D’UNE PIERRE, DEUX COUPS ?
Ou plus… par ricochets …
Ce que l’on peut retenir d’essentiel militairement parlant, ou plus précisément comme conséquences militaires du coup d’éclat de Prigojine, est le suivant :
Le bilan meurtrier de la journée de folie, on ne le connaît pas exactement ; des deux côtés ; car si les wagnériens ont abattu une demi-douzaine d’aéronefs (avions, hélicoptères) environ, ils semble qu’ils aient été également la cible de l’armée régulière. Prigojine a évoqué la perte de trente hommes dans des bombardements aériens russes. D’autre part, j’ai lu — une fois, mais je n’ai plus vu cette information — que Prigojine se serait engagé à « indemniser » financièrement les familles des pilotes de l’armée régulière tués par les wagnériens.
Cela dit, certains ont l’air décidé d’aller plus loin. Ainsi Gouroulev, un membre du Comité de la Douma d’État sur la défense, a déclaré que les combattants du PMC « Wagner » porteront définitivement la responsabilité de l’avion abattu (sic) et des soldats morts du ministère de la Défense.
Et aurait déclaré : « Il existe une loi de la Fédération de Russie. Nos militaires sont morts, ils sont morts sous les coups d’individus spécifiques. Qui a donné l’ordre, qui a lancé la fusée [sic] ? Par conséquent, quoi qu’il en soit, peu importe qui s’enfuit et peu importe où il se trouve, je pense que le comité d’enquête traitera cette question de manière approfondie et prendra une décision ».
Pourtant, dès le 24 juin, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a détaillé certains aspects de l’accord négocié par le président biélorusse, Alexandre Loukachenko.
Les combattants de Wagner qui n’ont pas participé à la rébellion devront signer un contrat avec le ministère de la Défense, les autres ne seront pas poursuivis « en reconnaissance des services rendus ». Pour Bakhmout/Artiomovsk en particulier.
Les poursuites pénales contre Evguéni Prigojine sont abandonnées, mais ce dernier devra s’installer en Biélorussie. Remarque en passant, cette rébellion, cette mutinerie avortée n’affectera « en aucun cas » les combats en Ukraine, a ajouté Peskov.
D’ailleurs, on a déjà appris que la Biélorussie commençait à construire des camps militaires pour accueillir les combattants de « Wagner ». Ce qui laisse à penser que l’affaire était déjà réglée avant le coup de chaleur de Prigojine.
Le premier camp de cette sorte se situera à Ossipovitchi, dans la région de Moguilev, tout à l’Est de Minsk, du côté de la frontière avec la Russie ; d’une superficie de 24.000 mètres carrés, pour accueillir 8 000 combattants. La publication Layout, très au fait de ce genre d’information, prétend que plusieurs autres camps suivront.
Donc en clair, le gouvernement russe se débarrasse de Prigojine et de son armée de mercenaires. En attendant, plus de troupes Wagner sur le sol russe : troupes finalement composites, car il n’y a pas que des Russes repris de justice ou non, mais aussi des étrangers. Cela dit, on apprend aussi que les recrutements n’ont pas cessé pour ça. Et intégration des combattants Wagner à l’armée régulière pour qui le désire.
Selon les termes du discours de Poutine d’hier au soir, ils ont maintenant la possibilité de conclure un contrat avec le ministère russe de la Défense, d’autres structures de pouvoir ou de se rendre en Biélorussie. « C’est leur choix – le choix des guerriers qui ont réalisé leur erreur. »
Mais Wagner a bien d’autres champs de batailles, en Afrique et au Proche-Orient en particulier.
Et le bébé turbulent est refilé en partie au gouvernement biélorusse, avec ses cantonnements à venir, ce qui ne peut que renforcer la sécurité militaire de la Biélorussie. Tout en laissant planer le doute d’un transfert du Groupe Wagner sous juridiction biélorusse. L’armée biélorusse n’est semble-t-il pas très importante.
Ceci ajouté au fait que l’aviation biélorusse est maintenant munie d’ogives nucléaires fournies par la Russie, montre que la défense à l’Ouest immédiat de la Russie se renforce. Pire, comme certains le disent déjà : « L’Ukraine est prise en tenaille ». Ossipovitchi, le premier cantonnement à venir des troupes du Groupe Wagner est situé à 200 km de la frontière Nord de l’Ukraine, à 350 km de Kiev.
Certains ne s’y trompent pas : le gouvernement polonais profite du prétexte de l’arrivée de Prigojine en Biélorussie pour renforcer encore ses troupes à la frontière biélorusse. Et le gouvernement lituanien va plus loin en appelant l’OTAN à renforcer tout son flanc Est.
La période de sur-échauffement passé, Prigojine encore fanfaron, affirme que ce qui s’est passé les 23 et 24 juin n’était qu’une simple manifestation pour exprimer le mécontentement. Passons sur les détails farfelus pour retenir, juste, que l’objectif (maintenant) aurait été de démontrer la supériorité de Wagner sur l’armée régulière, ce qui a toujours été connu, et qui a été visible depuis plusieurs mois en particulier du côté d’Artiomovsk. Le Groupe Wagner, fait de vrais baroudeurs des plus aguerris, est présent depuis une dizaine d’année aussi bien en Libye, Syrie, Centre-Afrique, qu’en Ukraine.
En clair, il a voulu juste faire la leçon à l’armée russe, encore engluée, paraît-il, dans le bureaucratisme et l’inertie comme le pense un bon nombre de Russes.
Poutine a parlé hier soir. Il a remercié la population russe pour sa solidarité et son patriotisme. Et dit, entre autres, que la consolidation la plus élevée de la société a pu se montrer. Avec une position unique.
Il a rappelé que dès le début des événements, des décisions avaient été prises pour neutraliser la menace et protéger l’ordre constitutionnel. Et que dans tous les cas, une rébellion armée aurait été réprimée, ce que les organisateurs ne pouvaient s’empêcher de comprendre.
Il a ajouté que ces derniers sont allés à des actions criminelles, divisant le pays au moment où au front avec les mots « Pas un pas en arrière! » des Russes meurent au combat. Que les organisateurs de la rébellion ont poussé leurs subordonnés à tirer sur les leurs. Que c’est ce que les ennemis de la Russie voulaient : que la société russe se divise, s’étouffe dans une guerre civile sanglante. Façon pour ses derniers de se venger de l’échec de leur soi-disant contre-offensive.
Il a remercié les structures de pouvoir et les forces de l’ordre. Le courage des pilotes tombés, les commandants Wagner qui se sont arrêtés à la dernière ligne et Loukachenko pour sa contribution à la résolution de la situation.
On ne sait ce qu’il en est de Chaïgou et de Gerasimov. Mais l’on sait aussi qu’il y a quelque temps Poutine s’était lui-même plaint de certains gradés d’opérette de l’armée russe. Cela pourrait peut-être accélérer certains remaniements, en ignorant s’ils seront suffisants pour (selon l’expression consacrée de certains commentateurs) « assécher le marais de la bureaucratie post-soviétique ».
Un aspect bénéfique à ce numéro sanglant de cirque (qui semble n’avoir reçu l’aval que d’une poignée d’ultras aux idées courtes) a été le comportement des media de la propagande otanienne, totalement ridiculisés, voyant déjà comme dans leurs rêves, Poutine et son gouvernement renversés, découvrant subitement des vertus à Prigojine. Mais dès le soir Prigojine était déjà redevenu non fréquentable.
Infime anecdote. Dans la soirée de samedi, vers 21 heures, zappant pour mettre la chaîne Gulli à l’un de mes petits-enfants, je suis tombé sur LCI où j’ai juste eu le temps d’entendre une phrase hallucinante d’un crétin cravaté et je suppose patenté qui a dit plus ou moins : « Poutine a montré sa faiblesse en négociant avec un petit délinquant » (ou une expression de ce genre). Une heure ou deux avant, je suppose qu’il vantait les mérites du même délinquant.
Il se dit que Béat Chelle montra tout ce jour de la Saint-Jean sa jouissance à voir quasi achevé un putsch (dans sa tête de malade) qui, malheureusement pour lui, a fait pitsch.

Sans commentaire. Seulement ceci : Ce ne sont pas nécessairement les plus intelligents et avisés des Russes que l’on nous refourgue à la téloche.
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