DE DELPHES ET DE FRÈRES ADELPHES – POÈME (14 OCTOBRE 2023) D’OLIVIER MATHIEU.
Ma mère est morte le 12 août 1988. A 63 ans et 4 jours. Et moi, aujourd’hui, j’ai 63 ans et 4 jours.
Ma mère était née le 8-8. En 1925. 1+9+2+5=17, 1+7=8. Morte le 12-8-88. Moi, j’étais né le 14 octobre, comme ma grand-mère (en 1899) et plusieurs de mes ancêtres. Et comme mon jumeau (mon adelphe, comme écrivait Renan), mort quatre jours plus tard. En d’autres termes, si j’arrive vivant au 19 octobre 2023, j’aurai vécu un jour de plus que ma mère. Je n’ai pas toujours pensé arriver jusque-là.
Un petit poème dédié aux rarissimes personnes qui ne m’ont pas abandonné ou qui m’ont semblé mériter encore, aujourd’hui, ce nom tant galvaudé d’hommes.
Il ne fut point aisé de sauver l’innocence
D’enfance au joli temps de l’âge d’ignorance.
Et les jours sont venus de la douleur qui cogne
En chaque battement de mon cœur sans vergogne
Et des mains dans l’acier des mains du Commandeur
D’angoisse subjuguée aux ordres du malheur.
Nostalgique à jamais du grand temple de Delphes
Par amour éperdu de mes frères adelphes,
Il ne fut point aisé de crier vérité
D’histoire au temps affreux de morte liberté.
Je me sentais fort seul et je n’étais l’apôtre,
Guelfes ou gibelins, ni des uns ni des autres.
Le temps ne reviendra jamais des jours d’avant
Mais les jours sont venus des jours jetés au vent
Et sur la mer au loin, je vois le ciel qui bruine,
Nuage effiloché, couleur d’amour en ruine.
Le vent a emporté les nobles cœurs des morts,
Je ne vois nul ami dessus le quai du port.
Roulent les dés, désir et peur, de la mort grande
Avant qu’à l’horizon soudain elle s’étende.
Réprouvé je comprends, et il m’échappe un ris,
Que c’est mon vieux chien mort qui m’a le mieux compris.
Olivier Mathieu.
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