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EUGÉNIE BUFFET

17 janvier 2022

1866 – 1934

La plupart des enregistrement de cette chanteuse sont tardifs

À SAINT LAZARE, chanson d’Aristide Bruant (1851-1925) ; dans l’une des diverses versions de cette chanson

C’est de la prison que j’t’écris,
Mon pauv’ Polyte,
Hier je n’sais pas c’qui m’a pris,
A la visite
C’est des maladies qui s’voient pas
Quand ça s’déclare,
N’empêche qu’aujourd’hui j’suis dans l’tas…
A Saint-Lazare !

Vrai, d’te savoir comm’ça, sans l’sou,
Je m’fais une bile !
T’es capab’ de faire un sal’coup,
J’suis pas tranquille.
T’as trop d’fierté pour ramasser
Des bouts d’cigare,
Pendant tout l’temps que j’vas passer,
A Saint-Lazare !

Va-t-en trouver la grand’ Nana,
Dis que j’la prie
De casquer pour moi, j’y rendrai ça
A ma sortie.
Surtout n’y fais pas d’boniments,
Pendant qu’je m’marre
Et que j’bois des médicaments,

À Saint-Lazare !

Et p’is, mon gros loup, bois pas trop,
Tu sais qu’t’es teigne,
Et qu’quand t’as un p’tit coup d’sirop
Tu fous la beigne;
Si tu t’faisais coffrer, un soir,
Dans une bagarre,
Y a pus personne qui viendrait m’voir
A Saint-Lazare !


J’finis ma lettre en t’embrassant,
Adieu, mon homme
Malgré qu’tu soy’ pas caressant,
Ah ! J’t’adore comme
J’adorais l’bon Dieu comme papa, quand j’étais p’tite
Et qu’j’allais communier à Saint’-Marguerite.

1 – décavé : ruiné, sans le sou, sans force.

2 – linvé : « vingt » en verlan ; désigne la pièce de un franc, autrement dit de vingt sous, soit bien peu d’argent.

MA CHANSON de ?

J’ai chanté les gueux et les filles
Tous les purotins (1) du trottoir
Dont le cœur bat, sous les guenilles
D’amour, de jeunesse et d’espoir
Il faut bien que des voix s’élèvent
Parmi les rumeurs et les cris
Pour clamer les joies et les rêves
De la misère de Paris

J’ai chanté comme une cigale
Sœur pauvre des déshérités,
Laissant aux fourmis la fringale,
De l’argent et des vanités.
J’ai chanté de toute mon âme
A l’âge de Mimi Pinson
J’avais donné mon cœur de femme
A la chanson

J’ai, dans les cours faisant la quête,
Rendu tous les pipelets fous
Les coups de balai sur ma tête
Pleuvaient plus souvent que les sous,
Des bobards tombaient des fenêtres
Sans interrompre mon refrain
Car je pensais « De pauvres êtres
Par ma chanson, auront du pain ».

J’ai chanté comme une cigale
Même sous la neige, l’hiver
Et quand je n’avais qu’un vieux châle
Contre les morsures de l’air
Quelquefois s’éraillait ma gamme
Mais je n’avais pas le frisson
Je me réchauffais à la flamme
De ma chanson.

En trinquant à la régalade,
J’ai bu le pinard des poilus,
Je crois bien que plus d’un malade
En m’écoutant ne souffrait plus,
Ils m’ont nommée leur caporale
Les doux et braves petits gars
C’est un titre que rien n’égale
Parmi les honneurs d’ici-bas.

J’ai chanté comme une cigale
Parce que c’était mon destin
Sous le soleil, sous la rafale
Dans le soir et dans le matin
Et quand s’éteindra la camoufle (2)
Telle un oiseau dans le buisson
Je dirai, dans un dernier souffle,
Une chanson.

—————
(1) qui vit dans la misère
(2) chandelle

LA SÉRÉNADE DU PAVÉ, chanson, paroles et musique, de Jean Varney, créée en 1892 (enregistrement de 1929 ou 1933)

Si je chante sous ta fenêtre,
Ainsi qu’un galant troubadour
Et si je veux t’y voir paraître,
Ce n’est pas, hélas, par amour.
Que m’importe que tu sois belle,
Duchesse, ou lorette aux yeux doux
Ou que tu laves la vaisselle,
Pourvu que tu jettes deux sous.

Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j’ai si souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais-moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j’ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue.

L’amour, vois-tu, moi, je m’en fiche.
Ce n’est beau que dans les chansons.
Si quelque jour, je deviens riche,
On m’aimera bien sans façon.
J’aurais vite une châtelaine
Si j’avais au moins un château
Au lieu d’un vieux tricot de laine
Et des bottines prenant l’eau.

Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j’ai si souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais-moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j’ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue.

Mais ta fenêtre reste close
Et les deux sous ne tombent pas.
J’attends cependant peu de choses.
Jette-moi ce que tu voudras.
Argent, pain sec ou vieilles hardes,
Tout me fera plaisir de toi
Et je prierai Dieu qu’il te garde
Un peu mieux qu’il n’a fait pour moi.

Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j’ai souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais-moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j’ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue…

From → divers

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