QUELQUES BONS MOTS DE PIERRE, LÉON TUGOT DIT PIERRE DORIS
Avec les citations de Pierre Doris (1919-2009… le rire même sarcastique et noir conserve) il en va de même qu’avec les citations christiques, "y a" des variantes. Celles-ci provenant en premier lieu de leur auteur lui-même, jongleur de sens et vachard bonasse. En effet, Pierre Doris bon gros comédien, y compris comédien classique, fut surtout humoriste et très longtemps un homme de terrain, celui des cabarets d’autrefois, et d’un jour sur l’autre, ou plus exactement d’une soirée sur l’autre, il modifiait, il brodait. Il improvisait, ou mieux dit variait, pour éviter que ses piques ne s’avarient. L’un, l’entendit dire ceci et l’autre cela sur un fond unique. Les recueils de ses bons mots ne dérogent pas à cette logique, ou plutôt à cette absence de constance dans l’expression. J’ai donc fait des choix. Et pour corser un peu la non-conformité inévitable, je me suis permis de donner une forme plus rythmée à certaines de ses fortes réflexions-maximes. C’est le lot des bons de voir leurs dits folklorisés.*
On raconte qu’au bon temps des cabarets on pouvait voir sa femme tricotant imperturbable dans un coin de la salle en attendant que son mari ait fini de dire ses énormités… sur, prétendait-il, sa femme en particulier.
Des bonnes femmes et de l’amour :
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L’homme propose et Dieu dispose,
Seule la femme s’interpose.
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Pour avoir un vison, des femmes se débattent.
Or pour en avoir un, il convient de s’ébattre.
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Beaucoup de femmes élégantes s’habillent à crédit et se déshabillent au comptant.
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Conseils aux parents : envoyez votre jeune fille à la faculté de lettres. Comme ça, plus tard, quand elle fera la cuisine, elle pourra penser.
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Si votre femme a envie d’habiter un appartement plus cher, inutile de déménager. Allez voir votre propriétaire et demandez-lui d’augmenter son loyer.
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Un homme peut, sans risque, se moquer d’une femme enceinte ;
Ça ne lui arrivera jamais.
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Sa femme était si grosse, qu’il avait beau regarder de tous côtés…
Elle était toujours là.
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Elle est tant paresseuse,
Qu’elle ne fait pas son âge.
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Ma femme adore tout ce qui est raffiné… Le sucre, par exemple.
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Ma femme est sans défense : heureusement pour elle, on la confondrait avec un éléphant.
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Ma femme m’a quitté quand je lui ai dit que ses bas faisaient des plis. Et justement, ce jour-là, elle ne portait pas de bas.
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J’aime tellement ma belle-mère, que je l’emmène promener partout, malheureusement elle retrouve toujours le chemin de la maison.
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Aux dernières étrennes, j’ai offert une chaise à ma belle-mère, à la prochaine, je la ferai électrifier.
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J’ai fait des progrès avec ma femme ; ce matin je lui ai porté le café au lit.
Elle n’a plus eu qu’à le moudre et à le passer.
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Pas de chance hein, j’ai été marié trois fois et trois fois veuf. Ma première femme est morte en mangeant des champignons vénéneux. Pas de bol. Ma seconde femme aussi, fatalité, est morte empoisonnée par un plat de champignons vénéneux. Ma troisième femme ? Elle, c’est différent, elle est morte d’une fracture du crâne. Il faut dire… elle n’aimait pas les champignons.
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Je viens de faire le premier pas dans la voie du divorce. C’est-à-dire que je viens de me fiancer.
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Quand je pense que l’on a inventé l’avion sans pilote et la poudre sans fumée, et que l’on n’a pas été fichu de trouver la dot sans femme.
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J’ai raté mes deux mariages. Ma première femme est partie ; la seconde est restée.
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Un viol est une chose impossible, car une fille peut courir plus vite avec une robe relevée qu’un homme avec le pantalon baissé.
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L’avantage du coup de foudre, c’est qu’il fait gagner du temps.
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– Vous aimez les femmes jalouses ou les autres ?
– Quelles autres ?
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Vous savez, j’ai beaucoup de succès avec les femmes ! Si, si, je vous assure… Tenez, l’autre soir, il y en a une qui a cogné à ma porte toute la nuit. Eh bien je ne l’ai pas laissée sortir !
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J’ai découvert un homme dans le lit de ma femme.
– Comment, lui ai-je dit, vous couchez avec ma femme ?! Et pourtant, vous n’y êtes pas obligé !
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– Ah ! Ma femme, si vous saviez, c’est un ange !
– Félicitations ! La mienne est encore en vie.
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Faire l’amour passe le temps. Et le temps fait passer l’amour.
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Le véritable mélomane est celui qui colle son oreille à la serrure d’une salle de bains afin d’entendre une femme chanter.
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Ne tombez jamais amoureux d’une femme borgne, vous finiriez par loucher.
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Il arrive qu’un syphilitique ait de l’amour-propre.
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Du Boulot :
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Le travail anoblit l’homme !…
Le travail le rend esclave !…
Allez comprendre à quoi tiennent
La noblesse et l’esclavage.
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Je parle en dormant.
Au bureau, c’est gênant !
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Les sous-marins atomiques ne font surface que tous les deux ans.
Et uniquement pour que les marins puissent se réengager.
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Conseil désintéressé : ne vous tuez pas au boulot !
Achetez un revolver, c’est moins fatigant !
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J’ai connu un teinturier qui est mort à la tâche.
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De la Vie, de la Mort et des cimetières :
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Entre le premier cri et le dernier des râles,
Une suite de mots sans beaucoup d’importance !
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Il s’est penché sans garde-fou sur son passé…
Et dans l’oubli, il est tombé.
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La vie n’est ni longue ni courte.
Mais elle a des longueurs.
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Je préfère le vin d’ici à l’eau de là.
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« Je m’éteins »
Murmura le pompier
Juste avant de mourir.
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L’homme est curieux bonhomme :
C’est le seul animal qui construise des tombes !
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C’est beau !
Un arbre dans un cimetière.
C’est beau,
Oui, c’est très beau…
On dirait que pousse un cercueil.
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Le sapin n’est-il pas un arbre horizontal ?!
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Quand l’homme est mort, il va-t-en-terre
Quand l’arbre est mort, on le déterre !
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« Il est défendu de déposer des ordures »
Ai-je lu sur les murs de quelques cimetières.
Mais je n’ai jamais vu le moindre corbillard
Se soumettre à cet ordre et faire demi-tour.
N’y a-t-il pas de quoi en rester interdit ?
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Les morts ont de la chance :
Ils ne voient leur famille
Qu’une fois l’an, à la Toussaint.
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J’ai un copain qui a une situation formidable.
Il a cinq mille personnes en dessous de lui !
Il tond le gazon dans un cimetière…
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Mon frère était très en avance pour son âge : il est mort-né.
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– Comment vont vos parents ? Toujours au même cimetière ?
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Des tordus et des bancals :
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On ne peut pas être et avoir été !…
Ce n’est pas tout à fait vrai.
J’ai connu des mecs cons qui le sont toujours.
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La seule différence entre un fou rire et un rire fou, c’est la camisole !
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Un de mes frères était si maigre que lorsqu’il avait bu un verre de vin rouge, on le prenait pour un thermomètre.
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Qu’on ait les pieds plats, un pied-bot ou un pied-de-nez, qu’importe, l’essentiel est de repartir du bon pied.
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Même un cul-de-jatte peut prendre son pied !
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Quand un diabétique meurt carbonisé, ne vous étonnez pas si ça sent le caramel !
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Mondanités diverses :
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Tolérance : c’est quand on connaît des cons et qu’on ne dit pas les noms.
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On dit que la jeunesse ne croit plus à rien.
Quelle tristesse…
Et si un jour le Père Noël ne croyait plus aux enfants !
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J’ai fait mon premier gala dans un asile de vieillards.
J’ai eu un mal fou à les dérider.
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Ce film était tellement mauvais que les gens faisaient la queue pour sortir.
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Conseil aux arrivistes : mangez du cirage, vous brillerez en société !
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Avec toutes les promesses que font nos députés, le budget total des États-Unis serait insuffisant pour un seul département français.
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Pensées cynégétiques :
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Paris sera bientôt la seule ville au monde où, au réveil, on pourra entendre les petits oiseaux tousser.
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Écologie : ne respirez jamais avant d’avoir fait bouillir votre air !
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Les lions ont une grosse tête afin qu’ils ne puissent pas passer entre les barreaux de leur cage.
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Conseil d’un chasseur : pour chasser le lapin, mettez-vous derrière un arbre et imitez le cri de la carotte !
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* Inutile de dire, enfin si, puisque je l’écris que je n’emploie pas le verbe "folkloriser" dans le sens du Larousse (Transformer quelque chose, un groupe en objet de folklore, les rendre marginaux, anecdotiques) mais dans celui que j’ai rencontré chez les folkloristes où il signifie, dans le domaine tant des contes et légendes que de la chanson populaire : transformation progressive, modification à l’infini sur une trame, un canevas ou une œuvre orale originelle. La folklorisation est parfois fort rapide, c’est ainsi que la blague sur les bas qui plissent (cf. plus haut) a été reprise par Jean-Loup Dabadie pour alimenter en "humour" le hargneux qui n’eut jamais que celui des autres, d’humour (je veux parler de Bedos, père) et devint quasi nul (un peu comme Bigard plus près de nous) le jour où il s’avisa de dire ses propres textes suintant sa haine de colon.
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