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ARAIGNÉE AU RECOIN DU PLAFOND (PAGE D’ÉCRITURE)

25 octobre 2023

Tous les matins, le plus souvent bien après l’aube et puis l’aurore, je vois mon « araignée chagrin » * ; et tous les soirs, au brun ou nuit tombée, mon « araignée espoir ». Mais en vieillissant, en me ramollissant, cette « araignée espoir » se montre de plus en plus tôt à moi et non plus comme fut un temps, au milieu même de la nuit, à matines sonnantes, presque au petit jour, lors du dernier quart.

Tous les matins je vois mon « araignée chagrin », le corps armé de mauvaises intentions ; et tous les soirs mon « araignée espoir » ; elle surgit en général en fin d’après-midi. Ou revient doucettement, imperceptiblement, incidemment, subrepticement et attendue, quand le Soleil du tantôt plombe moins, du moins aux beaux jours, et qu’il prépare ses rougeoiements crépusculaires au couchant.

Puis j’attends impatient, ou retardant l’instant, le retour quotidien fugace, ou délicat lorsque les pensées l’entravent, de ma « seconde vie ». Si baroque et si étrange, fantasmagorie, « fantasmagie » toujours inattendue, parfois répétitive d’une heure à l’autre, d’une nuit à l’autre. Dont le sens n’est pas vraiment livré, et le souvenir le plus souvent perdu en des bribes au mieux, ou au pire, d’histoires emmêlées.

Le meilleur ou le plus désespéré ou malade de toute cette « seconde vie ». Si étrange et multiforme, parmi des lieux connus revisités ou inconnus, avec des êtres reconnus ou méconnus, perdus ; lorsque l’on marche sur l’eau ; reste coincé dans des cavernes sans aucune sortie, issue trop étroite ; ou saute sans souffrance au bout, mais non sans quelque appréhension qui nous remonte, du haut de gigantesques falaises. Cette « seconde vie » dont le sens nous échappe, dans le désordre ou les obsessions nocturnes.

Le plus surprenant est lorsque je constate, parfois longtemps après le réveil, qu’Aracné, l’araneola discrète, est venue me visiter en pleine « seconde vie » sans me le dire ; du côté d’un avant-bras, d’une main, du visage ; voir plus avant sous les couvertures et les draps. Pour me sucer mes pensées, mes latences d’idées ou mes rêves mystères.

Parfois l’araignée de maison, dans la journée, passe le relais aux araignées du dehors, ou plutôt à leurs toiles ou fils ** de la Vierge automnale, lorsque je frôle d’un peu trop près, dans le jardin, une haie ou passe entre deux arbustes ou deux branches d’arbres reliées par autant de fils, juste visibles en un reflet solaire éphémère ; lorsqu’ils brillent, si fins. Ou futiles.

Notes:

*Il est si loin ce temps où je voyais le Soleil se lever, aux mauvais jours d’hiver, en première heure de cours, du haut de mon lycée aux fenêtres face à l’Est.

**Pas les fils (Jésus et les autres) de « filius, filii ». Mais les fils (les fibres) de « filum, fila ».

From → divers

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