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La toute première recension de «Vanessavirus», de Gabriel Matzneff

10 mars 2021

Publié le 10 mars 2021 par defensededavidhamilton

Mai 1990, avec un article sur « Gabriel Matzneff, un libertin en question »

Dans son numéro  de mai 1990 (voir image, plus haut), le Figaro Magazine publiait un article sur « Gabriel Matzneff, un libertin en question« .

Ici, c’est l’amateurisme qui sera mis en question.

« Mis au ban de la société française,  je ne voulais pas, je ne pouvais pas disparaître avant d’avoir murmuré quelques mots à l’oreille de Vanessa« , faisait dire Libération à Matzneff dans un article paru le 2 février 2021 (source: https://www.liberation.fr/culture/livres/matzneff-cynique-jusquau-bout-20210202_6VDKSTEX4ZHU5EG6Q3GBDIXJ5I/)

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« Dans quelle mesure tout ceci est-il un canular organisé, ou pas? Et organisé par qui? Et jusqu’à quel point? » me demandent plusieurs messages adressés à ce blog. Les questions affluent!

Le livre, soigné par certains aspects, « comporterait-il quelques imperfections techniques?« , me demande Monsieur J.M., de Paris.  « Tout un petit commerce serait-il en train de se mettre en place autour de Vanessavirus? Plus d’un lecteur, ayant sans doute acquis le texte par simple curiosité (voire pour lucrer), serait donc pressé de s’en débarrasser? » m’interroge à son tour Monsieur D.G.

La « grande » presse a prétendu faire des recensions de ce livre. Or, à mon humble avis, la grande presse n’a encore jamais lu Vanessavirus. Moi (moi qui depuis mon enfance ai toujours aimé parler de choses que je sais, et que je sais pour les avoir étudiées, je me réfère par exemple ici à mon enquête sur les circonstances de la mort de David Hamilton), je l’ai lu.

Voici donc, sur le blog « En défense de David Hamilton », la toute première recension de Vanessavirus. Avec des informations qui ne se trouvent – à cette heure – publiées nulle part ailleurs.

L’ouvrage (imprimé, c’est ce que certains affirment, en Italie et qui sait, à Bordighera?) a été publié « aux dépens d’un amateur« . La formule, on le sait, est une formule consacrée. Elle a été utilisée par les plus grands écrivains.

Quand on déclare imprimer un livre à (seulement) deux cents exemplaires, on peut s’attendre à ce que ce soit un bel objet, destiné aux bibliophiles.

Voici pour commencer, alors, à l’intention de ceux qui s’entendent d’imprimerie – j’ai été éditeur – quelques  remarques purement techniques. Vanessavirus, de ce point de vue, est un livre assez soigné, par de nombreux aspects. Il a des rabats (les livres à rabats, de nos jours, se font rares). Ses dimensions sont : 15 cm x 22 cm.  Il n’est pas « coupé » (ce que je suggérais déjà, il y a quelques jours, sur ce blog). L’achevé d’imprimer est accompagné de sa numérotation. Le papier est, pour le dire ici en italien, de type « martellato / vergato« . C’est un fort joli papier qui, cependant, est peut-être légèrement trop transparent.

Dans le haut des pages (tout comme sur la tranche du livre), on aperçoit des marques qui sont un peu regrettables. En typographie, on appelle « trente-deuxième » le format des livres qui sont obtenus en pliant une grande feuille de papier cinq fois de suite afin d’obtenir 32 dépliants, chaque feuille donnant un total de 64 pages. Le livre de Matzneff, notamment sur la page de garde (comme je l’ai dit dans un précédent article, elle reproduit exactement la couverture, sobre et sans la moindre illustration), présente des marques (dans le vocabulaire italien de la typographie: la tacca, l’incavo, l’intaglio) visibles, trop visibles. Ces marques pourraient provenir – selon moi – de l’air que soufflent les machines au moment du pliage du trente-deuxième. J’espère que ces détails techniques n’ont pas été fastidieux pour les lecteurs de ce blog. Mais l’imprimeur serait-il un imprimeur… un peu trop amateur?

Le livre compte 85 pages et le premier chapitre commence à la page 9. L’incipit du livre est: « J’ai survécu au Coronavirus. Je ne survivrai pas au Vanessavirus« . Les deux mots affublés d’une majuscule.

Ce à la suite de quoi Gabriel Matzneff, malade, évoque le moment où le Seigneur le rappellera à Lui (avec majuscule, encore, à Lui), tout en envisageant les conditions nécessaires à sa « réhabilitation posthume », après qu’il sera mort, craint-il, anathématisé. Ce qui est, hélas, fort probable. Tout comme David Hamilton est mort anathématisé. J’ai regretté (j’en ai dit deux mots rapides dans mon roman Mon coeur sur l’échiquier) que Gabriel Matzneff n’ait d’ailleurs pas dit, à l’époque, un seul mot sur David Hamilton. Il y a malheureusement, on le sait depuis longtemps, un grand manque de solidarité parmi les anathématisés. Pour quelque raison qu’ils aient jadis été anathématisés.

Le début de « Vanessavirus » (Gabriel Matzneff, 2021)

Gabriel Matzneff parle de lui à la première (voire à la troisième) personne et, à la fin des 85 pages, le ton n’a jamais guère changé. L’ouvrage s’achève en effet par ces mots:  « Avec Vanessavirus se clôt ma vie d’artiste ; s’accomplit mon destin« .

Je dirai simplement, pour l’heure, avant de revenir sans doute dans les prochains jours ou les prochaines semaines à une analyse plus détaillée de l’ensemble, qu’il me semble que c’est là faire beaucoup d’honneur à Vanessa Springora. Peut-être peut-on dépendre affectivement d’une jolie jeune fille, quand on a  quarante voire cinquante ans. Mais à 85 ans, et alors que la demoiselle aussi a vieilli?

Parfois touchant,  souvent instructif, et ayant avant tout le très grand mérite de faire entendre un autre son de cloche, qui a  bien plus de bronze que celui de Vanessa Springora, on retrouve tout ce qui fait Matzneff: un texte travaillé avec le plus grand soin, un joli style (parfois un peu alambiqué), et les habituelles obsessions d’un égotiste de talent mais répétitif.

Vanessavirus – livre apparemment écrit en 2020, fort mince, divisé en chapitres numérotés et sans titres a été publié aux dépens d’un amateur. Amateur est un très beau mot. David Hamilton se définissait – s’en souvient-on? – comme un photographe amateur. L’amateur est celui qui aime.

Matzneff ne démontre-t-il cependant pas exagérément… d’amateurisme, s’il se plaît et semble se complaire à faire dépendre son destin de cette dénonciation qu’est, en somme, le Consentement?

Olivier Mathieu

From → divers

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