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Ô COMBIEN ENCORE D’ACTUALITÉ !

22 juillet 2023

En voici un que j’ai vu trois fois en concert au début des années soixante-dix. Mais que dirait-il, en pire, aujourd’hui !

Glenmor – Sodome

Iles sont nés d’un amour bien trop vague
Ces enfants qui marchent les yeux pliés.
La crainte l’emporte et la peure divague,
Ils sont filsse de rois, le père était berger.

Ils sont l’empire des preux au cœur de la ville
Sodome est leur gloire et Gomorrhe le berceau.
Le temps laisse leurs pas filer tranquilles,
Ils ont Paris sous le pied
La haine sous le manteau

Ils ne sont beaux qu’à la lueur des nuits rances,
Leurs étoiles sont de néon,
Leurs paradis de bordels.
Sodome, c’est Paris et Paris, c’est la France
L’on y crève à genoux, l’on y vit tout pareil.

Sodome, ton empire de gloire et déchéance,
Le pauvre se doit de dormir debout.
On ne loge que l’argent en douce France,
Le pauvre et le rat se terrent dans les trous

Elles viennent d’ailleurs, par centaines
Rêver d’argent qu’elles n’ont pas,
Et d’amour qu’elles n’ont plus.
Elles ont quitté la Provence et la Touraine
Avec l’œil du conquérant en nouvelle tenue.

Elles sont jolies les filles de nos campagnes
Que Paris voit venir bientôt matin.
Elles ne pleurent pas encore
Leur lointaine Bretagne.
Elles ont le rire d’enfant
Paris les fait putains.

Et ceux-là qui traînent le rire au cœur de la nuit,
En vivant de l’argent que la Bretonne a gagné,
Ont face honorable et sont gens bien assis ;
Sodome rime leur nom, on les fait députés.

Sodome, fleuron de la brigade mondaine
Qui fait son beurre au pied des maquereaux.
Ton nom porte en titre lumière, en arme pleine ;
L’ombre y couche l’enfant, mais non pas le salaud.

On accroche l’histoire au pied de Notre-Dame,
Ce grand immeuble où l’on parle charité.
La chaise s’y vend et Paris s’y pâme
Quand Riquet le bavard y touche les entrées.

C’est encore là que tout se vend ou s’achète ;
Au prix du vendeur, malgré le vendu.
On y porte l’honneur à hauteur de braguette,
L’on s’y fait une gloire en y montrant son Q.

Les couples heureux qui passent à l’histoire
Ont de Cocteau l’esprit,
De Jean Marais la virilité.
Les orgies d’alcôve, les sabbats de mémoire
Ont Sodome pour église et Paris pour cité (bis)

*
Remarque sur la façon de chanter de Glenmor : il pratique peu l’élision du « e », ou du moins une élision peu marquée, sauf en fin de mots ou de groupe de mots, mais très peu dans le corps des mots. Il prononce des « e » plus que la moyenne dans la chanson d’après-guerre ; et en ajoute même quelques uns là où il n’y en a pas, comme s’il eût été du Midi. Voir la première strophe où j’en ai repéré trois.

Cette chanson a été éditée en 1969, mais elle a dû être écrite plusieurs années auparavant. Du temps où Cocteau était encore en vie (il est mort le 11 octobre 1963, quelques heures après Édith Piaf).

Couple célèbre, éphémère finalement lui aussi, que celui de Clément dit Jean Cocteau et de Jean Villain-Marais. Marais, le protégé de Cocteau, qui dut une bonne partie de sa carrière à ce dernier. Qui évoque encore de nos jours cet acteur qui fut surtout connu pour ses premiers rôles dans de nombreux films d’aventures, et de cape et d’épée en particulier ? Genre aujourd’hui totalement disparu, du cinéma comme de la télévision, après les années soixante, à quelques exceptions près. De ce qui reste du cin’ et de la téloche, devrais-je dire !

« Riquet le Bavard » c’est (je reprends ici un passage d’un article de ce blog de 2013) « Michel Riquet (1898-1993) jésuite, docteur en théologie, résistant, déporté, « antifasciste », prêtre mondain surtout connu pour avoir été prédicateur à la mode parisienne en ses conférences de carême à Notre-Dame de Paris entre 1946 et 1955. »

Mais ça pourrait être également une allusion érudite au premier prédicateur des Conférences de Notre-Dame, ou Conférences de Carême, impulsées par Frédéric Ozanam, professeur de littérature étrangère à la Sorbonne, fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Ces Conférences furent fondées en 1834 et furent illustrées dès 1835 par Henri Lacordaire, très prisé en son temps. Autrement dit par Riquet non pas à la houppe, mais à la soutane.

Glenmor qui fit ses études secondaires au petit séminaire, jusqu’au bachot obtenu à dix-sept ans, et sans doute parce qu’il y fit ses études, était tout ce qu’il y a de plus anticlérical, une sorte de pagano-chrétien, comme on le note clairement dans d’autres chansons de lui, ce qui correspond très bien à un certain esprit breton. Comme celle-ci éditée en 1971 :

Gavotte romaine

Que Vénus me pardonne s’il me plaît à louer
Les amours d’une nonne et d’un brave curé.
Que Vénus ne s’emploie à me vouloir punir
S’il me plaît à chanter les odeurs du couvent
Les fleurs du péché. 

Il faisait cabriole
En lieu de confession.
Elle trouvait ça tout drôle
Manière de punition.
Était célibataire
Et se devait d’aimer.
Qu’importe la bannière
D’aborder sainteté.

Que Vénus me pardonne s’il me plaît à louer
Les amours d’une nonne et d’un brave curé.
Que le Ciel me pardonne s’il me plaît à rêver
D’un Jésus un peu moins de Rome
Et d’un peu moins urbanisé.
Que le Ciel ne s’emploie à me vouloir punir
S’il me plaît à chanter les odeurs de Bacchus
Et des dieux gaulois.

À chacun sa terre, le poids de ses souliers
À chacun sa manière d’honorer ses curés
À chacun ses fesses, ses fonts de bénitier
À chacun sa messe, ses monts de piété.

Que le Ciel me pardonne s’il me plaît à rêver
D’un Jésus un peu moins de Rome
Et d’un peu moins urbanisé.

Que les Dieux me pardonnent s’il me plaît à danser
Et l’or de l’Église et le prix de la papauté.
Que Jésus ne s’emploie à ne vouloir tenir
Sous la mitre ; et la tient, la bedaine et le froc
Des marchands de péchés.

J’ai le cœur d’un jésuite en toute gloire de Dieu
J’irai aux Amériques me servir les pouilleux
À pasteur honorable donner quelques écus
Dieu n’est plus charitable payer pour être élu.

Que les Dieux me pardonnent s’il me plaît à louer
Les amours d’une nonne et d’un brave curé.

From → divers

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