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NE CHANTEZ PAS L’AMOR – CATHARSIS.

3 novembre 2013

Sur des musiques de Ferré…

La Mort des Amants, de Baudelaire :

           Avec « Mimi Rosso à la gratteuse »…

http://www.youtube.com/watch?v=5d3OUAYUWEA

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;

Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

*

            La Mort, de Ferré :

http://www.youtube.com/watch?v=WlYc8zt0aGI

Avec sa faux des quat’ saisons

Et du crêpe dans son peignoir,

Sur ses échasses de béton

Dans les faubourgs du désespoir,

 

Elle meurt sa mort, la mort, elle meurt…

 

Avec ses cordes pour la pluie

A encorder les poitrinaires,

Ses poumons de cendre qui prient

Dans la souffleri’ des mystères,

 

Elle meurt sa mort, la mort, elle meurt…

 

Sur la route des jours heureux,

Dans les biell’s et dans le courroux,

En mettant du noir sur les yeux

Et du sang frais sur les cailloux,

 

Elle meurt sa mort, la mort, elle meurt…

 

L’hôpital meublé de ses gens

Dans les sall’s où dorment les chromes,

Avec son fils et ses gants blancs

Dans l’anesthésie des royaumes,

 

Elle meurt sa mort, la mort, elle meurt…

 

Avec le végétal nourri

De son détestable négoce,

Avec les rires et les cris

Qui croissent sur toutes ces bosses…

 

Je vis ma vie, je vis. Je vis…

*

Verrà la Morte, de Cesare Pevase :

http://www.youtube.com/watch?v=B3OzxLSeWWU

Verrà la morte e avrà i tuoi occhi
questa morte che ci accompagna
dal mattino alla sera, insonne,
sorda, come un vecchio rimorso
o un vizio assurdo. I tuoi occhi
saranno una vana parola,
un grido taciuto, un silenzio.
Cosi li vedi ogni mattina
quando su te sola ti pieghi
nello specchio. O cara speranza,
quel giorno sapremo anche noi
che sei la vita e sei il nulla.
Per tutti la morte ha uno sguardo
Verrà la morte e avrà i tuoi occhi.
Sarà come smettere un vizio,
come vedere nello specchio
riemergere un viso morto,
come ascoltare un labbro chiuso.
Scenderemo nel gorgo muti.

*

La mort viendra et elle aura tes yeux –
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. O chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie et que tu es le néant.
La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre, muets.

*

Ne Chantez pas la Mort, de Jean-Roger Caussimon :

http://www.youtube.com/watch?v=2RwTU3G4QZw

*

Ne chantez pas la Mort, c’est un sujet morbide
Le mot seul jette un froid, aussitôt qu’il est dit
Les gens du « show-business » vous prédiront le « bide »
C’est un sujet tabou… Pour poète maudit
La Mort!
La Mort!
Je la chante et, dès lors, miracle des voyelles
Il semble que la Mort est la soeur de l’amour
La Mort qui nous attend, l’amour que l’on appelle
Et si lui ne vient pas, elle viendra toujours
La Mort
La Mort…
*
La mienne n’aura pas, comme dans le Larousse
Un squelette, un linceul, dans la main une faux
Mais, fille de vingt ans à chevelure rousse
En voile de mariée, elle aura ce qu’il faut
La Mort
La Mort…
De grands yeux d’océan, une voix d’ingénue
Un sourire d’enfant sur des lèvres carmin
Douce, elle apaisera sur sa poitrine nue
Mes paupières brûlées, ma gueule en parchemin
La Mort
La Mort…
*
« Requiem » de Mozart et non « Danse Macabre »
(Pauvre valse musette au musée de Saint-Saëns!)
La Mort c’est la beauté, c’est l’éclair vif du sabre
C’est le doux penthotal de l’esprit et des sens
La Mort
La Mort…
Et n’allez pas confondre et l’effet et la cause
La Mort est délivrance, elle sait que le Temps
Quotidiennement nous vole quelque chose
La poignée de cheveux et l’ivoire des dents
La Mort
La Mort…
*
Elle est Euthanasie, la suprême infirmière
Elle survient, à temps, pour arrêter ce jeu
Près du soldat blessé dans la boue des rizières
Chez le vieillard glacé dans la chambre sans feu
La Mort
La Mort…
Le Temps, c’est le tic-tac monstrueux de la montre
La Mort, c’est l’infini dans son éternité
Mais qu’advient-il de ceux qui vont à sa rencontre?
Comme on gagne sa vie, nous faut-il mériter
La Mort
La Mort…
*
La Mort?…

*

Les Morts qui Vivent, de Ferré :

http://www.youtube.com/watch?v=LzHTqCF1CZs

Les morts ont des anges gardiens en chrysanthèmes

Ils ont des lits tous alignés comme au dortoir
Et soulèvent parfois de singuliers problèmes
« To be or not to be… », c’est à voir…
*

Les morts ont des anges gardiens en perles fines
Serties et mortuaires en couronnes d’adieu
Ils sont riches ces morts qui s’en vont à matines
Prier pour des vivants qui n’ont plus besoin d’eux
*

Il est des morts qui font germer les fleurs des champs
Et ces bourgeons d’amour sentent la remembrance
Et font au cimetière un relief d’ortolans
Où viennent picorer les oiseaux du silence
*

Je sais d’étranges morts qui ne pourrissent pas
Et qui sont beaux comme la chair adolescente
Ce sont ceux-là dont les vivants parlent tout bas
Anges assassinés de leur jeunesse ardente.

From → divers

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