LES FEUX DE LA SAINT-JEAN SONT DÉJÀ CONSUMÉS
Bilan des courses et d’un coup de chaleur de Prigojine.
D’après plusieurs sources telegram
Le patron du Groupe para-militaire Wagner * avait des comptes à régler avec la bureaucratie militaire russe, connue dit-on pour être lourdingue et pas encore vraiment sortie de l’époque soviétique. On l’a déjà constaté lors de diverses incartades verbales passées de Prigojine.
Très en colère contre l’administration militaire : en particulier contre les généraux Choïgou et Gerasimov, respectivement ministre de la défense et chef d’état-major des forces armées de la fédération de Russie, il a poussé une partie de ses troupes à jouer au putsch. Concrètement, il semble qu’il se soit passé ceci :
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On ne sait qui a commencé. Prigojine a mis ça sur le dos des forces armées officielles, mais il s’avérerait qu’il s’agirait d’une fausse attaque, d’une prétendue attaque des camps de Wagner le 23 juin.
Toujours est-il que le matin du 24, des membres de Wagner se dirigeaient en colonnes vers Moscou par la route, si bien que des commandants isolés ont donné l’ordre de les attaquer, ceux-ci ont riposté et abattu des aéronefs, mais auraient limité leurs actions à un espace réduit.
On ne sait combien d’aéronefs ont été atteintes. L’équipage d’un hélicoptère d’attaque Ka-52 Alligator est mort. Un avion Il-18 a été abattu, sur lequel se trouvaient au moins huit personnes. Peut-être un II-22. En tout, ce sont 15 militaires des forces armées russes qui ont été tués, la plupart d’entre eux étaient des pilotes de combat.
Poutine est intervenu tôt à la télévision pour dénoncer ce qui se passait, sans nommer qui que ce soit. Appelant à l’unité nationale et dénonçant les irresponsables qui ont fomenté cette sorte de coup d’État, ou plus exactement de rébellion à l’africaine. Et a fait lancer un mandat d’arrêt contre Prigojine.
À la demande de Poutine, semble-t-il, et au moins avec son accord, Loukachenko le président de la Biélorussie a pris l’affaire en main et l’a rapidement réglée. Appuyant sur le refus que des Russes puissent tuer d’autres Russes. Du moins est-ce réglé pour l’essentiel.
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Les « wagneriens » qui se dirigeaient vers Moscou ont finalement rebroussé chemin. Au grand dam des otaniens et de la propagande occidentale. Car il faut dire que pendant la journée d’hier Prigojine, jusque là l’affreux méchant, était devenu instantanément le nouvel héros, ou plus exactement le nouvel héraut, la coqueluche des crétins du monde dégénéré. Zèle-en-ski, Khodorkovsky, l’oligarque russe exilé à Londres, se ralliant à lui. Par contre, en Russie, tous les dirigeants et personnalités éminentes ont exprimé leur soutien au Commandant en chef suprême et condamné la rébellion.
Podolyak, journaliste, politicien, conseiller du chef de l’administration présidentielle de Kiev, était mécontent que Yevgeni Prigojine ait décidé d’arrêter la rébellion. Ces gens rêvent éveillés. Ainsi, a-t-il écrit sur twitter :
« Le choix phénoménal de Prigojine… Vous avez presque annulé Poutine, pris le contrôle du gouvernement central, atteint Moscou et soudainement… battu en retraite. Parce qu’un intermédiaire très spécifique, à la réputation douteuse [Loukachenko], a promis des garanties de sécurité de la part de la personne qui a ordonné votre destruction ce matin [Poutine] Et pour la peur que l’élite de Poutine a éprouvée au cours des dernières 24 heures, cet ordre sera définitivement exécuté ».
Tandis que pour plaisanter, Katya Kopylova écrivait : « Selon nos sources, Macron essaierait toujours de joindre Prigojine. » Et que, je reprends un commentaire « Washington, qui ne comprend rien et qui est très lent à se mettre à la page, déclare, alors que l’histoire est finie, réfléchir à suspendre les futures sanctions contre les entreprises mercenaires russes. Les imbéciles occidentaux ont cru que Wagner et Prigojine travaillaient pour eux. »
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Déjà en certains lieux les autorités avaient fait creuser des tranchées sur la route vers Moscou pour arrêter le convoi. D’autres, des policiers, avaient réquisitionné des camions et les avaient disposés en travers de la chaussée. Enfin, certains s’activaient. En vain donc, ou du moins inutilement, finalement.
Dans l’immédiat, aux dernières nouvelles, Prigojine a affirmé que Wagner était retourné dans son campement en République Populaire de Lougansk « conformément au plan ». Effectivement, il n’y aurait plus ni Prigojine ni de troupes de Wagner dans le QG de Rostov qu’ils avaient investi. Les restrictions sont levées un peu partout en Russie. Et selon certains, les magasins qui avaient retiré les gadgets de Wagner de la vente, les ont déjà remis en vente. Et « la population rigole de tout ce cinéma, la journée s’est passée comme si ce genre d’événements était parfaitement normal. »
Par ailleurs « la gendarmerie remballe ses 2 ou 3 véhicules à Moscou. Si vous pensez qu’un vrai putsch n’aurait vu qu’un si faible déploiement… » Et d’autres rapportent « que les imbéciles (à moins qu’ils faisaient partie des acteurs de la pièce de théâtre) qui ont creusé les routes rebouchent les routes… » Routes vitales pour approvisionner les troupes russes en Ukraine, et qui doivent être rétablies au plus vite.
On s’interroge : « Et les policiers « courageux » qui ont fait mettre des camions en travers des routes en piquant les clés aux chauffeurs, avant de s’enfuir en courant par crainte de rencontrer Wagner, vont-ils rapidement retrouver les bons chauffeurs, les bons camions, les bonnes clés ? »
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Le résultat, politiquement parlant, pourrait être, semble être le suivant :
Les procédures pénales contre Prigojine sont levées et il partira en exil « volontaire » en Biélorussie. Quittant probablement le poste de chef de son entreprise militaire.
« Le Vieil Homme » (surnom affectueux donné à Loukachenko) connaît bien son homme ; en effet Wagner, ou plus exactement Prigojine (déjà) a été au centre d’un complot en Biélorussie en 2020, qui s’était dégonflé et avait permis de changer la politique biélorusse, mais j’ignore en quel sens.
Et d’après Peskov, qui est le secrétaire de presse de la présidence russe, même les Wagnériens qui ont participé à (finalement) cette mascarade, ne seront pas poursuivis.
Étant entendu, semble-t-il également, que le Groupe Wagner en Russie ne soit dissout et ses membres intégrés à l’armée régulière. Comme ça a pu être le cas pour d’autres organisations para-militaires russes, ce à quoi Prigojine se serait opposé jusqu’à maintenant. Il semble même que ces derniers temps, le ministère de la Défense russe avait envisagé de couper les vivres (munitions, finances ?, etc.) au Groupe Wagner, autre éléments de révolte prigojienne.
Le Groupe Wagner pourrait, on le dit, se recentrer exclusivement sur l’Afrique et le Proche-Orient. Ainsi, apprend-on que la semaine dernière, Wagner recherchait des traducteurs de l’arabe et du français, arabe pour le Proche-Orient, français pour les pays francophones d’Afrique.
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Autrement, les paris sont ouverts pour savoir qui pourraient prendre leur suite, si suite il y a de Choïgou et Gerasimov.
On avance les noms de Dioumine, le vice-ministre de la Défense de la Fédération de Russie et de Matovnikov, ce général connu pour s’être illustré au mois de mars, en se montrant nu sur Internet, en train de danser dans sa chambre d’hôtel !
Mais beaucoup de commentateurs pensent que cela ne pourrait pas changer grand-chose par rapport à une certaine inertie bureaucratique ; Et que si Choïgou et Gerasimov sont virés, ils n’y gagneront qu’une retraite très honorable ou dorée.
Ce qui présentement ne semble pas être encore à l’ordre du jour. Choïgou et Gerasimov ayant été d’ailleurs totalement absents des media hier. Et présentement également. Laissés à l’écart.
Autre remarque : les alliés les plus proches de la Russie dans son environnement immédiat, se sont bien tenus et se sont montrés loyaux, Erdogan par exemple, et Loukachenko bien évidemment. Mais d’autres aussi dans des pays limitrophes de la Russie.
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Laissons une première conclusion à Medvedev :
« Maintenant, la chose la plus importante pour vaincre l’ennemi extérieur et intérieur, qui a faim de déchirer notre patrie, pour sauver notre État, c’est de se rallier autour du président, le commandant suprême des forces armées du pays. Scission et trahison – le chemin vers la plus grande tragédie, une catastrophe universelle. Nous ne le permettrons pas. L’ennemi sera vaincu! La victoire sera à nous ! »
En constatant que pour l’instant, Vladimir Poutine n’aurait pas prévu de s’adresser au peuple russe ; comme dit un commentateur : « ce serait tout de même la moindre des choses pour expliquer la fin de l’histoire à ceux qui n’ont pas compris ; à moins que tout le monde ait compris. »
D’autant qu’un autre dit fort justement : « Nous pouvons aussi être extrêmement consternés par le niveau de crédibilité de la politique russe, après un tel cirque, le pire qui puisse arriver à un État. » Et que de nombreuses voix ne cessent de répéter, depuis au moins le début de l’Opération Spéciale, que du point de vue de la communication vers le public et vers le monde, tout n’est pas parfait en Russie.
En attendant, comme le rappelle un autre commentateur : « les services russes ont également pu passer la journée à identifier les traîtres qui restaient en Russie (cinquième colonne), comme on l’avait prévu. » En particulier tous les services de presse et les journalistes qui soutenaient le coup d’éclat de Prigojine. Tandis que d’autres personnages, plus prudents, se carapataient, quittant Moscou en avion.
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Et laissons une seconde conclusion à Kadyrov, le président tchétchène qui résume assez bien ce qui s’est passé.
« Je pensais que certaines personnes pouvaient se faire confiance. Qu’elles aiment sincèrement leur Patrie en vrais patriotes jusqu’à la moelle des os. Mais il s’est avéré que pour des ambitions personnelles, des avantages et à cause de l’arrogance, les gens ne se soucient pas de l’affection et de l’amour pour la patrie.
« J’ai parlé avec Prigojine, l’ai exhorté à abandonner ses ambitions commerciales et à ne pas les mélanger avec des questions d’importance nationale. Je pensais qu’il m’avait entendu, mais il s’avère que cette colère en lui pendant tout ce temps n’a fait que croître.
« Une chaîne d’accords commerciaux infructueux a provoqué un ressentiment profond et durable chez l’homme d’affaires, qui a atteint son apogée lorsque les autorités de Saint-Pétersbourg n’ont pas fourni à sa fille le terrain souhaité. [sic!]
« L’arrogance d’une seule personne pourrait avoir des conséquences aussi dangereuses et entraîner un grand nombre de personnes dans le conflit.
« J’appelle tous les combattants du PMC [Wagner] à continuer à être sobres dans leurs décisions. Pensez à l’avenir du pays, à vos familles et à vos enfants. De telles actions peuvent conduire à des résultats désastreux. Maintenant, tout s’est terminé paisiblement, sans effusion de sang, [ce qui est un peu faux quand même] mais cela pouvait arriver. La mesure extrême serait la répression brutale et la destruction de quiconque porte atteinte à l’intégrité de la Fédération de Russie. »
Il faut savoir que des bataillons tchétchènes avaient rejoint, de deux directions opposées, les abords de la ville de Rostov-sur-Don prise en otage par Prigojine. Et étaient près à intervenir contre Wagner.
* Certains disent que ce serait une erreur d’appeler les mercenaires (qui pour un bon nombre sont des repris de justice) « les musiciens », car le Wagner dont il est question ne serait pas Richard mais un certain Robert qui dirigea le SAIMR pendant la guerre froide. Le South African Institute for Maritime Research, une organisation de mercenaires d’Afrique du Sud du temps de l’apartheid.
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