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NASRALLAH : “ISRAËL SERA VAINCU À GAZA, AVEC L’AIDE DU HEZBOLLAH !”

4 novembre 2023

Par Édouard Husson, Le Courrier des Stratèges, 3 novembre 2023

GUERRE D’UKRAINE JOUR 609 / GUERRE DE GAZA JOUR 27 – On attendait anxieusement le discours du chef du Hezbollah Nasrallah ce vendredi 3 novembre, presque un mois après le soulèvement de la Résistance Palestinienne et sa razzia sur les territoires israéliens à proximité de la bande de Gaza. En fait, le chef politique libanais a levé le voile sur la stratégie des nations de la région décidée à faire échouer Israël à Gaza : une escalade imperceptible, destinée à soulager pour les Palestiniens le front de Gaza. L’Iran, la Syrie, le Liban, misent sur un enlisement et un affaiblissement israélien. La possibilité d’une entrée de l’Iran dans le conflit n’est pas exclue mais elle serait une réponse à une attaque américaine.

En réalité, les Occidentaux n’ont pas encore tiré les leçons de la guerre d’Ukraine. La Russie s’est gardée de jeter toutes ses forces dans la bataille. Elle a préféré user progressivement l’adversaire. Cependant les décideurs et chefs militaires occidentaux semblent loin de faire cette analyse de la guerre d’Ukraine ; encore moins d’établir un rapport avec la stratégie des adversaires de l’OTAN et d’Israël au Proche-Orient.

Le fait que le Général Zaloujni (qui sert sans doute de prête-nom car il a été grièvement blessé au printemps) officiellement encore commandant en chef de l’armée ukrainienne, concède l’échec de la contre-offensive et même juge, à mots à peine couverts, la perte de la guerre comme inéluctable est une potion amère pour l’opinion dirigeante aux USA et dans l’Union Européenne. A Washington et à Bruxelles, on est encore loin d’accepter le fait que les Russes ont pris l’initiative dans le conflit, comme en témoigne leur avancée à Avdeïevka.

Un long discours de Nasrallah, qui éclaire le jeu des puissances régionales

*

Le chef du Hezbollah, mouvement politique et guerrier chiite libanais, Hassan Nasrallah, a prononcé un discours de plus d’une heure ce vendredi 3 novembre. Vous en trouverez une paraphrase en anglais sur le canal Telegram du Middle East Spectator.

J’en cite ici les extraits les plus significatifs :

Le chef du Hezbollah commence par invoquer l’esprit de sacrifice des combattants.

Vous ne trouverez pas de bataille aussi importante que la lutte contre les sionistes, c’est l’un des reflets les plus clairs de la lutte pour l’amour de Dieu.

Outre les armes, notre véritable force réside dans nos convictions profondes et notre volonté de sacrifice. Je salue la population de Gaza, qui fait preuve d’un courage sans égal dans ce monde. Tout ce qu’elle a sacrifié, c’est pour la Palestine, Al-Aqsa et Al-Quds. (…)

Selon Nasrallah, le soulèvement du 7 octobre est une décision purement palestinienne.

Le monde a oublié la Palestine, c’est la dernière priorité pour le monde, alors que les conditions ont continué à se détériorer. Un grand événement comme celui-ci devait se produire, et cela a remis sur le tapis la question de l’humanité dans le monde.

L’opération du 7 octobre menée par Al-Qassam et d’autres a été une opération grandiose et bénie, et il s’agissait d’une décision 100 % palestinienne, dont la mise en œuvre a été 100 % palestinienne.

L’opération du déluge d’Al-Aqsa a été cachée, même aux autres factions de la résistance, afin de préserver son caractère secret, et même nous n’étions pas au courant.

Cette performance des frères du Hamas a prouvé la véritable identité de ce conflit et a empêché l’Occident de fabriquer un récit selon lequel la Palestine serait soumise ou dépendante de l’Iran ou d’autres factions. Cette opération a été menée pour la Palestine, par des Palestiniens, et ne sert que les intérêts de la Palestine. La prise de décision incombe aux chefs des factions de la résistance, et l’Iran ne fait pas pression sur eux et ne les contrôle pas, il se contente de les soutenir et de respecter leur autonomie. (…)”

L’orateur insiste ensuite sur ce qu’il considère être la fragilité de l’État d’Israël: “Il y aura de grandes répercussions politiques pour Israël après cette opération, qui a révélé la faiblesse et la fragilité du régime sioniste, qui est vraiment plus faible qu’une toile d’araignée.

Les sionistes et leurs alliés n’ont pas encore été capables de prendre l’initiative, et le soutien américain à Israël a révélé la faiblesse de l’entité sioniste. “Où est Israël qui se vantait d’être l’armée la plus puissante du monde ? Où est votre armée de l’air ? Où sont vos armes de haute qualité ?”Les dirigeants européens et occidentaux viennent du monde entier pour exprimer leur soutien à Israël, ce qui révèle la faiblesse du régime sioniste et son besoin d’aide étrangère pour survivre. (…)”

Viennent ensuite des considérations sur la guerre: “Il n’y avait pas d’autre option pour Gaza que d’attendre et de mourir. C’est pourquoi ils résistent.C’est Tsahal qui commet des massacres, pas la résistance palestinienne, et Tsahal est confus et se tire souvent dessus accidentellement.

Il semble qu’Israël ne tire pas les leçons du passé, surtout lorsqu’il s’agit de ses guerres avec la résistance à Gaza et au Liban. Israël se fixe des objectifs élevés qu’il n’est pas en mesure d’atteindre. Par exemple, il affirme vouloir éliminer le Hamas ou ses dirigeants militaires, ce qui est un objectif impossible à atteindre. Les Israéliens ne pourront pas libérer leurs prisonniers sans échange, car cela ne s’est jamais produit lorsque la résistance a fait des prisonniers auparavant, mais Israël n’apprend pas ses leçons.

Le chef du Hezbollah fait allusion à la guerre perdue en 2006 par Israël face au Hezbollah: “Lors de la guerre de 2006, plus de 150 000 maisons ont été détruites, nous avons eu des milliers de martyrs, mais l’ennemi a été contraint de renoncer à ses objectifs. (…)”

Vient ensuite la désignation de l’ennemi! Pour Nasrallah, ce n’est pas Israël l’ennemi principal mais les États-Unis:

En perpétrant des massacres et des tueries, vous ne parviendrez à rien, si ce n’est à renforcer la résistance. Cette entité [sioniste] a vu le jour avec l’aide des puissances occidentales par le biais de la maudite déclaration Balfour.

L’Occident essaie de nous faire croire que nous avons un “État démocratique” comme voisin, mais la vérité a été révélée et ses mensonges ont été démasqués. Ils veulent tromper nos peuples arabes et islamiques pour qu’ils se normalisent avec ce régime sioniste barbare, mais notre peuple ne sera jamais dupe. (…)

L’Amérique est entièrement responsable de la guerre à Gaza, et Israël n’est qu’un outil. C’est l’Amérique qui empêche l’instauration d’un cessez-le-feu aux Nations unies.

La Résistance islamique en Irak a pris l’initiative de cibler les bases de l’occupation américaine, car ce sont les Américains qui gèrent la guerre à Gaza, et ils doivent en payer le prix“.

Nasrallah annonce la poursuite de la guerre, menée selon lui, pour la justice et l’humanité. On a le symétrique de l’intervention de Netanyahu jeudi 26 octobre :

Il y aura d’autres actions contre Israël sur plusieurs fronts, et cela deviendra plus clair dans les prochains jours, comme nous l’avons entendu de la part de nos alliés. Ce combat représente la lutte du bien contre le mal, défendre la population de Gaza est un acte d’humanité, quiconque écrit, élève la voix, proteste, etc. a accompli son devoir d’humanité.

Tous ceux qui ne soutiennent pas la Palestine devraient reconsidérer leur religion, s’ils en ont une, et leur honneur, s’ils en ont un.

Cette guerre n’est pas comme les précédentes, c’est un conflit historique décisif, ce qui viendra après ne sera pas comme ce qui était avant (…)”

Le chef du Hezbollah, cependant, ne voit pas ce qui se passe comme une guerre purement religieuse ou métaphysique. Il insiste sur l’existence des nations:

Certains disent que si le Hamas est victorieux, l’Iran sera victorieux, ou que les Frères musulmans seront victorieux, mais c’est faux ; si le Hamas est victorieux, Gaza est victorieux, la Palestine est victorieuse, Al-Aqsa est victorieuse.

La victoire de Gaza (Hamas) est dans l’intérêt national des pays de la région comme la Jordanie, la Syrie, l’Égypte, etc. et avant tout du Liban. Les nations arabes et islamiques doivent au moins faire des efforts pour parvenir à un cessez-le-feu, même si certaines d’entre elles ne veulent pas se battre ou sacrifier quoi que ce soit, c’est le moins qu’elles puissent faire.

Nous disons aux nations arabes : nous ne voulons pas de vos armes et de vos armées, mais n’avez-vous pas au moins l’honneur d’ouvrir le point de passage de Rafah ? [ville frontière avec l’Égypte, tout au Sud de la bande de Gaza]

Nos honorables frères du Yémen et de l’Irak prennent leurs responsabilités au sérieux et intensifieront leurs attaques, malgré toutes les attaques occidentales et étrangères. Les drones et les missiles yéménites finiront par atteindre Eilat et les bases militaires israéliennes, même s’ils ont été interceptés jusqu’à présent”. [Eilat, port franc tout au Sud de l’entité sioniste et du désert du Néguev, situé juste à l’Est du Sinaï, à l’extrémité Est de la Mer Rouge, entre l’Égypte et la Jordanie, seul accès sioniste à la Mer Rouge]

Ce qui suit est très intéressant car on y voit l’annonce d’une guerre menée sans rechercher l’escalade, destinée à user l’ennemi:

« Certains disent que j’annoncerais aujourd’hui notre intervention, mais nous sommes intervenus depuis le 8 octobre, le deuxième jour de la tempête d’Al-Aqsa. Nous avons été surpris comme tout le monde le 7 octobre, mais nous nous sommes adaptés. Certains veulent que nous commencions une guerre à grande échelle, et pour eux, les actions à la frontière nord pourraient être considérées comme limitées, mais elles ne le sont absolument pas.

Le Hezbollah mène une véritable guerre depuis le 8 octobre, malgré ce que certains disent, et personne ne peut sentir ce qui se passe réellement, à l’exception de ceux qui participent à cette bataille. [Depuis le début de cette guerre] Nous avons 57 martyrs libanais sur le front libanais, sans compter les martyrs non libanais”.

Nasrallah lève le voile sur la stratégie du Hezbollah et de l’Iran:

Le 7 octobre, la plupart des forces israéliennes voulaient se retirer du nord et se diriger vers Gaza, mais notre action l’a empêché. Aujourd’hui, la moitié de l’armée israélienne est présente à la frontière libanaise, dont un grand nombre de forces d’élite. Un quart de l’armée de l’air israélienne et la moitié des défenses aériennes d’Israël sont engagées sur le front libanais. 43 colonies israéliennes du nord ont été évacuées et la plupart de leurs habitants sont aujourd’hui des soldats.

Israël craint que ce front ne fasse boule de neige et ne débouche sur une guerre régionale. Ce scénario est réaliste et pourrait tout à fait se produire. Nous recevons tous les jours des messages des nations arabes qui nous supplient de ne pas agir. (…)”

Viennent ensuite des indications précieuses sur la vision du conflit, et leur corollaire,des avertissements aux États-Unis:

Une attaque préventive contre le Hezbollah, envisagée par Israël, serait la plus grande erreur de leur vie. L’Amérique nous menace, si vous ouvrez le front nord, les porte-avions nous bombarderont, ces menaces ne nous feront pas changer d’avis, et un groupe après l’autre se joindra à la guerre. (…) L’escalade dépend de deux facteurs

1. Si Israël bombarde nos civils, nous bombarderons les leurs, leur comportement déterminera le nôtre. Toutes les options sont sur la table sur le front libanais, je le répète, toutes les options sont sur la table.

2. L’Amérique nous a fait savoir qu’elle bombarderait l’Iran si nous continuions à agir de la sorte. Comment osez-vous menacer notre résistance ? Vos navires en Méditerranée ne nous font pas peur, et soyez sûrs que nous nous y sommes préparés.

Nous nous sommes “préparés” aux navires américains et nous demandons à l’Amérique de se souvenir de ses défaites en Afghanistan, en Irak, en Syrie et au Liban. Si l’Amérique veut éviter une guerre régionale, l’agression contre Gaza doit cesser. Je garantis aux Américains qu’en cas de guerre régionale, leurs navires et leurs forces aériennes paieront un lourd tribut. À l’horizon, nous menons tous une bataille de fermeté. Notre combat n’a pas encore atteint le stade de la victoire par KO, et nous avons encore besoin de temps, mais nous sommes en train de gagner.

https://t.me/Middle_East_Spectator/

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Note finale : La théorie du “choc des civilisations” ne résiste pas à l’analyse de la guerre de Gaza.

Plus les jours passent, plus le vrai caractère de cette guerre apparaît. Loin d’être uni, le monde arabo-musulman se divise sur la position à prendre. Et c’est en fait chaque nation, chaque cité-État de la région qui réagit selon ses intérêts propres. Par exemple, qui a prêté attention au fait que les Emirats arabes Unis livraient des armes à Israël? […] Ce qui l’emporte, ce n’est pas une lutte de “civilisation” à “civilisation” mais une réaffirmation des nations.

From → divers

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