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MA fRANCE À MOI

12 août 2022

Il circule sur Facebook un texte de Pépé, Pierre Perret ; qui nous explique en long, en large quelle serait sa France ou plus exactement sa république à lui.

J’en ai pris connaissance par un article de ces jours derniers paru sur E&R : « Ma France à moi : Pierre Perret élevé au grade de Grand Lèche-cul de la République ». (https://egaliteetreconciliation.fr/Ma-France-a-moi-Pierre-Perret-eleve-au-grade-de-Grand-Leche-cul-de-la-Republique-69174.html) Pour l’essentiel (la lettre et l’article), j’y renvoie. Je ne vais pas tout redire.

Mais pour l’accessoire, j’ai quelques mots à ajouter et je voudrais m’attarder sur certains points particuliers qui montrent que ce comique est parfaitement intégré à ce monde ignoble contemporain.

Comme le dit cet article : « On peut avoir été un sympathique chanteur populaire (dans les années 60), pondre des chansons reprises par tous les mômes dans les colos et, l’âge aidant, ou n’aidant pas, sombrer dans le républicanisme le plus vil. Pour cela, il faut redéfinir « la République », dans la bouche des bien-pensants : c’est l’antiracisme, le charlisme, en clair l’idéologie socialo-sioniste. » C’est ce qui ressort des propos de Pépé qui n’est pas la Pépée de Ferré, mais plus prosaïquement un « boumeur » vulgaris qui a toujours été poussé par le vent idéologique dominant.

Facétieux dans les années cinquante/soixante (« Au tord-boyaux, le patron s’appelle Bruno » ; « Tonton Cristobal »), libéré quand c’était la mode (Le Zizi) ; et antiraciste imperturbable depuis. Entendons-nous sur le mot « antiraciste ». Cela ne coûte rien, mais ça rapporte beaucoup d’écrire une chanson comme « Lily », tout en ne dénonçant jamais — étant dans l’aisance soi-même — la misère autochtone et pré-existante même à l’arrivée massive d’étrangers. Et tout empli de « bons sentiments », grassement complaisant pour tout le fumisme du mondialiste ambiant, premier responsable du triste état de notre pays..

Ce type me fait penser, en plus vieux, à « Monsieur Batignolles », je veux parler de Jugnot qui a fait une partie de sa carrière sur les bons sentiments, lui aussi, surtout ceux qui ne coûtent rien et qui n’engagent à rien. Douillettement, facile de pleurer sur des morts. Et d’en faire son beurre.

Pour le dire autrement : facile de faire pleurer sur ce qui est mort depuis longtemps que sur ce qui fait encore grincer des dents. Ou polémique virulente.

Devenu sérieux comme un pape, se prenant très au sérieux, après avoir fait le pitre, Pépé n’a même pas été capable de nous faire une chanson comme « La Tondue » de Brassens. Mais a fini par nous abreuver de bons sentiments, toujours inutiles. On a jamais fait de l’Art avec des bons sentiments. N’est-ce pas Ferdinand (que Perret évite surtout de nommer dans son panégyrique de conformisme français)  ?

Comme Monsieur Batignolles a été incapable de réaliser un film tels « La Grande Vadrouille », « La Septième Compagnie », et tant d’autres du même genre, ou encore moins « Uranus », l’adaptation du livre cinglant d’un vrai rebelle (Marcel Aymé) sorti dès 1948, donc « à chaud » encore.

Pépé tient aujourd’hui les propos les plus conformistes qui soient sur le monde présent. En ignorant la misère, les misères présentes et manifestes, non pas celles liées à son antiracisme et antifascisme de pacotille, mais celles réelles de la masse des Français ordinaires, courants et de souche, comme on dit.

Sans parler de son anti-antisémitisme confortable et convenu qui ne mange pas de pain, sans doute lié au pedigree de son épouse. D’ailleurs, il est amusant de constater qu’il dénonce la violence, mais qu’il oublie de parler de celle de ses potes, les prétendus « anti-fa ». Il aura été dit-on favorable aux Gilets Jaunes. Mais depuis, la covid l’a fait rentrer dans le rang définitivement.

Pépé disserte aujourd’hui sur les vertus de Charlie, ou du Canard enchaîné. Mais c’est le type trop fourbe pour reproduire en chanson les çonneries racistes à l’encontre des musulmans et des arabes de Charlie. Titre qui n’a plus rien à voir avec ses origines. C’est le type qui voit même dans le Canard Enchaîné de l’impertinence, alors que cette gazette en est dépourvue depuis plusieurs décennies. Et a sombré au niveau des jeux de mots de l’Almanach Vermot. Et c’est celui qui ose mettre, aux côtés de ces titres médiocres, L’Assiette au Beurre.

C’est le type qui nous fait une liste de tous les poncifs et les pontifes de la littérature consacrée, mais qui oublie de citer les vrais rebelles et vrais « indéfendables » dans l’air du temps actuel. Ce qui montre ses limites et ses lâchetés de conformiste douillet. En cela c’est un rebelle d’opérette, comme il en est des comiques de notre temps terriblement minables. De ce temps contemporain qui interdirait à Coluche et Desproges, ou encore à des gens vraiment impertinents comme Jean Yanne, de réellement s’exprimer.

Dire « zizi » ou « bite » n’a jamais rien eu de rebelle. Raconter la réalité d’un boui-boui non plus. Dire des mots d’argots ou des gros mots, ce peut être cocasse, rigolard, amusant ; mais cela ne va pas plus loin. Du moins chez lui, où s’en est l’alpha et l’oméga. Il évoque les poètes, mais n’en a pas le talent. Et ne conteste en rien la société. C’est tout la différence entre un Pépé ou un Rabelais, par exemple, qui fut bien autre chose qu’un simple amuseur et eu bien des problèmes, un temps, avec les z-autorités.

Un anonyme sur Internet commente : «  Pour sa prochaine chanson « engagée », je propose une reprise du « Zizi » en duo avec Zelensky au piano. Z’en pensez quoi ? »

Comme l’écrit ce même article d’E&R :

« Là, le barde de la République sort sa harpe et nous coule un poème à la gloire de la pensée unique, tout en jouant au révolté, à l’insoumis, au résistant. Une posture qui résume parfaitement l’esprit d’aujourd’hui, celui des rebelles soumis au Système, des rebelles systémo-compatibles. »

Je ne vais pas multiplier les exemples.

«Ma France à moi, nous dit Pépé, c’est la France des « Enfants du Paradis » et des « Enfants du Vel d’hiv » […] celle de la paillardise aussi bien que celle du « chant des partisans ». Comme ajoute E&R : « Pépé se place du côté des résistants, mais ça ne vaut que pour hier, pas pour aujourd’hui. C’est nettement plus confortable. »

Et il se targue de parler pour « la France qui combat tous les totalitarismes, tous les racismes, tous les intégrismes, l’obscurantisme et tout manichéisme ».

Vraiment tous et ceux qui sévissent actuellement en France ? Il ne les voit pas, je suppose.

Je ne sais pas, mais pense-t-il sincèrement ce qu’il énonce lorsqu’il ose conclure en disant : « Eh oui ! Ma France est une France libre, fraternelle et éternellement insoumise aux dictats de la « bien-pensance ».

À propos de diktats, reprenons un autre passage de l’article d’E&R :

« Il était où pendant la tyrannie républicaine ? Ah, il a fait une chanson contre, d’accord… Eh bien, on va l’écouter. [ …] C’te violence contre la tyrannie, il y a le mot «couillons» pour qualifier ceux qui ont géré les masques. La tyrannie, avec Pépé, n’avait qu’à bien se tenir, en juin 2020. D’ailleurs, elle s’est très bien tenue. Début 2021, Pépé a tenté une critique du covidisme, mais qui reste au niveau du poil-à-gratter : À l’Élysée, la famille Tuche / Ils nous ont pris, pour des nunuches / Vérantanplan, et Salomon / Ils nous ont pris, pour des couillons ! » Voilà, tout est dit sur le confinement.

Mais ce qu’il a « exprimé » de « mieux », c’est lorsqu’il a déclaré, quand la mode est passée à la piquouse : « Celui qui ne se fait pas vacciner [sic] c’est un beau crétin ». Pas mal pour celui qui condamne la soumission et la bien-pensance ! Et la liberté individuelle, semble-t-il. Contre toutes les tyrannies et les oukases liberticides. Drôle de tendre… Lui, Pépé qui chantait autrefois : « Ouvrez la cage aux oiseaux » !

Ce qui finalement n’est pas différent de l’ex-comique qu’est devenu Bourdon — fort heureusement, le bourdon bourdonne en vain, mais ne pique pas — qui a traité les « non-vaccinés » de  « pauvres connards ». Lui sans doute étant de la catégorie d’excellence, celle de « super gros beauf ».

Petite anecdote finale glanée également sur Internet, fournie par un certain Jacques :

« Dans les années 70, un copain de mon frère [qui est plombier comme lui] travailla pour Pierre Perret. Quand il présenta la facture, assez conséquente, le gentil troubadour, si proche du peuple, lui dit : «Hé ! ho ! mon pote pas à moi. Quand tu vas dire que tu as travaillé pour moi, avec la pub que cela te fera, tu vas engranger à la pelle, alors ta note, s’il te plaît, à d’autres que moi».

« Réponse du copain : « hé ! Ho ! le comique, avec les gnons que je vais te foutre, t’es pas près, ni de chanter ni de danser sur les planches, et cela servira d’exemple pour d’autres qui essayeraient de me refaire ».

« Sur quoi le Pierrot sortit son chéquier en grimaçant, en se fendant d’un : « C’était une boutade ; vous n’avez pas le sens de l’humour ».

« Réponse finale de l’artisan : « Peut-être pas le sens de l’humour, mais de mes affaires ; et je ne vous dis pas au revoir ».

« Cette histoire je la connais par cœur, car mon frère aîné la sortait à chaque fois qu’il entendait des louanges sur le bon Pierrot, si populaire et proche du peuple ».

Il faut savoir aussi que derrière sa gueule, non pas de métèque mais d’autochtone, poupon, joufflu, goguenard, il peut se cacher quelqu’un qui n’a pas toujours été fâme (l’inverse d’infâme) avec certains de ses confrères, tel Brassens qui l’a pourtant aidé à démarrer, mais qu’il semble avoir renié par la suite, dans ses souvenirs imprimés, lui accordant une jalousie à son encontre qui n’existait pas et qui s’est terminée au tribunal il y a quelques années, dans un procès en diffamation gagné finalement par Pépé ; Guy Béart ayant mis trop d’ardeur (selon le tribunal) à défendre l’honneur de Brassens.

(Béart, Brassens et Perret, trois « chanteurs à guitare ». La guitare est quasiment le symbole de la chanson des Trente Glorieuses. Dont la gloire est bien éteinte aujourd’hui. Y compris dans le domaine de la chanson)

Mais ceci n’a sans doute pas été vain car cela a permis de dévoiler, en partie du moins, le fond de ce faux gentil, et plus encore faux rebelle. Qui n’en a jamais eu la carrure. Ou qui n’a jamais été qu’un rigolo, dans tous les sens du terme.

Et dont la rébellion ne s’est jamais située qu’au niveau de chansonnettes aux propos cocasses, romances à gros mots et paillardises convenues et ennuyeuses, ou tendres ritournelles (« Mon p’tit loup ») d’une « gluance » trop gentille et trop obséquieuse pour être honnête. Se méfier toujours des obséquieux qui de fait ne sont jamais très loin de la démagogie, ou du mensonge.

« L’adorable, le gentil Perret, tout le monde lui a foutu la paix pendant des années, lui et ses rodomontades. Même lorsqu’il s’attribuait l’étiquette de « Pierrot la tendresse » en la chapardant ailleurs. Jusqu’à ce jour de 2008 où il a publié un livre, A cappella, dans lequel il a dit un peu de mal de tout le monde, de moi compris. Et aussi de Brassens. Perret n’a jamais cessé de mentir sur sa prétendue gentillesse. Et il a fini par se dévoiler. » (Guy Béart cité par Dominique de Laage, in « Béart sans pitié pour Perret  » ; Le Nouvel Observateur du 23/03/2011).

Et ces temps derniers, Béart mort, il s’en est dévoilé encore plus clairement.

From → divers

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