quelques années, affirmait pourtant que lors d’une dispute avec son époux, elle s’était coupé les cheveux au couteau, “pour ne pas se mutiler les pieds, les mains »), – les amis des proches de Depardieu; – les amis des membres de la famille Depardieu… Qui reste-t-il? »
En effet, que reste-t-il ? Pas grand-chose. Pas grand-chose de bon. Et c’est même pire que ça, encore. Car certains regrettent déjà de s’être manifestés. Comme le résume aujourd’hui Florian Philippot sur X :
« Entre ses tribunes sur #Depardieu, ses contre-tribunes, ses retraits de signatures de tribunes, ses accusations, puis ses rétractations, ses engueulades, … : le petit monde de la « culture » étale depuis 2 semaines son nombrilisme et son ridicule à la vue de tous !
Une petite caste grotesque ! On comprend parfaitement pourquoi tous ces gens ont été en dessous de tout pendant le #covid, et pourquoi le cinéma français s’effondre ! Là aussi, un grand coup de balai fera le plus grand bien ! »
Olivier Mathieu évoque la famille, les collègues et les amis de Depardieu. Personnellement voilà ce que j’ai noté, sans même trop approfondir ;
Effectivement on retrouve parmi les signataire de la pétition de soutien, un certain nombre de collègues de Depardieu. Dont d’anciens, voire très anciens partenaires au cinéma, ou réalisateurs qui l’ont dirigé comme :
1 – Nathalie Baye (actrice), 75 ans, qui a tenu la vedette au moins trois fois avec Depardieu : en 1982, dans Le Retour de Martin Guerre de Daniel Vigne, en 1994, dans La Machine de François Dupeyron, en 2007, dans Michou d’Auber de Thomas Gilou, et un second rôle avec lui en 2011 dans Je n’ai rien oublié.
2 – Bertrand Blier (réalisateur), 84 ans ; le fils de Bernard Blier, qui a dirigé Gérard Depardieu à huit reprises. Dont dans Les Valseuses en 1974, film provocateur très en phase avec les années soixante-dix, qui personnellement ne m’a pas laissé un souvenir inoubliable. Mais a finalement imposé cet acteur.
3 – Carole Bouquet (actrice), 66 ans, qui indépendamment d’avoir vécu avec lui entre 1996 et 2005, a été la partenaire de Depardieu dans Buffet froid de Bertrand Blier (1979), dans Rive droite, rive gauche de Philippe Labro (1984), dans Trop belle pour toi de Bertrand Blier (1989)
4 – Francis Veber (réalisateur), 86 ans, qui a associé Depardieu et Pierre Richard dans trois films : La Chèvre, Les Compères et Les Fugitifs.
5 – Pierre Richard (acteur) lui-même, 89 ans.
Ou encore :
6 – Marie-France Brière, 81 ans ancienne productrice et réalisatrice de radio puis de télévision bien connue sur TF1 et Antenne 2 en particulier, chevalier de la Légion d’honneur, cuvée 2023.
7 – Simone Dupuis, dite Simone Chambord, puis Judith Magre (actrice de théâtre et de cinéma, chanteuse), 97 ans, qui en 2020 a proposé le programme suivant : Judith Magre lit Gérard Depardieu, au Théâtre du Rempart à Avignon. Elle fut mariée à Claude Lanzmann de 1963 à 1971, le réalisateur surtout connu pour son film documentaire tourné entre 1976 et 1980, d’une durée de près de 10 heures, comportant de nombreux témoignages (vrais, faux ou romancés, comme chacun le sent): Shoah.
Puis disons dans le « sulfureux » :
Indépendamment de Bertrand Blier …
1 – Nadine Trintignant (réalisatrice et écrivain), 89 ans, ancienne de l’OCI (l’organisation trotskiste), qui en 2012 a soutenu … la candidature de Sarközy à la présidentielle. Signataire du « Manifeste des 343 » pour la libéralisation de l’avortement en 1971 dans Le Nouvel Obs. Signataire en 2009, de la pétition de soutien au réalisateur Polanski, qui venait d’être arrêté en Suisse dans le cadre du viol de Samantha Geimer. Elle soutiendra à nouveau Polanski en 2019, à la suite d’accusations de viol de Valentine Monnier.
2 – Emmanuelle Seigner (actrice), 57 ans, petite-fille de Louis Seigner de la Comédie française, épouse depuis 1989 de Roman Polanski, qui rappelons-le a été condamné pour viol d’une mineure en 1977 aux États-Unis et s’est réfugié en France depuis. Elle aussi soutint la candidature de Nicolas Sarközy en 2012.
En 2018, elle refusera l’invitation de l’Académie américaine des Oscars de rejoindre ses rangs. Il faut dire que cette même Académie en avait déjà radié son mari.
3 – Catherine Millet (écrivain), 75 ans, surtout connue pour avoir été plus d’une fois, dès les années 70, commissaire dans le domaine dudit « art contemporain » et comme auteur d’une autobiographie titrée La Vie sexuelle de Catherine M., qui en 2001 a obtenu le prix Sade (sic).
4 – Jacques Henric (écrivain), 85 ans, l’époux de la précédente.
5 – Patrice Leconte (réalisateur, des Bronzés entre autres), 76 ans, qui en 2005, peu avant la condamnation du réalisateur Jean-Claude Brisseau pour harcèlement sexuel, fit partie des signataires d’une pétition lancée par Noémie Kocher, victime de ce dernier, en réaction à une pétition de soutien à Brisseau lancée par Les Inrockuptibles, que la feuille de chou qualifiait « d’artiste blessé » (sic) !
Mais qui en cette année 2023 apporte le simple témoignage suivant, pour avoir dirigé Depardieu en 2022 dans son film Maigret : « Je n’ai constaté aucun manquement ni dérapage pendant le tournage de la part de Gérard Depardieu, avec qui je rêve de travailler à nouveau, bientôt j’espère, parce qu’il est un immense acteur. »
Et dans un certain communautarisme :
1 – Yvan Attal (acteur et réalisateur), 58 ans, fils de « Français Crémieux » d’Algérie. Son nom signifie « portefaix » en arabe. Il a déclaré un jour : « Je suis né à Tel-Aviv, je suis Juif, c’est irréfutable. Mais je vis en France, je suis français, je suis un citoyen comme les autres. Je pourrais oublier totalement que je suis Juif — je ne suis pas religieux, je ne mange pas casher, je ne fais pas shabbat, etc. Alors qu’est-ce qui fait que je suis Juif? »
Bien que sa judaïté est pour lui, franco-israélien, un motif de perplexité, il a quand même trouvé bon de vivre depuis 1991, avec Charlotte Gainsbourg, la fille de Gainsbarre, avec laquelle il a eu trois enfants. Charlotte Gainsbourg qui a fait partie des 500 artistes (sic) qui ont appelé à voter Emmanuel Macron au deuxième tour de l’élection présidentielle française.
3 – Carla Bruni Tedeschi (ex mannequin, chanteuse), 56 ans, l’ancienne épouse de Raphaël Enthoven puis de Sarközy.
4 – Arielle Dombasle, actrice, chanteuse, 70 ans, épouse depuis 1993 de B-H Lévy.
5 – Jean-Claude Dreyfus acteur, 77 ans, qui a plus ou moins commencé à être connu comme travesti de cabaret dans les années soixante-dix, et qui en 2005, a mis en scène à la Maison de la Poésie, à Paris, un spectacle adapté des poèmes de Jehan-Rictus, l’auteur des Soliloques du pauvre et du Cœur populaire. Puis en 2006, a été élu membre de l’Académie Alphonse Allais.
Ce qui ne l’a nullement empêché en 2022, avec son compagnon (il est marié avec une femme, mais vit avec un homme), de faire partie des 500 artistes (sic) précédemment évoqués. Il aurait signé, dit-il, l’appel à voter pour Macron «sans illusions, sans hésitations et sans trembler» (sic).
On peut se demander si la passion, par ailleurs, de Jean-Claude Dreyfus pour les cochons (il collectionne les objets en rapport avec cet animal et est l’auteur d’un livre intitulé Du cochon considéré comme l’un des beaux-arts.) n’est pas en rapport avec son soutien à Depardieu.
6 – Vincent Perez, acteur, 59 ans, qui a vécu un temps avec Carla Bruni, et s’est mariée avec l’actrice Karine Silla.
7 – Karine Silla-Perez (actrice et réalisatrice), 58 ans, qui est donc l’épouse du précédent. Et qui elle-même a été mariée un moment avec Depardieu. Elle est ainsi la mère de Roxane Depardieu.
8 – Yannis Ezziadi, jeune comédien dans la trentaine, que l’on dit être à l’origine de la pétition, serait un proche de Sarah Knafo, jeune magistrate à la Cour des comptes, principale conseillère et compagne d’Éric Zemmour. Ce qui forme à eux deux un couple de Juifs séfarades.
Et pour parfaire le tout, j’évoquerai la rébellion (sic).
Certes pas contre l’ordre établi, ô que non ! que nenni ! Mais uniquement dans ce qui relève de la provocation vaine et stérile, juste bonne à épater le bourgeois, et surtout pas le mettre à bas.
1 – Avec une certaine Marion Lahmer (actrice), l’une des plus jeunes signataires, qui admet qu’elle « s’inscrit à rebours de la pensée, de ce qu’on veut nous faire penser. Parmi les jeunes comédiens, il y en a beaucoup qui sont contre lui, mais il y en a aussi qui le soutiennent ». Des rebelles en quelque sorte. Des sortes de rebelles de la décadence. De la décrépitude. Ou rebelles institutionnels, si l‘on peut risquer ce terme.
2 – Et donc pour clore ce testament offert à Depardieu, ce cimetière de l’esthétique et de l’éthique d’une grande époque de mort de l’Art, j’ajouterai encore parmi ces rebelles, la présence d’une certaine Myriam Boisaubert. Voici comment Les Presse du Réel (sic) en font la réclame ;
« Plasticienne et poète, Myriam Boisaubert vit son enfance dans une petite maison en bordure de l’une des plus grandes forêts de France à Haguenau. À l’âge de 5 ans, elle s’invite seule dans la forêt sombre pour y cueillir des fleurs. Elle entame un dialogue avec les anémones, les violettes, les feuilles et les épines qui lui enseignent que l’ornement n’est pas un crime, se construit aux odeurs d’humus et d’ail des ours, parle couramment le dialecte des champignons et déracine à 6 ans un jeune chêne qu’elle replante ailleurs, celui-ci atteignant aujourd’hui 15 m de haut. À son adolescence, elle retourne dans cette forêt noire où elle rencontre les ombres des chevaliers Teutons et s’initie au combat par la séduction. Devenue sorcière et rebelle, elle fréquente en vain les comiques arts décoratifs de Strasbourg, dont elle est exclue cinq ans plus tard au motif d’apostat. Enfin debout devant le miroir, elle étudie les mouvements de son corps pour mieux envisager la cuisson. Puis teste avec sa langue, sa bouche et son sexe des herbes non comestibles et goutte aux boues, aux limaces, aux serpents, farcit le corbeau et rôtit la chauve-souris sur fond musical rock extrême. »
Et comment journalventilo.fr en fait le panégyrique :
« Myriam Boisaubert – Peintures, dans le cadre du cycle « Rébellion, mode d’emploi, acte 2 : Parfum de femmes » organisé par le commissaire d’exposition Salvatore Lombardo. *
Poétesse de l’ennui et plasticienne du désir, Myriam Boisaubert ouvre son cœur et ses rêves dans une multitude lascive de performances sous-tendues par la volonté de prendre en défaut l’époque moite et faussée qui lui refuse l’absolution esthétique. En rupture avec tous les diktats équivoques de l’art officiel, elle déroule ses aventures post-romantiques dans un contexte onirique que Cocteau et Barbey d’Aurevilly ont défini en leur temps comme une nécessité glorieuse. Plusieurs ouvrages relatent avec un détachement Beat ses faits et gestes artistiques et littéraires. Pour son exposition au [Théâtre du] Chêne Noir, elle promet le pire et annonce le meilleur. Nue et crue, voici une vérité qui définit une existence en marge exactement. »
Une existence réellement en marge quand elle baigne à fond dans le pseudo-art contemporain ? Et que viennent faire en ce cloaque Cocteau et plus encore Barbey d’Aurevilly ? « Le connétable des lettres », lui, l’anachronique et anti-moderne au possible. Le conservateur atemporel. L’auteur incomparable des Diaboliques.
Lui qui affirmait que « la séduction suprême n’est pas d’exprimer ses sentiments. C’est de les faire soupçonner. » Donc à l’opposé de tout le fatras exhibitionniste d’une dite vérité « nue et crue ». Ou qui écrivait encore : « Les hommes sont tous les mêmes. L’étrangeté leur déplaît, d’homme à homme, et les blesse ; mais si l’étrangeté porte des jupes, ils en raffolent. »
Quant au « détachement Beat », j’avoue ne pas trop comprendre de quoi il retourne. Puisque le « beat » en anglo-américain désigne le vagabond, le paumé, l’en-dehors à bout de souffle, le membre de la génération perdue. Et non pas l’inscrit aux officines patentées de la mode « culturelle » du moment.
En attendant, personnellement, je ne verrai jamais dans Depardieu l’incarnation d’Obelix. S’en est l’antithèse, ou le contre-sens, du moins dans le domaine de ses relations avec les femmes, où le Gaulois invincible est très timide et totalement fleur bleue.
*Salvatore Lombardo, écrivain, journaliste et commissaire d’exposition d’art (sic) contemporain est défini par Wikipédia comme « intellectuel rebelle et journaliste engagé ». Ancien prof et membre du PS, ce fut un grand « fréquenteur » des autorités bien en place en France et en divers pays dits « du Sud ». C’est dire donc que l’on peut douter de l’intérêt de son « engagement » et de sa « rébellion » ; et de sa qualité d’« intellectuel ».
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