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PAUVRE LÉO – CHANSON.

29 décembre 2012

Depuis plusieurs années, j’étais abonné à une revue trimestrielle intitulée Les Copains d’la Neuille, revue consacrée exclusivement à l’œuvre de Léo Ferré, compilation du travail fait par son fils en particulier, et aussi par une palanquée de chanteurs connus ou inconnus reprenant son œuvre.

Je fus ainsi en contact épistolaire avec sa femme, femme charmante jamais chiche de bisous du moins sur le papier, mais totalement à côté de la plaque dans le domaine de la curiosité concernant les autres : je veux dire les artistes ou les écrivains, etc. autres que son défunt mari.

Mais passons, première déception ; une déception de plus de ma vie.  

*

Mais là, cela dépasse les bornes : qu’est-ce que je viens de trouver le lendemain de Noël courant dans ma boîte aux lettres : d’une part un exemplaire des Copains d’la Neuille et d’autre part un prospectus cautionné par cette même revue Les Copains etc., pour un ouvrage consacré à Léo Ferré (livre dont je n’ai rien à dire en soi, ni en bien ni en mal). Je précise tout de suite que j’aurais sans doute cédé au désir de l’acquérir par souscription (encore que son prix soit, je crois me rappeler, d’une centaine d’euros, mais quand on aime, on ne compte pas). 

Certes, depuis un certain temps déjà je me disais : à quoi bon être informé de gens qui entretiennent l’œuvre d’un mort, dans l’incapacité sans doute d’en créer une, propre ?  Le phénomène est identique avec Brassens, Brel, Lapointe, Leclerc…  Je me disais aussi que le travail d’édition de textes et enregistrements de la famille Ferré était sympathique. J’ai ainsi acquis quelques copies de vieilles choses ferréiennes de cette manière. Enfin, je ne suis pas moi-même le dernier, à côté de textes originaux, à m’intéresser, éditorialement parlant, aux textes d’autres et de morts en particulier.  

Mais finalement, je trouve la conjonction trop belle pour ne pas cesser tout désir de recevoir chaque trimestre une revue finalement totalement inutile sauf aux consommateurs généralement béats de Ferré. Comme il y en a (pas toujours les mêmes) pour Brassens par exemple.  Du moins à mon opinion.

Pourquoi ce long préambule ? Pour en arriver à l’objet grotesque (ou « gros texte » si vous préférez) qui met fin à plusieurs années d’abonnement à une revue que j’imagine être inconnue du plus grand nombre. Mais trop c’est trop.

Mais trop quoi ? Il suffit de lire la courte lettre que j’ai envoyée le jour même, dans l’instant, dans l’heure qui a suivi la lecture très rapide, limitée aux premières lignes, mais suffisante – à mon goût – du prospectus.  Voici donc cette missive :

Cher Monsieur,

Je vous prie de bien vouloir me rayer de vos fichiers.

J’ai particulièrement mal apprécié votre réclame pour Léo où l’on apprend qu’une préface de Lou Ravi vient polluer l’ouvrage. Irrémédiablement ôter toute valeur à l’œuvre.

Pauvre Léo. Eh, oui, on n’est jamais trahi que par les siens.  

Préfacé par un énarque politicard qui déclare que la colonie sioniste est une grande démocratie et que c’est d’ailleurs pour ça qu’elle a beaucoup d’ennemis. Que de connerie, de cynisme, de dégueulasserie.

À bas les connards, l’État, le Fric.

Et que vive l’Anarchie, la belle et la vraie.

Fleury.

Je rappelle que l’«énarque politicard… Lou Ravi » est le surnom de l’actuel président d’opérette de la France, elle-même d’opérette, surnom qui lui va à … ravir, non ? Ce pantin serait depuis toujours « admirateur de Ferré » !!!  Dois-je rappeler, parmi des dizaines de passages de son œuvre, ce clair et net : « Ils ont veauté [sic], et puis après ! »

Donc voulant faire d’une pierre non seulement deux, mais trois coups, dans la foulée, j’ai écrit cette poésie, là qui suit, pour le Pauvre Léo, mon pauv’ Léo à moi tout seul. Bah, tu ne fus pas parfait, tu fus meilleur musicien et chansonnier que vrai poète, tu fus un peu trop adulé des bitards de la gauche caviar, mais tu fus aussi un éveilleur, « un provocateur » comme tu disais fort justement ; je ne fus pas le dernier à aller à tes concerts ; et puis, les Dieux eux-mêmes ne sont pas parfaits…

Voici en l’état cette dernière, de ‘tite poésie :

*

Pauvre Léo.
(chanson)
 
                                   I
L’eau morte du Léthé, d’un silence abyssal,  
Porte ton âme vive au chaland de l’Oubli ;
Paisible en sa lenteur de vieux marais vassal
Qui distille son baume à ta bouche, affaibli.
 
Refrain :
 
Pousse fort de la perche ;
Aide les passeurs ivres.
La mort ne vaut pas lerche ;
Boute-la dans les flots,
Boute hé, ho !
 
La mort ne vaut pas lerche.
Les mânes pour survivre
Poussent fort de la perche
Et glissent sur les flots,
Glisse eh, ho ! mon pauvre Léo. 
 
                                   II
Tu as déjà vaincu l’esprit de haine au Styx,
Bravé son nautonier en des rouleaux d’écumes
Charroyant les morceaux de tant et plus de x, 
Anonymes perdus en ce monde des brumes.
 
                                   III
Puis tu as sacrifié au Phlégéton de feu
Bonifiant les amours des amants ingénus.  
La rivière enflammait, sous la barque des feus,  
Le flamboyant mirage où Phlégias est nu.
 
                                   IV
Le fleuve du chagrin, l’Achéron t’a tenu
En son cercle infini de pleurs et de vieux morts.
Lorsque Charon t’ombrait, noir et déconvenu,
Avec Érèbe et Nox, tu sombrais dans ses mors.                 
 
                                   V
 
Remontant des Enfers muni d’une âme errante,
Tu implores la Vie au torrent du Cocyte ;  
Les échos des rochers font chorus d’amarante
Aux sanglots du nocher que ta chanson suscite.

From → divers

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