Aller au contenu principal

DÉCEMBRE 2023: LE BLOG ET LE SITE DE ROLAND JACCARD ONT DISPARU D’INTERNET. — UN ARTICLE D’OLIVIER MATHIEU.

4 décembre 2023

Quand mon ami Roland Jaccard est mort, par suicide, en septembre 2021, comme il l’avait annoncé dans le livre que nous avons cosigné ensemble et qui s’appelle Ma petite bande de jeunes filles en fleurs, il a eu droit à sa nécro dans Le Monde, tandis que d’autres journalistes le décrivaient comme “très proche” de Gabriel Matzneff. Chose d’ailleurs parfaitement fausse. J’ai publié, dans mon roman Mon coeur sur l’échiquier, en 2020, les principaux extraits de ce que m’écrivait longuement Roland Jaccard au sujet de Matzneff. Et Roland Jaccard a recensé, de son vivant, le roman en question sur son blog. Les deux écrivains étaient passablement brouillés, et s’il y avait eu entre eux une sorte de réconciliation, elle me semble avoir été superficielle.

La nécrologie de Roland Jaccard, dans Le Monde, signée par Roger-Pol Droit, avait été ensuite “mise à jour”, après sa publication. Le mot « nymphette » et l’expression « très jeunes femmes asiatiques » avaient disparu. Il est édifiant de constater qu’en 2021, Le Monde a ainsi “corrigé” un texte de Roger Pol-Droit, une nécro dans laquelle l’auteur employait le mot de “nymphette”.

Mot qui, pour information, n’a nullement été “inventé” par Vladimir Nabokov. Les mots “nymphe” et “nymphette” sont évidemment présents dans la littérature en France depuis environ cinq cents ans. Voyez par exemple Jacques Lemaire de Belges, Première puis Seconde Épître de l’Amant vert (1505, édition J. Stecher, tome 3, page 12).

Nabokov n’avait donc eu qu’à reprendre le terme de nymphette. “Il advient parfois que de jeunes vierges, entre les âges limites de neuf et quatorze ans, révèlent à certains voyageurs ensorcelés, qui comptent le double ou le quintuple de leur âge, leur nature véritable (…) ce sont des créatures élues que je me propose de désigner sous le nom générique de «nymphettes», écrivait donc Vladimir Nabokov en 1959 dans Lolita, ici dans la traduction effectuée par E. H. Kahane, parue à Paris, chez Gallimard (citation extraite de l’édition de 1973, page 27). A signaler, pour qui l’ignorerait, que “E.H. Kahane” est la signature sous laquelle apparaissaient les excellentes traductions d’Éric Kahane, né le 29 avril 1926 à Rosoy-en-Multien et mort le 5 octobre 1999 à Clichy, fils de Jack Kahane et le frère cadet de Maurice Girodias, éditeur et écrivain. Sa traduction de Lolita est ma préférée.

Evidemment, il serait absurde de tenir rigueur à Roland Jaccard du fait que Roger Pol-Droit ait cité dans sa nécrologie un terme, “nymphette”, qui existe depuis des siècles (en particulier repris par Nabokov), puis que quelqu’un au Monde ait décidé de le censurer. D’autant plus étrange que Le Monde, dans les années 1970 entre autres, employait ce mot de “nymphettes”, par exemple ici: “Les nanas, minettes, nymphettes et autres folles” (extrait du journal Le Monde, 29 septembre 1971, page 12, colonne 4).

Tout récemment, en revanche, je me suis rendu compte qu’en ce mois de décembre 2023 le blog et le site de Roland Jaccard ont disparu d’Internet et ne sont donc plus disponibles. Qui sait ce qu’en pensent les amis de Roland Jaccard? Mystère car, depuis la mort de Roland, ses amis ont préféré couper les ponts avec moi.

Avant d’ultérieures censures toujours possibles, je rappellerai que Roland Jaccard écrivait en 2018 dans le magazine Causeur d’Elisabeth Lévy un article d’où j’extrais ces quelques lignes: “J’aimais bien David Hamilton de quelques années mon aîné, que je croisais parfois boulevard Montparnasse. Ses photos avaient bercé mon adolescence. Et personne n’y voyait rien d’obscène. Les plus grands artistes avaient travaillé avec lui et même Alain Robbe-Grillet avait signé un livre : Rêves de jeunes filles avec Hamilton dont la notoriété s’étendait au monde entier. Il y régnait un érotisme doux, presque chaste, qui n’offusquait personne. Ses films, en revanche, passaient inaperçus : le photographe avait éclipsé le cinéaste dont on retiendra néanmoins Laura ou les ombres de l’été avec Dawn Dunlap actrice à laquelle Olivier Mathieu a rendu un bel hommage dans Le Portrait de Dawn Dunlap”. (Magazine Causeur, février 2018).

Sur son blog, le 12 novembre 2018, Roland Jaccard écrivait un long article dont j’extrais ces lignes : “Il ne faudrait quand même pas qu’on pense qu’Olivier Mathieu estropie le français : il le maîtrise au contraire à la perfection et en joue sur tous les registres : rabelaisien parfois, nabokovien souvent, mais toujours surprenant, comme peut l’être Henry Miller auquel il m’a fait souvent penser. Par ailleurs, il confirme – et je ne peux que l’approuver – que notre maître en mélancolie est ce cher Henri-Frédéric Amiel”. (Blog de Roland Jaccard, 12 novembre 2018).

Autre extrait, celui du très long article consacré par Roland Jaccard, sur son blog, à un parallèle entre Gabriel Matzneff et moi. J’en extrais encore, ici, quelques lignes : “Les destins croisés de Gabriel Matzneff et d’Olivier Mathieu le contredisent. S’ils sont intéressants à étudier, quel que soit le jugement qu’on porte sur leurs œuvres, c’est qu’ils en disent long sur la manière dont la société façonne selon l’époque ses boucs-émissaires. Nous avons là deux cas de figure, deux parias dont l’un s’en sort plutôt bien et dont l’autre ne sortira, même par miracle, jamais de sa léproserie. Sans doute est-ce injuste, mais nous savons tous que « vie » et « injustice » sont synonymes. Les livres de Gabriel Matzneff ont été honteusement retirés des librairies et des catalogues de ses éditeurs. Ceux d’Olivier Mathieu sont difficiles à trouver”. (Blog de Roland Jaccard, 3 février 2020).

Le 30 mai 2020, Roland Jaccard me consacrait un nouvel article sur son blog et j’en extrais ces lignes, qui font référence à nos rencontres dans un restaurant parisien : “Un homme qui se livre nu, tel qu’il est, est toujours émouvant. Et pour avoir passé quelques soirées avec lui chez Yushi, j’ai entendu sa voix dans son écriture. C’est un ensorceleur pris au piège de ses sortilèges”. (Blog de Roland Jaccard, 30 mai 2020).

Dernière citation, celle-ci : “Olivier Mathieu était né pour tout gâcher. Et il a tout gâché. Avec une énergie inépuisable et un instinct très sûr de tout ce qu’il convenait de ne pas faire. Était-ce pour préserver ce génie qui lui est propre et qui ne ressemble à aucun autre ? Un génie qui ne sera jamais reconnu, comme si les dieux lui avaient infligé un châtiment dont il ne se relèverait jamais. Le destin vous joue parfois des tours bizarres : il vous comble de dons pour mieux vous en montrer l’inanité. Il vous précipite dans un suicide existentiel d’où ne surnagent que quelques souvenirs d’enfance. Des éclairs qui vous protègent de la mort prête à vous avaler” (Blog de Roland Jaccard, 7 octobre 2020).

Et voilà, les gens qui géraient le blog de Roland Jaccard, et son site, ont cessé de s’en occuper.

Ceux que de tels sujets intéressent peuvent évidemment m’écrire (yvestanguy99@gmail.com) au sujet de Roland Jaccard, ou du livre co-signé avec Roland Jaccard, Ma petite bande de jeunes filles en fleurs (voir, sur le site de la bibliothèque de Moscou: https://rusneb.ru/catalog/000199_000009_010594716/), ou de mon roman Mon coeur sur l’échiquier.

Je réponds généralement aux courriels courtois que l’on m’envoie, s’ils ne sont pas anonymes ou hors sujet et, naturellement, s’ils n’émanent pas de gens ayant du temps à perdre.

Olivier Mathieu

Bibliographie.

Livres suggérés à toute personne pouvant encore démontrer, en 2023, ne serait-ce qu’une once de curiosité intellectuelle.

FLEURY Jean-Pierre, “Olivier Mathieu dit Robert Pioche, le dernier romantique” (biographie).

JACCARD Roland, préface à “C’est David Hamilton qu’on assassine”, d’Olivier Mathieu, 2017. Le texte de cette préface sera ensuite réutilisé par Roland Jaccard dans son livre “Penseurs et tueurs”, aux éditions Pierre-Guillaume De Roux.

JACCARD Roland, recension du livre “C’est David Hamilton qu’on assassine”, d’Olivier Mathieu, dans Le service littéraire numéro 116. Avril 2018.

JACCARD Roland, recension du livre “Je crie à toutes filles mercis”, d’Olivier Mathieu, dans Le service littéraire numéro 126. Mars 2019. Article également repris sur le site suisse “Bon pour la tête”.

JACCARD Roland, articles parus sur le blog de Roland Jaccard au sujet des livres d’Olivier Mathieu, “Je crie à toutes filles mercis” (2018), “Dans le ciel” (2019), “Mon coeur sur l’échiquier” (2020).

JACCARD Roland, article paru dans le magazine Causeur (février 2018), et aussi sur le blog de Roland Jaccard, au sujet de David Hamilton et du “Portrait de Dawn Dunlap” d’Olivier Mathieu.

JACCARD Roland, nombreux articles au sujet d’Olivier Mathieu, ou de ses livres, sur le site suisse “Bon pour la tête”.

JACCARD Roland, très nombreuses vidéos entre 2017 et 2020 sur ses deux chaînes You Tube, au sujet d’un grand nombre de livres d’Olivier Mathieu, par exemple “Les jeunes filles ont l’âge de mon exil”.

MATHIEU Olivier, “C’est David Hamilton qu’on assassine”, 2017 (préface de Roland Jaccard).

MATHIEU Olivier, troisième édition de “Les jeunes filles ont l’âge de mon exil”, dédiée à Roland Jaccard, 2018 (première édition 2010, deuxième édition 2016).

MATHIEU Olivier, “Je crie à toutes filles mercis”, mémoires, 2018.

MATHIEU Olivier, “Dans le ciel” (2019) et “Mon cœur sur l’échiquier” (2020), romans.

From → divers

Commentaires fermés