Aller au contenu principal

SUR LA GRANDE BOUCLE DES DOPÉS

12 juillet 2023

Condensé et adaptation d’un long article d’Antoine Vayer du 10/07/2023 – intitulé : Pas un, mais deux Lance Armstrong font un combat de boxe française ; sur cyclisme-dopage.com.

*

L’ère des puissances miraculeuses de Lance Armstrong, entre 1999 et 2009, à 422 Watts Etalon de moyenne sur les col-radars du Tour de France, qu’on croyait avoir oubliée les dix années suivantes (remplacée par une ère de puissances suspectes mais plus raisonnables), se rappelle à notre souvenir depuis 2019 avec l’avènement de Pogacar puis Vingegaard. Cette résurgence nous inquiétait.

Cette ère est non seulement confirmée mais dépassée.

*

On sait que l’apport des technologies de pointe est limité et ne compte pas pour grand-chose dans un troisième col à 7-8%, après quatre heures de vélo menées à fond de train par des équipiers plus forts que les leaders. Il n’est qu’à voir cet incroyable poids-lourd belge Wout Van Aert de plus de 75 kilos qui attend son Jonas Vingegaard de 59 kilos dans la dernière montée de l’étape après s’être échappé dès le kilomètre zéro, pour le tracter.

L’apport 2.0 de la “modernité” est pourtant encore vendu, exactement comme pour l’Américain au moment de son avènement (ou comme pour Froome), pour expliquer l’inexplicable.

Les records de vitesses et de puissances ont déjà été explosés en 2023 sur certaines classiques. On a parlé de « cinq fantastiques » jeunes phénomènes de foire décomplexés sur un vélo (Pogacar, Vingegaard, Evenepoel, Van der Poel, Van Aert), à fond en permanence, sans fatigue, sans stigmates.

Avec l’analyse des premières performances de ce Tour 2023, au moment d’un premier bilan, on peut dire qu’Armstrong serait battu dans ce combat de boxe ou de catch – c’est selon – que se livrent le Slovène et le Danois. On peut, au travers de certains de leurs exploits ponctuels quantifiés en watts, les qualifier de mutants par moments. Ils ne sont pas suspects, ils ne sont pas miraculeux comme Lance. Ils sont mieux. Ils sont stimulés par leur duel sur le ring. Ils se portent des coups au visage dans cette zone mutante affolante des Pantani, Ulllrich, Indurain et Riis qui ont marqué de tant de cicatrices douloureuses ce sport.

Le sang gicle à nouveau. Cette année, les arcades de tous les suiveurs qui fronçaient déjà les sourcils sont éclatées. Lance Armstrong était tout seul à écraser le peloton en l’utilisant comme punching-ball. Ils sont deux désormais à taper dessus. Plus fort encore. Tout le monde est éclaboussé. Comme autant de radars sur des cols majeurs.

Au Pays basque, une première entame a été extrêmement musclée sur la montée de Pike dans le final de l’étape de Bilbao : 574 watts étalon pendant 3’43sec, 8,25 watts/kg ! Plus c’est court, plus on frappe fort et vite. Un étrange Français était là sur la fin du sommet, Victor Lafay. Certains ont parlé d’espoir pour le classement général. Après 9 étapes, il est désormais 85ème à 1 heure 23 minutes et 21 secondes.

Pogacar et Vingegaard sont alors vraiment montés sur le ring des ascensions pyrénéennes. Jonas Vingegaard a tout d’abord asséné un incroyable uppercut à Pogacar dans le col de Marie Blanque, situé à 18,5km de l’arrivée à Laruns. Le Danois a escaladé la rampe de 5,36 km à 10,26% en 16’13sec. La puissance moyenne Etalon de ce rude coup porté a été mesurée à 486 watts (7,1 w/kg si 60 kg). Tadej Pogacar, accompagné de Sepp Kuss, dernier sparring-partner du Danois, qui encaisse bien, a concédé 37 secondes au sommet, soit une puissance étalon de 466 watts.

Le groupe de David Gaudu, déjà complètement sonné, a perdu 1’02sec, ce qui correspond à 454 watts étalon. Le meilleur temps de Marie Blanque qui datait du combat de 2020, Pogacar contre Roglic, en 17’36sec a été amélioré de 1’23sec !

En cours d’étape, le col du Soudet a aussi été monté vite par le peloton : plus de 400 watts étalon pour ce long col, 10,96 km à 9,09% en 35 minutes, soit du 409 watts étalon. C’est dire la qualité et la densité du niveau général (ironique).

Vingegaard a réalisé la meilleure performance de sa carrière et une des plus grosses en cyclisme sur des montées de 15 à 20 minutes. C’est une performance de mutant. C’est acté. C’est bien triste pour le vélo et les vertueux.

Un autre boxeur, vainqueur du Giro 2022, Jay Hindley, qui s’était révélé en 2020 après le confinement et une période sans aucun contrôle possible s’est inscrit en challenger et a remporté l’étape de Laruns. Tandis que Felix Gall, premier au sommet du col du Soulet a établi un nouveau record en 33’08sec soit du 437 watts étalon. Un niveau de puissance rarement vu pour un long col en cours d’étape. Ce jeune et prometteur (sic) Gall est déjà 16ème du général à 9’46sec au général.

Dans le Tourmalet, un nouveau record de 429 watts étalon a été établi par Vingegaard suivi par Pogacar. Sur la partie finale de 4,89 kms à 8,88%, Vingegaard a développé 465 watts (6,8 w/kg si 60kg) pendant 13’27sec à une altitude moyenne de 1898m. Cela correspondrait à du 490 watts vers 1000m d’altitude si on applique une perte de puissance de 6% par tranche de 1000m. Délirant.

Les coureurs visant la troisième place du classement général ont concédé deux minutes dans cette ascension, complètement sonnés. Pinot qui avait été la star du Tourmalet en 2019 est déjà 15ème à 9’36sec au classement général.

Rappelons que l’ancien record de vitesse de la montée du Tourmalet appartenait au triste duo Ullrich-Armstrong, en 38’43 sec pour 416 watts, en 2003, quand les transfusions et ingestions d’hormones diverses étaient à leur sommet. L’ex-record est tombé avec deux minutes et trois secondes de moins et 16 watts en plus. Dingue.

En fin de cette même étape pyrénéenne, le Slovène (Pogacar, ou plus exactement Pogačar, Pogatchar) a remporté l’étape en escaladant la dernière ascension de 5,22 km à 7,55% en 13’09sec, soit à une puissance étalon de 462 watts. C’est une performance monstrueuse surtout après la montée record du Tourmalet et le rythme intense depuis le départ de l’étape.

Pogacar a donc établi sa performance de mutant. C’est également acté et tout aussi triste que pour Vingegaard. Alaphilippe, le double champion du monde en retour de flamme annoncé essaie de s’échapper tous les jours. Il est 27ème à 28’29sec, lui qui était proche de gagner le Tour en 2019. Ce n’était alors que Bernal qui menait la danse.

Pogacar a, de nouveau, repris un peu de temps à Vingegaard sur la montée du Puy-de-Dôme, et a gravi les 4,1 km de la fin du Puy de Dôme à 11,85% en 14’25sec à une puissance étalon de 478 watts. Les autres concurrents ont perdu beaucoup de temps en seulement 4 kilomètres, à commencer par les Français Gaudu, Pinot et Bardet qui concèdent plus de deux minutes sur Pogacar. Il y a deux poids lourds, les français sont des poids coqs qui s’en prennent plein la tête à chaque swing.

Quand sera-t-il sur les cinq rounds de montagne à venir ? Nous en sommes à deux rounds partout. En boxe professionnelle, corruption, dopage, drogue et trucages sont la norme.

Si on se réfère aux trois profils de puissance de carrière de Vingegaard, de Pogacar et de Lance Armstrong, l’américain serait battu par les deux autres “Lance Armstrong” (le Danois et le Slovène) dans quasiment tous les domaines et toutes les limites de temps. C’est affolant.

La suite du duel annoncé, même sans aucune opposition d’autres coureurs, dans ce match de boxe, avec des rounds à venir explosifs va régler tout ça. Sauf s’il s’entendent.

L’extrapolation sur les radars à venir devrait donc confirmer cette tendance avec ce combat des nouveaux chefs. Pour le pire.

Deux Lance Armstrong, la plus grande arnaque sportive de ces dernières décennies ?

From → divers

Commentaires fermés