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PETITE SOCIOGRAPHIE DES PAYS PARTICIPANTS À LA PRÉSENTE COUPE DU MONDE DE RUGBY À QUINZE

1 octobre 2023

Rappel des quatre poules (avec entre parenthèse le classement au niveau mondial de chaque pays au début de la compétition):

Poule A :

France (3)

Nouvelle-Zélande (4)

Italie (13)

Uruguay (17)

Namibie (21)

*

Poule B :

Irlande (1)

Afrique du Sud (2)

Écosse (5)

Tonga (15)

Roumanie (19)

*

Poule C :

Fidji (7)

Australie (9)

Pays de Galles (10)

Géorgie (11)

Portugal (16)

*

Poule D :

Argentine (6)

Angleterre (8)

Samoa (12)

Japon (14)

Chili (22)

Je ne connais pas toutes les subtilités du classement, mais je suppose que si les 18e et 20e actuels, les États-Unis et l’Espagne, sont absents, c’est parce qu’ils sont remontés dans le classement après que les poules ont été établies. Quand les actuels 21e et 22e se trouvaient encore parmi les 20 premiers.

Ironie du temps, les États-Unis (18e) sont absents comme le sont le Canada (23e) et la Russie qui est 24e ou 25e (ma source n’est pas vraiment sûre à ce niveau).

*

Loin de représenter toutes les parties de la croûte terrestre, les pays présents (je devrais dire les nations, car le Royaume-Uni par exemple comporte officiellement trois nations, sans parler de la France par exemple qui en comporte un nombre certain, bien qu’elles ne soient pas reconnues officiellement : Alsace, Pays Basque, Catalogne, Corse, Bretagne, etc.) viennent de trois régions du Monde seulement :

– l’Europe : 9 pays, dont 7 de l’Europe de l’Ouest,

– L’Océanie/Asie : 6 pays, dont 5 d’Océanie,

– L’Afrique du Sud/l’Amérique du Sud : 5, dont 3 d’Amérique du Sud.

Soit à parité, 10 pays de l’hémisphère Nord et 10 de l’hémisphère Sud. Avec une sur- représentation de l’hémisphère Sud qui est beaucoup moins peuplé que l’hémisphère Nord.

*

Ces pays relèvent de quatre domaines linguistiques :

– le domaine anglophone : 11 sur 20. Celui du Royaume-Uni et de l’Irlande (4), qui est aussi celui de langues celtiques (gaélique irlandais, écossais, brittonique gallois et cornique) ; et celui d’anciennes colonies royaumuniennes : 2 au Sud de l’Afrique, en concurrence avec l’afrikaans néerlandais, et 5 en Océanie ;

– le domaine latin : 7 sur 20. De langue espagnole (3), française, italienne, portugaise et roumaine.

– le domaine géorgien, où l’on parle au moins quatre langues caucasiennes, sans compter les dialectes, dont le géorgien proprement dit ; langue agglutinante, dont les plus anciennes attestations écrites remontent à la fin du IVe siècle et que certains linguistes rapprocheraient du sumérien antique ;

– le domaine japonais : la langue japonaise est également une langue agglutinante. Et de haute antiquité, elle aussi.

*

Au point de vue religieux, 19 pays sur 20 sont de tradition chrétienne. Je parle de tradition ; en terme de croyance ou de pratique, ici ou là, c’est autre chose.

– 10 pays sont très majoritairement de tradition protestante, anglicane avant tout ;

– 7 pays sont de tradition catholique : les pays latins moins la Roumanie, et plus l’Irlande (à une très large majorité) ;

– 2 pays sont de tradition orthodoxe : la Géorgie et la Roumanie ;

– 1 pays, le Japon est de tradition shintoïste polythéiste et animiste, marqué de syncrétisme accueillant des pratiques de diverses religions comme le bouddhisme.

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Le plus remarquable est sans doute les écarts considérables de populations entre les pays présents à cette Coupe du Monde.


Nombre d’habitants environ
JAPON125 millions
******
FRANCE68 millions
AFRIQUE DU SUD61 millions
ITALIE59 millions
ANGLETERRE56 millions
ARGENTINE46 millions
******
AUSTRALIE26,5 millions
CHILI19 millions
ROUMANIE19 millions
PORTUGAL10 millions
******
IRLANDE (avec Irlande du Nord)7 millions
ÉCOSSE5,5 millions
NOUVELLE-ZÉLANDE5 millions
GÉORGIE4 millions
URUGUAY3,4 millions
PAYS DE GALLES3 millions
NAMIBIE2,6 millions
******
FIDJI900.000
SAMOA– de 200.000
TONGA105.000

À un bout de la chaîne rugbystique : 125 millions d’habitants, à l’autre bout : 105.000, soit 1190 fois moins.

Aussi convient-t-il de relativiser certains exploits ou affirmer d’autres, véritables.

*

Certes, la place de la soule, pardon du rugby n’est pas la même dans les divers pays. Bien implanté, par exemple, au Royaume-Uni ou en France, encore que beaucoup moins que le ballon-au-pied (… le calcio, la tatane …), il est le premier sport masculin (quoique les filles s’y mettent depuis quelques années) de petits pays, et ceci pour un certain nombre depuis ses origines. Tandis qu’il est de développement plus ou moins récent dans d’autres. Et que la valeur sportive de telle ou telle équipe est quelque chose de continuellement fluctuant, en mieux en pire, selon le talent non seulement des joueurs mais des sélectionneurs, des entraîneurs, des tactiques sportives développées.

Sans oublier cet autre problème que la place du professionnalisme n’est pas le même selon les pays. Et que la transition ne s’est pas réalisée partout de la même manière, plus ou moins facilement ou difficultueusement ; ni pour les mêmes salaires.

Certaines équipes sont encore constituées ici, au moins en partie, d’amateurs. Quant à leurs joueurs professionnels, ils peuvent jouer dans d’autres pays, et pas toujours parmi l’élite. C’est le cas en France, avec la présence de joueurs géorgiens, portugais ou fidjiens, par exemple. Ce qui n’existait pas avant le professionnalisme, plus exactement le professionnalisme officiel.

Donc relativisons ou affirmons certains « exploits ». Sans prendre en considération ce qui relève de l’invérifiable, du moins officiellement, je veux parler du dopage qui sévit ici comme ailleurs dans les autres sports.

*

Quand la France bat, lors du match d’ouverture, les All Blacks de Nouvelle-Zélande 27 à 13, c’est une sorte d’exploit dans la mesure où les Français ne les ont pas battus souvent, mais c’est moins un exploit quand on voit que la Nouvelle-Zélande n’est pas aussi impériale qu’autrefois, surtout ces derniers temps. Et quand l’exploit finit par se répéter au fil des années.

Ce qui est quand même le plus surprenant, et ceci depuis les origines, c’est qu’un aussi petit pays ait pu ou puisse encore damer le pion à des pays autrement peuplés que lui. 5 millions d’habitants contre 68 millions, c’est un rapport de 1 à 13,6.

On pourrait dire la même chose du Pays de Galles (3 millions d’habitants) ou de l’Écosse (5,5 millions) qui ont déjà gagné plusieurs fois le Tournoi des Cinq, puis des Six Nations. 39 fois vainqueurs, dont douze grands chelems, pour le Pays de Galles. 22 fois vainqueurs, dont trois grands chelems, pour l’Écosse.

C’est, dans cette Coupe du Monde, la victoire du Pays de Galles face à l’Australie : 40 à 6. Pays de Galles et Australie dans un rapport de 1 à 8,8 en terme d’habitants. En soi c’est une sorte d’exploit, sauf que depuis quelque temps, comme pour la Nouvelle-Zélande, l’Australie a subi quelques revers. Et quelle ne devrait pas passer, cette année, le cap des qualifications, battue pour l’instant par le Pays de Galles et par les Fidji 15 à 22. Fidji, moins d’un million d’habitants, Australie plus de 26 millions, dans un rapport de 1 à plus de 29.

Avant son dernier match qualificatif, le Pays de Galles est déjà qualifié avec trois victoires, en ayant battu celui qui sera probablement le second qualifié de sa poule : les Fidji. Ici le rapport entre Fidji et Pays de Galles est de 3,3 seulement.

*

Il y a quelques jours, les supporteurs de l’équipe de France ont crié à l’exploit après sa victoire 96 à 0 contre la Namibie. D’abord il faut savoir que c’est plus ou moins l’équipe de France type qui a affronté ce Petit Poucet. Et que le rapport de population entre la Namibie et la France est de 1 à 26.

Et beaucoup ne se sont pas avisés de remarquer qu’un autre Petit Poucet de la compétition, l’Uruguay venait de très bien se défendre contre une équipe de France formée de plusieurs remplaçants (ce qui est inquiétant concernant la qualité des remplaçants) par 12 contre 27. Ici le rapport est de 1 à 20.

Uruguay qui lui-même a battu la Namibie 36 à 26. Comme la France donc, mais aussi la Nouvelle-Zélande (71 à 3), et l’Italie (52 à 8).

*

Pas facile d’établir des correspondances qui sont nécessairement figée à des moments différents avec une réalité différente (mais cependant où le temps qu’il fait, joue de moins en moins avec les stades actuels) et qui ne tiennent pas compte de l’aspect diachronique d’une compétition où les joueurs s’usent, se blessent, sont sanctionnés, où les joueurs tournent, où les tactiques peuvent changer selon l’adversaire.

Il n’y a pas toujours de logique. Ainsi, on a du mal à comprendre qu’après que l’Italie a battu la Namibie 52 à 8, que la Nouvelle-Zélande a battu la Namibie 71 à 3, la Nouvelle-Zélande a battu l’Italie 96 à 17. Un relâchement des Néo-zélandais avec la Namibie, sans forcer leur talent ; une tournée des effectifs avec des remplaçants ? Une fatigue de l’équipe italienne face aux néo-zélandais ? Ou obligation de marquer le coup et de prendre au sérieux les Italiens qui avaient déjà gagné deux matches ?

*

Mais peut-être que le véritable exploit est venu des Irlandais qui ont battu l‘équipe championne du Monde sortante : l’Afrique du Sud, 13 à 8, dans un match fermé.

Tout en précisant que cette édition, qui se tient dans l’hémisphère Nord, semble moins favorable aux quatre principales équipes « traditionnelles » de l’hémisphère Sud. Question de saison, à l’envers pour eux ? Ou tout relatif déclin ? Tandis que celle des Fidji (7e), ne cesse de progresser vers le haut.

Poule A, la France (3e au classement mondial) bat la Nouvelle-Zélande (4e « seulement » en ce moment) ; poule B, l’Irlande (1ère) bat l’Afrique du Sud (2e) ; poule C le Pays de Galles (10e) bat l’Australie (9e) ; poule D, l’Angleterre (8e) bat l’Argentine (6e)…

From → divers

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