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Global Reset (sic)

4 novembre 2020

L’Édito de L’Incotidien du 3 novembre.

Global Reset

0,05 % en France. 0, 07 % aux USA. La mortalité liée au COVID n’est qu’un pet de mouche à l’échelle mondiale comme nationale, et pourtant nos élites continuent de frapper du poing, de confiner, d’interdire, de culpabiliser. Il fallait voir Jean Castex sur les plateaux de télévision, plus cybernétique que jamais, insister sur la « tragédie sanitaire », vitupérer pour faire passer au forceps une décision que notre bon sens récuse naturellement. Pour une létalité qui avoisine à peine celle des accidents domestiques et qui reste bien en deçà de celle qu’on attribue aux cancers et à l‘automobile, nos économies sont sabordées et notre vie sociale réduite à une peau de chagrin. Ne reste de notre civilisation qu’une assurance-vie.

En retour il nous faut leur opposer la légèreté du croyant. Soupeser la futilité de chaque fin du monde. La regarder non pas du point de vue des hommes, ni du point de vue des bactéries, mais du point de vue de Dieu : l’histoire, comme chacun sait, n’est qu’une biographie divine. La relation de ses Faits et Gestes à travers ses manifestations. Du point de vue de Dieu, toute apocalypse est salutaire : ici s’organise la fin du règne des médiocres. Ici les états corrompus et les pouvoirs occultes qu’ils sécrètent naturellement, comme d’horribles glaires empêtrés de chimies absconses, peuvent enfin mirer leur propre inanité, reculer leur propre mise à mort en accumulant les mise en scènes factieuses. Ainsi, l’économie doit se rebooter elle-même pour pouvoir absorber l’onde de choc de la récession, pour pouvoir assumer le passage à une ère nouvelle, celle d’un monde que William Gibson n’osa même pas cauchemarder dans ses romans les plus sombres : méga-corporations toute puissantes, télétravail pour tous, revenu universel nous transformant peu à peu en simples « périphériques » d’une société mécanisée, forclusion dans des appartements automatisés où les écrans multiples nous surveillent chaque seconde tout en délivrant continuellement des salves d’informations anxiogènes, prédigérées, nous invitant à cloisonner nos corps et nos âmes dans les alcôves naissantes du Technodrome.

Le monde comme passivité et comme parodie.

Toute une génération de nourrissons et d’enfants qui n’auront que des masques à observer, comme si la civilisation tout entière avait sombré dans l’auto-terrorisme. Le séparatisme, cher à notre président-VRP, c’est surtout ce masque qu’on voudrait installer dans chaque foyer. Redevenir-monade de l’homme. Redevenir bactérie. Vaccin de la terreur qu’on s’inocule à heures fixes pour s’épargner l’effort de combattre.
Nous entrons dans la dernière strate de solidification. Les marchés s’agglomèrent, les bénéfices des multinationales font sauter les derniers bouchons de champagne dans les derniers yachts qui flottent sur leurs nasses de barbelés. Chacun prend la parole et plus aucune parole ne compte, toutes les voix participent d’une pulvérisation globale de collagène et d’épidémies virtuelles. L’altérité devient un luxe : il faudra s’habituer à ne distinguer de l’autre qu’un smiley, qu’un visage épinglé sur une story Instagram. Les rues ne feront plus circuler que des drones promeneurs de chiens et des joggeurs à montres-cardiogrammes, qui slalomeront entre les Deliveroo et les dealers d’anesthésiants en poudre.


Tant qu’il reste la santé…ça tombe bien, il ne reste que ça.

La santé. Un corps comme un trait d’union entre l’écran et la cuvette des chiottes. Une virgule de viscères qu’on déroule entre sa webcam et son lit connecté, là où la viande froide attend sagement qu’on vienne lui délivrer l’ultime onction. Netflix et Disney + seront là pour absorber les chocs, occuper le débat à coups de divertissements inclusifs. Ce sont désormais eux qui dialoguent à travers nous. A travers nos bouquets de veines et de nerfs, et travers nos humeurs vitreuses, ils font passer leur fibre, ils font couler leurs octets cupides. Les deux guerres mondiales ont trucidé nos nations souveraines, génocidé nos peuples les plus vigoureux. Voici venir la troisième phase du Grand Recouvrement. D’un côté, une guerre de religion fantoche qui n’est en réalité que le masque d’Halloween du mondialisme. De l’autre, une guerre sanitaire qui sert de levier économique et assure l’omnipotence des GAFAM pour les éons à venir. Et nous, miettes de civilisation, piétinées par les robots, en passe de devenir ombres. Constamment court-circuités entre ces deux électro-chocs qui nous empêchent de retrouver toute idée de la mesure et de la continuité.

Seulement voilà : à l’échelle divine, ce sursaut totalitaire c’est le hoquet d’un corps malade. Chaque génération voit l’apocalypse à sa porte, parce que chaque génération commet sa propre apocalypse. Chaque génération est une fin du monde. Il ne nous reste qu’à l’accompagner du mieux que nous le pouvons, en restant clairvoyant et en nous transformant en anticorps. Il vont jusqu’à nous interdire les livres, dans leur folie administrative, dans leur aveuglement de vers à soie ? Devenons-nous même des livres. Eteignons les écrans et apprenons par cœur les poèmes de Nerval et d’Ezra Pound, apprenons par cœur les Evangiles. Juste au cas où il nous faille les réciter un jour devant des feux de camp, au pied de nos cités en ruines.

Par Marc Obregon

From → divers

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