ON N’ARRÊTE PAS LE PROGRÈS
Suivant peu, ou bien thématiquement uniquement, ou plus encore épisodiquement l’actualité, je viens seulement de découvrir cette information, qui date du mois de juillet de l’année courante, et qui devrait ravir (ou inquiéter, je ne sais pas) nos grands talents littéraires contemporains et autres talentissimes Botul et Oùestl’bec.
La maison d’édition française Short Édition — française comme son nom l’indique : "short", parce que, par les temps qui courent, tout esprit court qui se respecte doit anglichiser — serait en train, je cite "de développer une équation [équation ?!] capable d’évaluer les propriétés littéraires des ouvrages qui lui sont soumis".
Tout d’abord que l’on ne se méprenne pas sur le sens de "propriétés", il ne s’agit aucunement de propriété littéraire à protéger contre toute tentative d’emprunts anonymes, de démarquages muets, ou de vulgaire plagiat ou encore de pillage pur et simple comme sait si bien le pratiquer, par exemple, Monsieur Sans-Guillemets également dénommé Attila le Juif Errant, cet apatride des grands hôtels mondialistes. Du moins n’en est-ce pas l’idée initiale.
Non c’est plus simple : le but poursuivi est de laisser un logiciel présélectionner les manuscrits ou plus exactement les tapuscrits électroniques ; mise en caractères qui est une vraie rançon du progrès car elle pré-formate les futures interventions logicielles.
Si l’on veut le dire autrement, c’est une mise en casse préparatoire à la mise à la casse.
Voici ce qu’en dit Claire Rodineau sur Le Figaro.fr (le 25/7/14) :
" Selon Quentin Pleplé, le cofondateur de la maison d’édition interrogé par Actualité, sa société collabore en ce moment même avec des organismes spécialisés, comme le Liris (Laboratoire d’informatique en image et systèmes d’information) afin d’élaborer une formule mathématique complexe mêlant Data Mining («exploration de données») et Big Data (littéralement, «grosses données»).
Le procédé derrière ces calculs savants s’explique facilement. L’intelligence artificielle de la machine se développera dans un premier temps à partir d’un panel de 25.000 œuvres publiées par Short, des ouvrages déjà évalués par un minimum de cinq lecteurs humains au préalable. À partir des résultats des premiers tests, la maison d’édition «commencera à faire apprendre la machine: l’intelligence artificielle va traiter les données et établir des liens entre la qualité et les exigences».
L’ordinateur devrait, par la suite, être capable d’évaluer un livre de lui-même sur la base de multiples critères. L’algorithme pourra scruter, en vrac, les fautes d’orthographe et de ponctuation, la récurrence de motifs sémantiques (répétitions), le champ lexical (vocabulaire utilisé, registre de langue) et la longueur des phrases et des paragraphes. Chose plus complexe, il pourra jauger le style de l’auteur, qualifié selon le nombre d’adverbes, d’adjectifs, de pronoms, de verbes, de noms utilisés et la lisibilité du texte, défini relativement à un échantillon allant de l’ouvrage de jeunesse au traité d’économie.
Et cette découverte pourrait ne pas s’arrêter là. [Mazette, y a mieux encore !] Le fondateur de Short Édition imagine déjà vendre [bien évidemment !!!] sa petite merveille technologique [sic] à d’autres acteurs du monde du livre, des médias aux bibliothèques. [je signale que "les acteurs du monde du livre, etc." sont ceux qui justement n’écrivent rien et ne créent rien] «Elle pourra par exemple servir pour les bibliothèques, dans la classification d’ouvrages numérisés, mais également pour la presse. Dans l’édition, elle pourra apporter un premier éclairage [manque plus que l’imprimé "critique" type] sur les ouvrages reçus», assure ainsi Quentin Pleplé."
Mais, pourquoi s’arrêter en chemin, pourquoi ne pas programmer des ordinateurs chargés d’écrire à la pelle et à la louche toute une pseudo-littérature ? Depuis les années soixante, il existe des machines à faire de ladite peinture moderne au kilomètre, pourquoi pas un logiciel ? Depuis un certain nombre d’années il existe également des pseudo-livres, sans queue ni tête ou d’aventures tordues, pour enfants ou adolescents à lire en vrac, selon le bon vouloir d’un jeu de dés par exemple…
Qu’en pensent les petites têtes (je veux dire bien sûr : the short heads) de ladite édition décatitie de monsieur Pleplé ?
C’est-y pas une jolie invention wellso-orwello-huxleyienne ?
Le plus risible est la fin de l’article de cette Claire Rodineau :
" Une telle nouveauté soulève immédiatement de nombreuses questions d’ordre moral. [mais il n’y a aucune morale dans l’industrie de l’édition, uniquement la recherche de la rentabilité et du pognon ! d’adéquation à l’idéologie et aux valeurs (plutôt des non-valeurs) dominantes !] Remplacer l’homme par la machine ne va-t-il pas conduire inévitablement à une uniformisation du paysage littéraire? [parce qu’il n’était pas déjà uniformisé et largement emplis de nullités ?!] Quid de la spécificité d’un auteur – pensons à Louis-Ferdinand Céline par exemple, dont les qualités ne sont en aucun cas réductibles à la somme de tous ces critères stylistiques? [phrase alambiquée pour dire quoi : qu’un livre n’est pas une simple collection de mots ? que les mots et les phrases ont un sens ? Je crains bien qu’elle ne veuille dire autre chose ; tout simplement que Céline de nos jours ne serait pas publié, avec ou sans logiciel, si ce n’est à compte d’auteur et sans aucune publicité, ni aucun prix littéraire à la clef, ni rien de toute cette sorte hormis la taule en prime].
Rigolons deux minutes avec la conclusion de l’article :
"Ces doutes, légitimes, [légitimes !] la maison d’édition tient à les apaiser. Que les Cassandre [remazette !] qui verraient déjà dans cette invention la fin d’un monde se rassurent: «Il ne s’agit pas de remplacer notre comité éditorial [qui n’est pas neutre] par une machine [puisque tu le dis… on va te croire ; mais qui n’est également pas neutre] mais plutôt que cette dernière serve de filtre-assistant, dans une détection, moins de la qualité littéraire que de l’absence de qualités.» [personnellement je n’ai pas besoin de beaucoup de temps pour voir si un texte présente ou pas quelque intérêt littéraire ou poétique… oui, je retarde je parle même de poésie!] En clair, la machine servira simplement [bien sûr!] à établir une présélection [sur quels critères concrets ? de simples données statistiques ? une liste de bons et de mauvais mots ? de bonnes et mauvaises idées ? les mauvais mots c’est déjà en route sur Internet. De thèmes à la mode ? de pensées bien dans le moule ? etc.] de nature à économiser un temps précieux aux éditeurs, [que c’est élégamment dit] qui pourront alors faire leur travail, irremplaçable, [tu rêves éveillée ou quoi ?!] de manière plus efficace. [là c’est un mot qui sent tout autre chose que la littérature] Les mathématiques main dans la main avec la littérature, [quelle formule niaise !] la technologie à l’aide de l’humain, et pas le contraire. [si, au premier abord l’expression semble avoir un sens, au deuxième on peut dire que l’on voit mal "l’humain à l’aide de la technologie" quand je suppose on veut dire : "de l’inhumain ou du sous-humain à cause de la technologie" qui, somme toute, ne se crée pas elle-même ex nihilo en apo mêkhanês khakhodaimôn*].
Signé Cassandre… et Furax**
* ou : diabolus ex machina.
** Furax : pour les jeunes, il s’agit d’un anti-héros de feuilleton radiophonique comme on n’en fait plus du tout (Signé Furax ! de Pierre Dac et Francis Blanche) des années cinquante-soixante ; quand il y avait encore un peu de fantaisie loufoque ou grivoise, voire de la poésie et plus encore de l’irrévérence dans le monde audio et non-visuel.
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