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ON NE DIT PAS – ON DIT – ON NE DIT PLUS

19 juin 2014

On ne dit pas : « la vie sert à rien », ni « la vis sert à rien », ou même « le vice saharien », dans ce dernier cas de peur de se mettre à mal les Touaregs; et bien moins encore : «le viscère arien» car on n’a encore jamais vu de viscère singulier non consubstantiel au corps.

 

Mais, l’on se doit de dire : « ben mon con, le vit serre, à rien ! »* ; et, au féminin : « ben ma conne, la vie serre, aryenne ».

 

* À moins que ce ne soit l’inverse : « ben mon vit, le con serre (en plein air), à rien ! »

 

*

 

Redondance :

 

– On ne dit pas : « partir à s’en aller », mais : «partir pour San José», expression bien connue.

 

Pléonasme :

 *

– Si l’on ne dit pas : « je monte en haut », on peut parfaitement dire : « je descends en bas » ; ce qui est relativement courant, encore de nos jours, surtout l’hiver et quand on est une femme.

 

*

On ne dit pas : « Ça, c’est quelqu’un ! »

 

Mais on dit : « Ça, c’est qué’qu’ chose ! ».

 

*

Un brin de causette.

 

Il m’est arrivé d’entendre dire (à l’ancienne) : « à cause que ? » pour « pourquoi ? » et « parce que ». Exemple :

 

– Arrête de me causer comme ça !
– À cause que ?!
– À cause que je n’en suis pas cause !

 

Pourtant « à cause que » fut la formule courante et littéraire de « parce que » aux siècles passés. Quelques extraits du Littré :

 

– « Il est rare que les géomètres soient fins et que les esprits fins soient géomètres, à cause que les géomètres veulent traiter géométriquement les choses fines » Pascal, Pensées ;
– « Je parle ainsi à cause que je pensais que vous ne voulussiez plus que je fusse heureux » Balzac, pas Honoré, le précédent. Ah ! Ce « voulussiez » et ce « fusse », du plaisir pur !
– « A cause qu’elle manque à parler Vaugelas » le pseudo-Molière, Les Femmes Savantes ;
– « Une justice qui fait semblant d’être vigoureuse à cause qu’elle résiste aux tentations médiocres » Bossuet, Le Tellier ;
– « Une fille sera heureuse d’ignorer les fables païennes toute sa vie, à cause qu’elles sont impures et pleines d’absurdités impies » Fénelon* ;
– « On n’est pas entendu à cause que l’on s’entend soi-même » La Bruyère ;
– « J’avais deux coupes de bois à vendre, à cause que je n’avais point coupé l’année précédente » Paul-Louis Courier.

*

Ou encore de Littré lui-même : « Des grammairiens ont prétendu qu’il ne fallait pas dire : il m’a bien ennuyé, mais m’a fort ennuyé ; il est bien malade, mais il est très malade ; à cause que l’idée de bien faisait contradiction avec les idées d’ennui et de maladie. Cette observation ne vaut rien, et l’usage proteste contre elle, bien, en plusieurs cas, s’étant confondu avec beaucoup. »

*

Qui ajoute par ailleurs en note : « Des grammairiens ont voulu bannir la locution conjonctive à cause que ; elle doit être conservée, étant appuyée par de bons auteurs, et, dans certains cas, d’un emploi préférable à parce que. » Et bien non seulement cette locution a été bannie non seulement à l’écrit mais à l’oral châtié ou simplement urbain et « moderne ».

*

J’ai le souvenir enfant, qu’à l’école nos maîtresses et maîtres bannissaient le mot « causer » à l’oral comme à l’écrit au profit exclusif de « parler ». Comme ils maugréaient contre l‘usage de « je suis rendu » pour « je suis arrivé ». « Je suis rendu » veut dire « je suis fatigué » affirmaient-ils. Or, je lis encore dans le Littré : « Rendu : arrivé où l’on voulait aller. « Enfin, après les tempêtes, Nous voici rendus au port » (Malherbe). Transporté au lieu de destination. Du vin rendu à Paris. »

 

Si l’on peut « causer de tout et de rien » (causer : parler, discuter, s’entretenir familièrement, papoter…), « causer du dommage ou des dommages » (causer : être cause de, occasionner…), Littré tique fortement lorsqu’il s’agit de « causer à quelqu’un » :

 

« Peut-on dire : « il m’a longtemps causé de ses affaires » ; « allez lui causer de cette nouvelle » ? C’est une façon de parler qui est très en usage. Mais observez qu’on ne pourrait pas dire, en mettant un substantif au lieu du pronom : « j’ai causé de l’affaire à mon avocat » ; il faut « avec mon avocat ». Cela rend très suspect l’emploi du pronom, et il sera mieux de dire : il a longtemps causé avec moi de ses affaires ; allez causer avec lui de cette nouvelle. On ne cause pas à quelqu’un ; on cause avec quelqu’un. Pourtant cette manière de parler se trouve dans J. J. Rousseau, qui n’est pas toujours très pur, et sans doute dans d’autres. «La première fois que je la vis elle était à la veille de son mariage ; elle me causa longtemps avec cette familiarité charmante qui lui est naturelle» (Jean-Jacques Rousseau, Confessions, VII).

 

Et c’est encore Littré qui ajoute : « Corneille a dit «me causer» pour «causer avec moi» : « Lysis m’aborde, et tu veux me causer… ».

 

Dans les faits contemporains, il semble bien que l’usage courant autorise aussi bien « causer à quelqu’un » que « causer avec quelqu’un ». Ou du moins, il y a un certain flou selon les expressions et surtout les niveaux de langue. Oui, je sais, le présent n’est pas du tout une grande référence. N’est pas du tout une référence de premier choix, ni même une quelconque référence en quoi que ce soit.

 

En conclusion, une bonne formule qui demeure, est: « Je lui ai causé du dommage, alors j’ai causé avec lui pour réparer mes erreurs ». Ce « causer » est subtil. Ainsi, le « cause » de « il me cause de souci » n’est pas le « cause » de « il me cause du souci » ou de « il me cause du tort ».

 

* Je ne sais pas de quelle bêtise c’est extrait ; moi j’aime beaucoup les fables païennes et justement parce que ce sont des fables, manière de remettre l’homme à son vrai niveau, celui du pitre de la dite Création.

From → divers

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