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SUR L’OFFENSIVE UKRAINIENNE

11 juin 2023

Analyse de ce jour d’Erwan Castel

Voilà une semaine que l’offensive ukrainienne a débuté, avec 12 brigades dirigées sur 4 axes différents et, mis à part quelques centaines de mètres conquises sur le front de Zaporodje et sur le flanc Nord d’Artemovsk, force est de constater que la défense russe a su tenir en échec, et sur sa première ligne, les assauts blindés ennemis pourtant appuyés par d’intenses préparations d’artillerie.

Et même les observateurs occidentaux reconnaissent l’efficacité de l’armée russe.

Qu’une première ligne réussisse à résister pendant une semaine à des bombardements et des assauts blindés ennemis ininterrompus, souvent localement supérieurs en nombre et sur un terrain aussi ouvert que la steppe de Zaporodje est un exploit militaire incontestable !

Car dans l’art opératif militaire classique, la 1ère ligne de défense est prévue pour encaisser et freiner le choc ennemi dans la profondeur du dispositif défensif où sont organisées les contre attaques.

Pourquoi donc un tel succès ?

Trois éléments de réponses me semblent intervenir pour tenter d’expliquer cet enlisement dans le sang de l’offensive ukrainienne.

1 La qualité opérationnelle russe,

2 L’impréparation au combat ukrainienne,

3 les nouvelles technologies de combat


1 / LA QUALITÉ COMBATIVE RUSSE

Ici nous sommes dans le domaine du mental individuel et de la psychologie collective.

Le soldat russe est connu pour disposer de ressources morales supérieures servies par une rusticité et une résilience culturelles, et qui s’expriment d’autant plus lorsque la situation est très difficile.

Rajoutez à cela l’expérience du combat, la préparation des positions défensives, l’armement moderne et les appuis feu….

2 / L’IMPRÉPARATION UKRAINIENNE

Les forces ukro-atlantistes semblent, dans une addiction au progressisme, avoir trop misé sur la modernité des matériels de l’OTAN pour précipiter une offensive dans un raisonnement plus politique que militaire.

A – une offensive orpheline

L’État Major de Kiev a dispersé ses premiers assauts sur 4 axes, pour épuiser sur un front large la défense russe et/ou y fixer ses réserves, avant d’y lancer le gros de ses forces (ou sur un autre front pour rechercher l’effet de surprise).

Cette stratégie serait payante si elle disposait d’appuis aériens puissants et précis. Or les F 16 ne sont pas attendus avant 3 mois.

Résultat : aujourd’hui, l’offensive ukrainienne est vouée à l’échec faute d’avions et le sera à nouveau demain faute de blindés.

B – une offensive chaotique

Dès les premières heures de l’offensive on a vu des destructions de colonnes ukro-atlantistes par une défense russe articulée principalement autour du quatuor artillerie, aviation tactique, drones suicides et équipes antichars, et dans un terrain ouvert particulièrement avantageux. Ceci n’étant pas sans rappeler les déconvenues subies par les russes en février et mars 2022 au Nord de Kiev.

Mais il y a aussi dans cette offensive ukro-atlantiste un manque de préparation au combat des équipages ukrainiens.

Les pertes subies dans les embuscades défensives russes ou les champs de mines, vont pousser l’État Major ukro-atlantiste à engager prématurément les chars lourds qu’il réservait pour son poing blindé majeur à venir. Mais sans obtenir de résultats !

C’est ici qu’apparaît la différence entre la formation au maniement des armes et leur maîtrise opérationnelle au combat. Ainsi par exemple les équipages ukrainiens des Bradley (47e brigade) qui n’ont reçu que 5 semaines de formation à Grafenwehr en Allemagne ont été complètement paniqués dès les premiers combats, augmentant drastiquement leurs pertes par des réactions désordonnées et suicidaires.

Résultats : dès l’engagement des blindés de l’OTAN le 7 juin, plus de 10 % des véhicules de combat d’infanterie M2 Bradley et 20 % des chars Leopard 2A6 livres à Kiev ont été détruits en 48h.


C – une offensive suicidaire

Cette offensive ukro-atlantiste s’avère, au vu des pertes subies, complètement suicidaire, ce qui ne peut s’expliquer que par une rage mêlée de désespoir ou le choix criminel de sacrifier un maximum de soldats dans un rapport disproportionné, pour un objectif politique international arrogant.

Le camp ukro-atlantiste semble jouer ici une espèce de quitte ou double avec le sang des soldats ukrainiens.

Deux questions se posent ici :

Jusqu’où la population ukrainienne va t-elle accepter d’être l’idiot utile sacrifié sur l’autel de la marchandise occidentale ?

Jusqu’où l’OTAN va soutenir les forces ukrainiennes dans cette guerre contre la Russie et vouée à l’échec ?


Mais revenons au domaine militaire…


3 / UNE GUERRE D’UN NOUVEAU TYPE

Même si nombre de technologies militaires modernes étaient déjà connues avant 2022, c’est la première fois qu’elles sont engagées révolutionnairement dans un conflit de haute intensité.

Ici l’armée russe a montré sa capacité à réagir et à s’adapter aux technologies modernes jusqu’à les intégrer pleinement de la production industrielle jusqu’aux procédures de combat tactiques.

Missiles de croisière ultra modernes, bombes classiques modifiées, équipements de vision et conduite de tir, protections nouvelles des blindages…. depuis un an la Russie a réalisé un retour d’expérience et des révolutions audacieuses qui lui donnent aujourd’hui une supériorité tactique et technologique à laquelle se rajoute une expérience du combat exceptionnelle.

Le progrès le plus important et fulgurant est sans conteste la numérisation russe du champ de bataille. En un an on a vu une armée russe encore paralysée par l’obsolescence d’une chaîne de commandement verticale et bureaucratique évoluer vers une réseau de renseignements et de décisions horizontal et immédiat permettant de réagir en temps réel à l’ennemi avec notamment la révolution des drones.

Pour conclure concrètement :

Il est possible que la 1ère ligne russe cède à certains endroits face aux assauts répétés des forces ukro-atlantistes (plusieurs petits replis tactiques ont déjà été observés), mais cela n’est pas un problème sur le plan stratégique.

La mission des unités russes ayant encaissé le choc initial est largement remplie : évaluer les forces ennemies et les épuiser tellement qu’elles [les forces ennemies] ont du engager prématurément leurs réserves principales.

De leur côté les Russes n’iront pas se sacrifier inutilement dans des encerclements qu’ils peuvent éviter. Au contraire, il est probable que lorsque les ukro-atlantistes jetteront toutes leurs réserves dans la batailles ils cèdent volontairement du terrain pour les laisser entrer dans la profondeur de leur dispositif de défense, jusqu’à Tokmak par exemple [cité située au Sud du front de Zaporojié], où sera alors engagé la destruction totale du corps de bataille ennemi dans les sacs,à feu des canons des drones et des avions…

From → divers

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