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Courts portraits d’humanoïdes (page de souvenirs)

30 Mai 2023

Je ne sais pas pourquoi cela me vient à l’esprit ce matin, mais bon, c’est comme ça.

Autrefois, lorsque j’étais incarcéré comme esclave salarié, finalement consentant, dans une administration qui n’était autre que la Sécu, j’ai connu, disons j’ai croisé de loin quelques hommes « de l’autre bord » qui se remarquaient ou plus exactement se démarquaient d’autant plus qu’en ce milieu, la part des hommes pour les femmes était de l’ordre d’un sur dix, voire moins encore. Ce qui n’est plus tout à fait le cas de nos jours, où la concurrence entre les hommes et les femmes est plus vive sur le marché du travail … et du chômage. Et des emplois déqualifiés ou peu qualifiés, y compris dans les bureaux.

Par contre, moi, il n’est arrivé de travailler uniquement avec des femmes. Et c’est là que j’ai vraiment découvert que ces dernières pouvaient être aussi … en va dire … pénibles, pour ne pas trop en rajouter, que les hommes. Au moins autant que les hommes, mais peut-être pas de la même manière.

J’y ajouterais bien : une forme de mesquinerie, quand souvent mais pas toujours les hommes peuvent être plus directs, plus grossiers, plus agressifs, ou moins tordus. Ou disons, pour le dire d’une manière plus neutre : n’ayant pas les mêmes centres d’intérêt. Et les mêmes modes réactionnels.

En fait, il y avait essentiellement des hommes aux postes de cadres et de petits chefs, mais pas que. Et donc il m’est arrivé de travailler en compagnie d’un « homo » comme on dit maintenant, mais ce mot n’était pas encore à la mode en ce temps-là. Celui-ci, je lui avais trouvé des manières un peu précieuses, mais sans plus, ce qui est sûr est qu’il ne respirait pas la joie de vivre. N’ayant pas grand-chose à dire. De la société ou de lui-même. Semblant faire son travail mécaniquement. Encore plus mécaniquement que les autres ou que moi.

Il a changé de bureau, je l’ai perdu de vue et j’ai appris des années plus tard qu’il ne travaillais plus, dépressif si j’ai bien compris. On m’a dit qu’il vivait avec un plus vieux que lui de vingt ou trente ans. J’en ai conclu qu’il avait dû le connaître tout jeune ; quand je l’ai eu comme collègue, il était encore dans la vingtaine.

Une collègue partie en retraite il y a plus de vingt ans aujourd’hui, personnage curieux (elle vivait avec un ancien gendarme ou policier, je ne sais plus trop, paraît-il totalement alcoolo marchant au « p’tit jaune » dès le matin, et elle nous racontait ses exploits consistant à partir sur des quatre-voies en voiture, là où il y a des aires d’arrêt, et d’y draguer des mecs) nous dit un jour, évoquant cet homme : « On parlait de nos enfant entre nous, et une fois je lui ai dit : « et vous Michel, vous avez des enfants ? », tout le monde a eu l’air surpris par ma question, j’ignorais hein ! je n’étais pas au courant ; et lui est resté en arrêt, et m’a regardé d’un air… sans rien dire ».

Un autre du même genre était plus remarquable car lui, il exhibait des cheveux teints en jaune assez longs et avait un côté excentrique. Il l’avait dit et le répétait à un tas de gens : « Je ne passerai pas trente ans, je partirai avant ».

Effectivement. Enfin, il faut dire au préalable que sa principale activité hors salariat était apparemment la drogue. Un jour, un peu avant trente ans, il a mis sa sentence à exécution. Il a été retrouvé mort chez lui par sa voisine de palier qui était également une de ses collègues de travail, qui avait un double de sa clé d’appartement et s’inquiétait de ne pas l’avoir vu au turbin.

Celui-ci je ne l’ai jamais vu que de vraiment très loin, mais il y en avait un troisième, lui aussi excentrique. Il ne se teignait pas les cheveux en jaune, mais se faisait faire régulièrement des frisettes dans sa chevelure abondante et était, et est sans doute encore, ce qu’on appelle « une grande folle ».

Maniéré à souhait comme dans La Cage aux Folles, des mains, du visage, prenant la pose, tortillant même du popotin jusque dans la rue. Une caricature volubile et infatuée d’elle-même. Frivole et faisant dans le futile, du moins lorsque je l’ai entendu parler du côté de la « cafette ». Très aimé de beaucoup de femmes avec lesquelles il partageait ses conversations de « shopping » : « Ô, je suis allé dans ce petit magasin, je ne sais pas si tu connais, c’était trop chou, j’y ai trouvé ma chemise, tu sais celle que j’avais hier, ma belle blanche, enfin un peu crème, et pas très chère en plus. »

Je n’ai jamais échangé un seul mot avec lui. Mais c’est encore la même collègue dont j’ai dit quelques mots plus haut, qui l’avait bien connu au boulot lui aussi et qui nous disait que celui-ci, qui s’appelait également Michel, s’était fait la spécialité, le lundi matin, de raconter ses exploits de drague et de rencontre de boîtes de nuit à tout son entourage, sans vraiment aucune gêne ni retenue. Mais celui-là ne se droguait pas je pense. Le sexe sans doute obsessionnel et la parure, la parade semblait lui suffire.

Dernière remarque : je n’ai jamais vu l’un ou l’autre de ces personnages ensemble. Je crois même me rappeler qu’il se disait que les deux excentriques ne s’appréciaient pas l’un, l’autre.

From → divers

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