ACTUALITÉ LITTÉRAIRE
Quand j’entends les mots "Seconde Guerre Mondiale, Occupation nazie, Holocauste", j’ai envie de gerber. J’en ai ma claque. Abominable et minable propagande. Pire qu’en ma jeunesse je vous l’affirme et confirme. Il y a une chaîne de télévision en particulier, mais elle n’est pas la seule, qui en vit tous les jours, Arte pour ne pas la nommer. Ça finit par être répugnant. Forme de rejet d’un corps étranger…
Je suis né quelques années après la Seconde Guerre Mondiale et je vous assure que j’ai été bercé par les récits réels de la guerre, de bombardements "alliés" en particulier, ce qui m’a marqué pour toute ma vie et fait de moi, autant qu’on le peut, un en-marge de beaucoup de choses de la société.
Le manichéisme "démocratique" était absent de mon monde de jeunesse, celui de gens ordinaires qui savaient faire la part des choses et qui ne furent ni collabos, ni résistants, pas plus de la première que de la dernière heure, et encore moins tondeurs, ces lâches, de "mauvaise femmes" dont le crime pour la plupart fut d’avoir aimé des allemands. Par certains côtés, les personnes qui ont vécu adultes, cette époque qui court de 1936 à 1945 m’ont toujours dit qu’elle n’était pas celle que l’on raconte "dans le poste" ou au cinéma "sérieux" (pour ne pas dire sinistre et maladif).
Commencée sous les flonflons du Front Popu et des quinze jours de congés payés (les films d’avant-guerre rendent bien cet atmosphère que l’on pourrait qualifier d’insouciant et joyeux), suivie par la Drôle de Guerre où les français refusèrent finalement de s’impliquer (alors que les irresponsables du gouvernement avaient déclaré la guerre). Quatorze leur avait suffit pour plus d’un et l’on vivait alors dans un certain pacifisme populaire. Achevée comme on sait sous les bombes, en milieu urbain et industriel et sur des civils, ce qui inaugurait d’une nouvelle forme de barbarie guerrière. Une forme avant tout "démocratique", et plus encore technologiste à grande échelle, de la barbarie.
Cette période fut, pour le Bien tout autant que pour le Mal, la plus riche de leur vie. Eh, oui ! En particulier le temps où ils furent réfugiés à la campagne fuyant les bombardements anglo-américains. Nos "alliés" ! Bravo ! Pour la plupart ces ouvriers ou employés n’eurent alors plus de vrais patrons sur le dos et travaillaient de bric et de broc, comme cantonniers, ouvriers agricoles épisodiques, ou pour de petits artisans du coin. Ils vivaient à la campagne, installés de fortune, mais là où rien ne manquait. Et surtout ils ne risquaient pas de se faire holocaustire (ou holocauster, comme disait Scarron), par des bombes amicales.
On m’a même dit que nombre d’allemands étaient des gens normaux. Incroyable, non ? des boches normaux ! Ils pouvaient sympathiser, montrer les photos de leurs enfants aux français ordinaires qui comprenaient car ils avaient des enfants, eux aussi. Ils échangeaient trois mots de français, trois mots d’allemands quelques onomatopées sur les misères et les malheurs du temps. J’évoque les milieux populaires qui, des deux côtés, ignoraient la langue de l’autre.
On m’a également raconté des histoires pitoyables de gens "partis au maquis", la musette sur le dos, comme s’il s’agissait d’une colonie de vacances et bien sûr jamais revenus, du moins jamais revenus vivants. Ou encore de la lâcheté de certains attaquant par surprise et anonymes des hommes désarmés. Et bien évidemment de préférence le "bon" allemand non-nazi plutôt que le "méchant" gestapiste. Je reparlerai ailleurs de ces résistants qui réglaient leurs comptes personnels, qui ne respectaient pas les lois de la guerre. Il y a des lois même à la guerre (que l’on trouve ça absurde ou non, pour l’humaniser dit-on !), conventions communes qui font la différence entre des combattants et des bandits de grand chemin, sans foi ni loi.
Mes rêves sont encore marqués parfois d’attaques angoissantes de bombardiers, alors que je n’ai pas connu la Guerre. Mais écouté et réécouté des récits de guerre du côté du civil, de Populo le gros ballot, l’éternel perdant, l’éternel sacrifié.
Je n’ai pas le souvenir, en cette époque de la Reconstruction où tout allait de l’avant, où chacun voulait oublier et redémarrer du bon pied, d’avoir subi à l’école une telle propagande pour les "bons" contre les "méchants" comme on subit de nos jours, les témoins directs étant morts pour une grande partie. Ceci expliquant cela. On est entré dans la seconde phase : celle de la mise en légendes. Après bien entendu l’élaboration d’un mythe dont il est inutile de redonner les contours.
Certes, j’ai subi les inévitables films à la "Nuit et Brouillard" où l’on m’a donné une image totalement fausse de la guerre, de la fin de la guerre en premier lieu. J’y ai vu en particulier des amoncellements de corps décharnés poussés au bulldozer dans des grandes fosses communes. Images chocs. Elles me choquaient mais je ne comprenais pas bien pourquoi alors. Quand j’y repense aujourd’hui, elles me choquaient car il s’agissait d’images qui me montraient non pas la barbarie nazie réelle ou supposée mais le manque de respect dû aux morts par des bulldozers que je suppose avoir été maniés par des américains, ou peut-être des russes.
Cela ne m’expliquait rien de la Guerre et encore moins des causes réelles de ces morts réels, ou des morts-vivants qui hantaient encore les camps (camps qui ne furent pas une spécialité nazie, mais une généralité depuis la fin du XIXe siècle en de nombreux pays de toutes les idéologies). Je n’ai su que bien plus tard, et incidemment, hors de l’École je pense, ou en petite note de bas de page, que ces corps décharnés et ces morts étaient les victimes tout autant du blocus subi par l’Allemagne, devenue totalement affamée, des épidémies, des bombardements "alliés" même ! que des mauvais traitements nazis. Par contre je n’ai jamais vu d’images de morts sous les bombardements chez nous. Du résultat des bombardements, guère plus, ou alors beaucoup plus tard.
Ceux qui avaient raison étaient ceux qui faisaient des films comiques sur la guerre avec l’inévitable gestapiste Francis Blanche dans des films dont j’ai oublié les titres, ou dans des films comme La Traversée de Paris, ou La Grande Vadrouille, ou La Septième Compagnie et enfin plus près de nous, Uranus. Dernier film que bien évidemment seul un juif, Claude Berri, a eu le droit de réaliser, non sans critiques convenues : haro ! le moins salaud de la bande est le collabo, d’ailleurs Marcel Aymé était douteux, c’est bien connu…
Maintenant, j’apprends par le blog de Robert Pioche (je ne suis pratiquement plus l’actualité en ce moment) que Patrick Modiano vient de recevoir le prix Nobel de lis-tes-ratures. Grand bien lui fasse car il est en très bonne compagnie dynamitesque avec Churchill et Obama (pauvre René Sully Prudhomme, que fais-tu dans cette galère?!). Je suis bien d’accord pour dire avec Robert, que si Modiano n’eut pas été d’origine juive et s’il n’eut pas brodé sur l’époque qui précéda sa naissance une somme de romans (et même dans un film, Lacombe Lucien, mais c’est Louis Malle qui en a subi les conséquences car il s’agit d’un anti-héros) et dépassant cela, idéellement, s’il n’eut pas finalement bavé caractériellement sur la dure et si bien connue, mais pourtant incroyable condition juive (mais que leur reproche-t-on à ces pauvres gens ?) il n’eut pas été décoré pour « l’art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l’Occupation ». Le monde ou un certain monde ?
Et je ne serais pas en train de parler de la Guerre et encore moins de Moreno. Pardon, de Modiano ! Je me trompe de juif ! Enfin, moi ce qui m’amuse le plus dans tout ça, c’est qu’il y a deux familles juives hispano-ottomanes du nom de Modiano ayant acquis en France une certaine célébrité. La bonne et, si l’on peut dire, la mauvaise (ai-je le droit ?).
La bonne a donné l’italo-français Vital Modiano, un chirurgien qui fonda l’Union des Israélites Saloniciens de France, qui devint par la suite l’Union des Israélites Sépharades de France (U.I.S.F.). Comme quoi la Salonique tant turque qu’hellène n’est pas l’Europe pour les juifs méditerranéens ! En 1943, il fonda avec Léon Meiss, rien de moins que le CRIF, puis il fut interné. Après guerre, il finit membre du conseil d’administration du Congrès Juif Mondial.
La mauvaise a donné Modiano le plumitif collectionneur des prix littéraires, dont le grand-papa fut une sorte d’aventurier juif international, égypto-salonico-italo-hispano-français. Le papa poursuivit dans la même lignée et se fit une fortune pendant la guerre grâce au marché noir. Il entretint des liens étroits avec les autorités allemandes, il était même employé au service de renseignements des SS, où il avait été introduit par l’intermédiaire de dirigeants d’une banque italienne. Ça ne s’invente pas. Mais ses talents de commerçant-trafiquant facilitait les choses. Il fréquentait les milieux du cinéma si bien qu’il y rencontra sa future femme et mère de Patrick : l’actrice d’origine néerlandaise Louisa Colpeyn venue de Belgique en France en 1942 et qui fut alors employée pour assurer des doublages de la compagnie allemande Continental-Films. C’est à la même époque que Sartre, de son côté, entamait vraiment sa carrière de dramaturge parisien.
Avec lui au moins, la boucle se referme. Celle du Bien et du Mal emmêlés.
Bon point cependant diront certains : le petit Patrick, délaissé par le père et en partie par la mère, a été baptisé par ceux qui réellement s’occupaient de lui, mais contre l’avis de ses parents, au début des années cinquante et a même traîné comme enfant de chœur. Mais c’est le sort de tant et plus de marranes. En effet, après ses frasques adolescentes, et son parrainage quenellien*, il a quand même su se marier avec une juive, Dominique Zehrfuss (la fille de Bernard Zehrfuss, d’ascendance alsacienne, fabricant de nullité architecturale contemporaine, et d’une juive née en Tunisie)… Restons sérieux quand même !
L’ombre et la lumière. Comme quoi le Beau Monde de l’élection fut lui aussi partagé. Mais, fatalement, par delà le bien et le mal, le juif dans tous les cas reste bien le seul juge et garant de ce que l’on est autorisé à dire et à penser, le dépositaire patenté des bonnes mœurs et des bonnes opinions.
Et pendant ce temps, l’hagiographie "démocratique" persiste et s’amplifie ; et pue tant et plus les carrées.
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* celui de Raymond Queneau qui fut l’époux de Janine Kahn, d’origine juive ; sa sœur, Simone Kahn ayant été la première des trois épouses d’André Breton.
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