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FLAVIE FLAMENT : PETIT MALHEUR D’AVANCE OU GROS MALHEUR PASSÉ ?

4 janvier 2018

Je lis le « roman » La Consolation et plus je lis ça et plus je trouve, entre sanglots, pleurs et arrachages de cheveux à répétition de « l’héroïne », que le vrai sujet du livre c’est le sexe en ses déboires de pauvre « Poupette » (Flavie Lecanu-Flament), manipulée par sa « méchante mère perverse » ; le reste est accessoire ; par exemple de son voyage à Tahiti payé par OK! elle annonce, elle dénonce s’être fait peloter par un aviné dans un ascenseur ! 

À lire F.F. on se rend donc compte que son livre est largement consacré au sexe, qu’elle a eu « un certain nombre » (enfin, un nombre certain) d’amoureux ou amants, qu’elle en est toujours insatisfaite au bout d’un laps de temps jamais très long, mais… qu’elle faisait ça pour faire plaisir à Maman. C’était un jeu pour elles, paraît-il, que Poupette lève du gibier sur les Champs Élysées. Il y a dans tout ça un côté pervers, provocateur, exhibitionniste (cf., plus tard, les photos dans la presse pipole, voir aussi le mime d’un orgasme sur YouTube « devant Stéphane Bern qui n’en croit pas ses yeux » (sic). 

Le sexe vu par F.F., c’était déjà en partie l’objet de son premier « roman » de 82 pages tirant à la ligne… Ce qui est parfaitement résumé ici par Grégoire Leménager(in Flavie Flament, à la ligne (ou la vie sexuelle de Poupette), L’Obs du 20 juillet 2011):

Après avoir eu le bon goût de naître un 2 juillet (1974) dans la Manche (à Valognes), où son grand-père élevait des trotteurs, Flavie Flament a été Miss Météo sur Canal+, puis a présenté toutes sortes d’émissions sur TF1, entre 1999 et 2009 [«Sagas», «Stars à domicile», «Vis ma vie» …]. Elle oeuvre sur RTL depuis septembre 2010. Flavie Flament publie un roman. Des «Chardons» très ardents, atomisés par une sexualité compliquée. Bizarre. »

« L’héroïne s’appelle Poupette. Elle prétend que «ce n’est pas son problème si papa a couché avec la première connasse qui passe», et dit qu’elle «s’en fout si [son papy] est allé faire des câlins cochons à d’autres dames», mais globalement, pour elle, la cause est entendue: «Les hommes sont des salauds. / Des lâches aussi.»

D’ailleurs, il n’y a qu’à voir comment ces messieurs mènent à la saillie une jument «en furie»: au tord-nez, puis «entravée», pour que l’étalon«magnifiquement excité» puisse «fourrer son sexe dans son ventre. / En forçant. / Plusieurs fois.»

En somme, Poupette n’aime guère que «Papa» et «Papy». Et pourtant, à titre personnel, elle ne déteste pas toujours un peu de sauvagerie dans l’acte sexuel, quand «les pores de sa peau ne sont plus que des clitoris béants en attente de la langue salvatrice…»

Mais le vrai mystère dans ces «Chardons» très ardents (le Cherche Midi, 15 euros), c’est cette manie d’aller à la ligne. [en seulement 82 pages] Après chaque phrase. / Comme ça. / Et comme ça. /Et puis encore comme ça. / Sans blague. / On se demande si ce sont des haïkus. / Ou si Flavie Flament écrit comme on tweete.

Le même livre est présenté ainsi par Le Cherche Midi, l’éditeur :

Elle a huit, vingt-cinq puis quarante ans… C’est une fille, une femme que la vie traverse et inonde. Douloureux, sensuel ou dévastateur, chaque épisode de ce premier roman inclassable semble imprimer une marque indélébile sur son corps. Un corps si fragile et si perméable qu’elle doit parfois s’en échapper. Alors, dans un style poétique incisif et très imagé, l’auteure accompagne cette gamine, cette épouse, cette mère et cette amante au-delà des violences de sa réalité ou au point le plus incandescent de son bonheur. Fil à fil, fragment après fragment, se dessine le portrait d’une femme, solaire, évanescente et vulnérable, qui résiste et résiste encore.

Poupette n’est responsable de rien, Poupette n’a rencontré que des crétins ; elle ne sait même plus pourquoi elle a couché avec l’un ou l’autre… Ainsi, elle ne sait pas pourquoi elle s’est retrouvée avec le plus beau (évidemment) d’un wagon entier de colons de la SNCF (elle-même choisie parmi de belles fillettes bien évidemment), dans les toilettes minables, sales, miteuses d’un train, où il l’a prise… Si, pour faire plaisir à Maman qui souffrait de « sa vie de merde ». Voire pour s’en vanter auprès d’elle. Idem pour le rebelle de sa classe (ça c’est dans Les Chardons et c’est peut-être aussi le personnage de Hari dans La Consolation). Très modeste elle déclare qu’elle est belle et intelligente, et très conne elle déclare qu’elle aguichait les hommes sur les Champs-Élysées en compagnie de Maman qui la manageait. Lui disait comment faire…

Cette fille, dès l’âge de 13 ans, était envahie par l’idée de sa « beauté » et de son « intelligence », et elle a su très rapidement aguicher les hommes, bien ou mal conseillée par Maman. Elle l’écrit dans son livre, Poupette a su dès quinze ans « ramasser » « à coups d’œillades et d’effets de cul rebondi savamment entretenus » (page 161). Elle savait parfaitement ce qu’elle faisait, mais c’était au fond, dit-elle, contre sa volonté de brimée et poussée par sa mauvaise mère qui vivait par procuration, par l’intermédiaire de sa fille… Si bien qu’à sa quarantaine échue, à la lire, on se demande même si tous ses échecs amoureux, non seulement avant mais même après son premier mariage et jusqu’à nos jours, ne seraient pas la faute de sa mère – mère perverse disent certains commentateurs anonymes, mère maquerelle énoncent d’autres tout aussi anonymes.

***

Depuis toujours donc, elle a l’obsession de se faire remarquer, qu’on la regarde, qu’on parle d’elle. Qu’on l’admire.  J’ai noté que sa hargne contre David Hamilton est apparue quand elle s’est retrouvée sur le déclin : moins de photos dénudées dans la presse pipole,  séparation d’avec Castaldi qui l’a selon elle non seulement trompée mais violentée, giflée ; misère, la pauvre !  Ceci donnera une partie des jérémiades de son premier « roman », œuvrette triviale qui tire à ligne pire qu’un « poème » contemporain : Les Chardons. Comme elle est totalement imbue de sa petite personne, son second « roman » ne pouvait qu’empirer le tableau : elle n’a pu être qu’abusée puis « violée » (une ou plusieurs fois ? elle sème le doute) et ceci par un personnage mondialement connu, David Hamilton, pas par un anonyme, voyons ; il faut garder son rang. Ça la fait remonter chez les pipoles où elle ne naviguait plus qu’à vue, et même dans l’ensemble des media. Tout se tient en fait dans son délire (entretenu par son psy). Violentée, violée. Avec un mort à l’appui, David Hamilton, pour sa promotion publicitaire, et quoi à suivre ?

Lisez sa modestie congénitale :

« Poupette est un oiseau, un ange, un ballon de baudruche, une bulle de savon… Une petite bulle de savon qui virevolte dans le vent, ballottée, un brin hystérique, qui tournoie, insolente de beauté, imprudente de fragilité, éphémère et ivre ; elle se frotte à la dune, par un miracle y échappe, et s’approche trop près des chardons »(page 120)

Curieux roman, autobiographie, document (rayer les mots qui ne conviennent pas) que La Consolation. Moi, je dirais roman d’initiation, certes bien différent d’une Éducation Sentimentale, et de bien d’autres encore…

Pauvre Poupette la grandissime modeste, assoiffée de reconnaissance pour le moins nationale, connue maintenant internationalement, enfin le temps d’un scandale qui aurait dû être judiciaire, si belle et si intelligente, comme tu l’écris (je te rassure, moi je suis vieux et moche, ou plus exactement vieux donc moche et bête) toi qui dès ta première rencontre avec David Hamilton t’es entichée de notoriété, de Miss OK! puis d’emballer du gros gibier avec œillades et « en dandinant du cul », puis de t’exhiber dénudée plus tard chez les pipoles, Gala et autres journaux de cette espèce, puis enfin de te frotter à la « littérature »… Sic!

***

Oui ! j’écris « pauvre Poupette ». On va analyser un peu ton livre. Certes, je ne vais développer que certains aspects, ton livre m’intéresse en tant que document disons psycho-lexical. Tu te veux écrivain, tu revendiques de faire partie de la confrérie des écrivains, moi ça ne me gêne pas. Tu as le droit d’être la Guy des Gares du malheur ; c’est comme tu veux. De toute façon, je me moque pas mal des confréries. De la main droite qui tient ma plume, je peux me dire : peu m’en chaut. J’ai sur certains points épluché ton livre, je le prends comme un témoignage de tes obsessions.

Ta thèse centrale est donc : — Tout ce qui m’est arrivé et qui m’arrive encore est de la faute à Maman. J’ai pourtant fait tout ça pour lui faire plaisir, ne plus l’entendre crier, pleurer, pour qu’elle échappe à « sa vie de merde » (sic), pour qu’elle soit un peu heureuse, gentille, souriante. Brave Poupette ; j’écris « brave » un peu comme lorsqu’on dit « brave bête ».

— Et tout a capoté de mon fait, moi la mauvaise fille pourtant emplie de bonne volonté.

Enfin, c’est ce que tu disais autrefois, mais ce n’est plus du tout ce que tu dis et écris maintenant depuis que l’on t’a inculqué la haine de David Hamilton, à défaut de la haine de toi. La haine, la méchanceté, le dégoût éternels, l’absence de tout pardon et le goût totalitaire pour la damnatio memoriae. La vengeance barbare. — Je vais poursuivre D H dans sa mort même, et je veux la peau de ma mère. Tout ça sur fond de souvenirs douteux et de manipulations contestables.

Tu l’as « expliqué » il y a déjà plusieurs années à ta méchante et mauvaise mère, au temps de ton déclin télévisuel ; et c’est pourquoi tu ne la fréquentes plus. Mais l’assommes de ta rancœur mal établie, faussement assurée. Même Flament, Castaldi, Quatrefages, c’est au fond de la faute à Maman ; redisons-le.

Tu es haineuse, et finalement on en revient, si l’on peut dire, à ta mauvaiseté intrinsèque que ta mère (dis-tu) dénonçait déjà lorsque tu étais toute jeune. Toi, l’apparente victime innocente et naïve, la sainte-nitouche rouée de la virginité offusquée, violentée, martyrisée. Un article de Gala récent, reprenant lui-même un vieil article (de plus de dix ans) de Paris Match dont je n’ai pas la référence, fait dire à ta génitrice : « Ma fille est quelqu’un de fragile. Durant son enfance, ses frères la taqui­naient en l’ap­pe­lant «petit malheur d’avance». Elle a besoin qu’on s’oc­cupe d’elle. »

Moi j’aurais plutôt envie de dire : fille dangereuse qui peut créer de gros malheurs en retard.

Oui venons-en à ton moi, à moins que ce ne soit à ton inconscient ou mieux encore à ton ça, à la manière dont parle Groddeck, hélas (tu apprécieras, j’évoque ici l’un de tes mots fétiches). J’ai établi une petite statistique (et je suis certainement en-dessous de la vérité car certaines choses ont dû m’échapper). Tu as vraiment une propension à répéter certains termes, termes bateaux, termes triviaux. Tu es la nouvelle Zola des lieux communs, de la vulgarité gratuite et du dédain, du mépris de petite et éphémère parvenue. J’ai compté pour la première moitié de ton livre (arrêt page 124 exactement de l’édition de 2016) ; j’avoue avoir eu la flemme d’aller plus loin et de recenser toujours la même chose, épuisé d’ennui, devant la redondance de certains mots, certaines expressions, certaines situations, prévisibles, attendues, en cet amoncellement insatiable de sexe, je veux dire du sexe sans art.

mots seuls (au masculin, féminin, pluriel selon les cas) ou dans des expressions ; du plus utilisé au moins

nombre d’occurrences

corps ; chairs, peau

9

nu ; nudité

7

seins ; nénés, tétons ; buste, épaules

12

ventre, bas-ventre, bide, bidon, nombril

14

cul

6

fesses, fessée, miches

8

sexe (d’homme ou de femme)

12

pubis

2

zizi, bite ; quéquette

9

gland, testicules

2

mouse* ; souris, minou ; (petites ou grosses) lèvres

15

foufounes, vulves, chattes, utérin

4

cuisses ; hanches

8

jambe ; canne, mollets

9

poils

4

cellulite

2

gueule, engueuler, s’engueuler, dégueulasse (s. ou adj.), faire la gueule,

14

mollard, éructé

2

pisser, pipi, vessie

4

merde, emmerdé, chier, chipoter

8

taloches, claques

3

mauvaise, méchante, mauvais, mal ; ou encore : malheur, méchant, détestable, dégoût, dégoûté, dégoûtant, méchanceté, exécrable, ignoble, répugnant, etc…

au moins deux ou trois douzaines des premiers mots surtout

(cf. en particulier les pages 39 à 41, ou elle décortique les dictionnaires)

moche

8

bourreau

3

prédateur ; criminel

4

pervers, perversion, vicelard, cochon

4

viol, violée

3

bordel, putain, boîte à partouze

6

conne, connerie

2

vieux, vieille (nom ou adjectif essentiellement péjoratif ; esprit dégoûté et/ou méprisant de « l’autrice »)

16

En voilà une indigestion de mots du corps, du sexe, du bas ou du mépris. Ajoutons-y une liste affligeante d’expressions toutes fort peu littéraires pour un « roman » comme il est écrit en gros sous la page de titre de ton ouvrage. Qui plus est patronné par de grosses pointures de chez Lattès. Dont une sommité de la littérature jésuitique publicitaire à gros tirage bardé de prix et de breloques. À si gros tirage que certains le surnomment Eskhárion, le meilleur des braseros.

Du cliché en veux-tu, en voilà (infime partie de ce que l’on trouve dans cet « ouvrage de dame » fort peu distinguée :

numéro de page :

21 coup de pied aux fesses
23 fait la gueule
23 sur les genoux de l’oncle pervers
23 la vieille tante poilue qui pue
23 et mon cul sur la commode
26 ça sent mauvais
27 prendre une fessée
29 se prendre une bonne fessée
29 envie de faire pipi
29 ça va chier
53 elle a « pris du cul »
61 se fout de la gueule
63 ne pense qu’à sa gueule
63 traîner le cul à Paris
91 plonger le cul vers le ciel
111 grosse connerie
112 ça va chier,
113 putain de caractère, faire la gueule (2 fois)
120 Poupette […] rit à présent à gorge déployée

etc.

Le bon goût et l’élévation de pensée à toutes les pages entre les zizis des mâles et « les pubis épilés, touffus… » (p. 79), les « souris », les « sexes de femme » (p. 92), les « petites lèvres » et la « jolie mouse »(p. 93), Ou encore dans des expressions comme: « Ses grosses lèvres. Une mouse vieille et fatiguée », « ce sexe rouge, un peu béant, en vacances… » (p. 93), « une joie mouse, toute fraîche, toute propre » (P. 94), « Une boîte à partouze »(page 123). Que de complaisance à en rajouter, je dirais même : quelle fascination !

Poupette manie beaucoup l’enflure, l’exagération, telle est du moins l’opinion de certains de ses proches (ou ex proches). Page 58, elle a grossi : « Poupette est monstrueuse. Laide. Vilaine et méchante. » Page 59, elle nous aligne à sa charge : « malfaisant, maléfique, parasite, se déteste, se maudit, se conchie, s’arrache les cheveux, etc. » Un régime alimentaire devient un bagne, une torture ; un corps mince, une anorexie.

***

Ainsi que le rappelait déjà Élisabeth Philippe dans sa recension pour Les Inrockuptibles (03/07/11) des Chardons, ta première oeuvre, ton premier ouvrage :

« Le livre raconte la vie d’une femme à différents âges : Poupette amoureuse du rebelle du lycée, Poupette anorexique, Poupette trompée, Poupette au Monoprix… Il est aussi question de l’horoscope du Parisien, de l’odeur du poulet rôti et des pets d’après-gigot. On ne sait pas s’il s’agit d’autofiction. En tout cas, Flavie Flament persévère dans l’ordinaire et le lieu commun avec une fascinante abnégation qui confine au sublime. « Elle aime les clichés », écrit-elle dans Les Chardons, lapidaire. Définitive. Et cette normalité affichée, presque revendiquée, fait d’elle une excentrique contemporaine. »(cf. l’article « Les Chardons » : la reconversion de Flavie Flament en écrivaine).

Alors, tu comprendras, Poupinette, qu’à lire ce grand oeuvre littéraire de caniveau, je sois surpris de rencontrer certains passages disons « poétiques » ou un peu travaillés qui détonnent. Je comprends alors que tu dises « merci à Grégoire Delacourt, qui a toujours cru en ce livre et [t]’a donné la force d’écrire » et « merci à Karina Hocine pour son soutien indéfectible, sa patience et sa délicatesse ». Drôle de délicatesse finalement, sur un fond d’ouvrage grossier.

Au sommet de ton art du trivial et du bas assumé, tu en viens Poupette à commettre de l’inattendu (tu évoques ainsi tes « petits seins sauvages » page 90), ou encore tu nous offres un alexandrin : « Que le monde est petit, et que la mer est grande » (page 120) qui ne dénaturerait pas du tout, l’ironie en moins, parmi le langage volontairement ambigu et joueur des Poésies de Lautréamont, lui qui écrivait déjà au siècle de plus d’un vrai poète « les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes ». Alexandrin (volontaire ou malgré lui?) gigantesque de banalité. « Le monde » avec un « e » à la fin et « la mer » sans « e », tiens ! en voilà un pied de nez aux adulateurs d’une orthographe non plus châtiée mais châtrée.

Mais avançons dans la déconfiture. F.F. nous offre un portrait du « vieux photographe » (expression répétée un nombre incalculable de fois) comme si ses mots à elle devaient ou pouvaient prouver, par ses outrances répétitives et vulgaires, la véracité des prétendus abus sexuels dudit photographe, David Hamilton, à une époque où ce dernier avait 54 ans et n’était donc pas spécialement « vieux »…

Un portrait qui évidemment correspond davantage à « l’auteure » (sic) présente, qu’à une tendre et sensible, innocente jeune fille de treize ans (plus ou moins pubère on ne sait trop). J’ai noté au milieu d’autres choses :

n° de p.
71

« Tapi comme un prédateur, silencieux comme un fauve, il l’épie. »

72

 » Sans la quitter du regard, il se lève, se dirige vers leur table… Et maman sourit. »

84

« un sexe de vieux », « un vieux zizi », « un gland rosé » [mais néanmoins buriné, cf p.85]

85

« Un long sexe tout flasque comme la queue du mickey sur lequel les petites filles, au manège, ont trop tiré quand leur tour s’est présenté. Une quéquette aux allures de vieille guirlande fatiguée à coups de festivités, un mauvais boudin pour éviter les courants d’air, un sexe de vieux, fripé, buriné à force d’exhibitions au soleil… »

85

« le pitoyable bout de chair »

86

« vieux dégueulasse »

88

« ses fesses plates et flasques »,

89

le corps du photographe est « un amas de peau striée de veines, de vergetures, de graisse en résistance et de rides » ; il s’agit d' »un monstre aux cernes teintés de vert, aux dents jaunies et déchaussées, au torse décharné. »

91

« un vieux cochon, la bite mi-molle à l’air et l’objectif dressé vers nulle part ».

102/103

« Il rôde autour de moi depuis tout à l’heure. Promène // ses doigts dégueulasses sur mes hanches, effleure mes tétons, dompte une mèche, et s’attarde sur mes épaules. »

103

« le vieux photographe » aux « perversions secrètes »

103

« Prédateur. Pervers, il tend la main. Je vois encore, sur le mur blanc, l’ombre de ses doigts ouverts qui viennent caresser longuement l’une de mes cuisses, ses doigts qui vont et viennent inlassablement, irritent ma peau, torturent mon esprit et transpercent mes chairs. »

105

« nauséabond et ignominieux dessein », « dépouille fripée »

107

« déchet »

108

« criminel », « des doigts qui la pénètre », « du sang, du malsain, du crado, dégueulasse, du vomi, de la puanteur… de la merde », « vieux dégueulasse »

109

« la vierge est violée », « sexe rougi », « le bide flasque et la bite molle, le photographe… »

Dans ce portrait à charge, dans cette caricature sans aucune retenue, qui veut prouver par son outrance, je ne vois aucunement une pauvre et délicate petite fille peu au fait du sexe mais – au virage redoutable de la ride – une quarantenaire haineuse à pattes d’oie et double menton bien engagé et non assumé. J’y lis une véritable aversion pour la vieillesse qui la guette, elle aussi comme tout le monde, avec son statut redouté de future grand-mère.

On a l’impression que le malheur, le grand malheur, le seul malheur du photographe est avant tout d’être « fripé » (je cite), « buriné », « flasque », « mou », « nauséabond », quelque ignoble « déchet » sans talent (« talent » et « art » sont totalement exclus du livre) qui traîne sa « dépouille » laide, repoussante, répugnante comme celle de « la vieille tante poilue qui pue » (cf. plus haut). En un mot toute sa vieille beurkitude ! Je me risquerai même à dire que ce vieux schnock n’a jamais franchement bandé, éjaculé, joui devant le petiot joyau inégalé de la Terre. Erreur, qui sait, mortelle. Quel manque de sensibilité, de courtoisie, de galanterie. Tel est le paradoxe.

Enfin, pour ceux qui n’auraient pas compris qui était ce « photographe mondialement connu » (donc pas le premier venu, hein! Poupette), la spécialiste française des viols, la Zola impudique de ses fantasmes, la traumatisée simulatrice d’orgasme audio-visuel, et adoratrice de son propre corps, nous glisse rien que deux indices. Page 109 : « Il lui tend – nous dit-elle- une serviette qui traîne sur le portant en plastique. Vert anglais. » Page 111 : elle évoque « son accent à la con ». Je suis surpris par cette seconde remarque alors même que tout ce qui vient des pays anglo-saxons semble lui convenir, mais certes dans la tendance libéralo-démocrate américaine commune des bobos bling-bling. Il n’est que de parcourir les réseaux sociaux de F.F. sur Internet. Ou de lire page 34 de son ouvrage : « Poupette soupire, tend son drapeau américain devant sa fenêtre et, en glissant dans son lit, se demande si papa viendra lui dire bonne nuit ce soir. » F.F. adore tout ce qui est américain et américanisé, anglais. Mais pas l’accent anglais de David Hamilton…

***

À propos de Papa. « Mais ça fait longtemps – ajoute-t-elle – que Papa n’est pas venu voir Poupette pour lui souhaiter de beaux rêves. » Je ne sais pas si Poupette a même envisagé que son père par une forme de pudeur, ou parce qu’il prend déjà sa fille pour une grande, ne veuille pas, disons, l’importuner ou l’infantiliser.

Papa c’est l’émotif, le sensible qui pleure en écoutant Sa Jeunesse de Charles Aznavour, l’introverti qui parle peu, laisse faire quand Maman est l’extravertie et l’active. Papa est bien aimé par Poupette, pourtant Poupette nous dit que chacun peut subir ses taloches. Comme lorsqu’elle s’admirait Narcisse dans le reflet d’une poignée de porte. Mais elle en rajoute sur les claques, dit Olivier Lecanu, un de ses frères.

Selon Poupette c’est Maman qui a « un talent indéniable » pour se faire ouvrir les portes, approcher les vedettes (cf. La Consolation page 163) ; c’est elle qui admoneste sa fille en ses termes : « Si j’avais eu ta gueule, ma pauvre fille… Et si tu avais mon intelligence » (page 166).

Sa mère concède (dans un numéro de Paris Match) qu’elle a poussé sa fille devant les photo­graphes. Mais elle pondère en ajoutant « Un jour, elle a réussi à nous faire entrer sur le plateau de « Ciel, mon mardi! », que j’ado­rais (…) Elle était ultra-débrouillarde et, avec elle, j’ai vécu beau­coup de choses par procu­ra­tion. » 

« Elle était ultra-débrouillarde » est en contradiction totale avec l’image que Flavie donne d’elle poussée par sa mère ; voir par exemple chapitre « volte-face » (pages 163 à 165) ; il montre une Poupette très timorée, « nulle », « nouillasse »devant « les vedettes » de la télévision ou de la chanson… 

Maman, c’est celle que Poupette voit « un verre de vin à côté d’elle, et une clope entre ses doigts jaunis » (page 35), celle qui est là « tous les soirs en sirotant son kir »(page 62), celle du bistrot avec sa fille. Celle dont le caractère est toujours imprévisible. Celle qui dénigre Poupette en disant qu’elle est « celle qui [lui] fait le plus de mal ».

Mais, bizarrement, Poupette, c’est celle qui imite consciemment ou pas. Poupette c’est également la cigarette et, à une époque plus contemporaine, celle qui « boit quelques verres de trop », qui sort une bouteille de Bourgogne pour la boire seule… Oserais-je évoquer le mimétisme ? 

La vision que Poupette a « des autres », hors de son proche champ de vision, hors de son entourage, est sans équivoque. Il lui faut l’admiration de « ces hommes beaucoup plus âgés qui se retournent sur son passage »(p. 55), de préférence des gens connus, « de qualité », friqués, connus ; elle-même admirant le luxe et le strass, « la parade des créatures dont elle pensait qu’elles n’existaient qu’à la télé ou sur les unes de magazines » (p.70) « Ça change des pêcheurs en méduses [sic] qui sentent l’éperlan » ajoute-t-elle encore (p. 71). Il lui arrive même de prendre de la hauteur, du moins le pense-t-elle et c’est ainsi que « de son promontoire, elle observe la valse des insectes en villégiature, des transats que l’on déplie et des corps qui s’ouvrent à la chaleur du soleil. Créatures qui luttent contre le vent […] Silhouettes frêles dans le soleil du matin [qui] allaient trouver là un réconfort salvateur. Utérin. » (pp. 117-8)

Elle « dénonce » « les femmes qui rentrent le ventre et étalent leur indice 10 sur leurs seins et les cuisses offertes à la galerie… » (p. 118), mais elle oublie ses propres exhibitions dénudées et parfois rondelettes étalées aux unes ou en plusieurs pages intérieures de la presse pipole. D’ailleurs, elle n’a aucun point commun avec la plèbe qui l’entoure et glose sur « ce qui fait que ces gens-là sont heureux sur la même plage toujours, avec le même horizon et le même vendeur de glaces » (p. 119)…

 

Jean-Pierre Fleury

Avec la collaboration technique d’Olivier Mathieu

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