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UN POÈME ÉRUDITO-BAROCO-ÉROTIQUE DE ROBERT PIOCHE EN CON-SÉCRÉTION (sic) DU SOLSTICE D’HIVER ET DE LA RENAISSANCE SOLAIRE.

19 décembre 2012

Robert Pioche c’est ici : http://leblogderobertpioche.wordpress.com/2012/12/19/solstice-dhiver-de-lannee-2012-du-faux-calendrier/

*

Prenez un latiniste érudit (redondance), ajoutez-y du Scarron léger, coulant et baroque – mais affranchi –, enfin mettez-y quelques pointes de piment coquin, que dis-je plusieurs gousses généreuses de piment érotique, mais de l’inattendu (très tendu en l’occasion), du non plat, non bateau et surprenant (ce qui manque souvent en ce genre, même chez les meilleurs) ; et vous obtenez un poème roberto-piochien ; oui, piochien, il y a un peu du chien, du « p’iot chien » piochant chez Robert. 

Mais – je précise – lui comme moi, nous aimons les chiens et les animaux en général – moins les malheureux sous-esclaves d’élevage qu’il nous arrive de manger, nul n’est parfait.* « Je suis un chien » clamait autrefois Léo Ferré. Robert et moi aimons le désespoir canin coulant des yeux des chiens tristes, celui de pouvoir uniquement communier plus en surface qu’en profondeur, et plus encore par le corps que par l’esprit, « avec les chiennes, puisqu’elles sont faites pour ça », sans jamais pouvoir se fondre en elles.

À ma grande honte, ayant l’esprit morbide plutôt qu’empli de fées enchanteresses, à mon grand désarroi, mais c’est ainsi, je vois dans ce poème illustré piochoque (piochien baroque) quelque réminiscence de Vanité moyenâgeuse, baroque ou classique. Quelque bûcher savonarolesque.

J’extrais – je trais et traite au dehors – ce trait, la note 9 mathéiste :

Le verbe latin « cubo, – are » (sur lequel je forme un imaginaire « cuber », ici conjugué à l’impératif : « cubons ») signifiait en effet aussi bien « coucher avec » que « reposer dans la tombe » (par exemple dans l’expression « ossa cubent », = « que les os reposent (dans la tombe) ». 

Et voilà que me tombe dessus, par Robert montré, la radiographie surréaliste (au sens étymologique, plus que réelle, au-dessus même du réalisme, l’infraréel) de deux malheureux cubitus et radius (il paraît qu’il ne faut plus dire en français « radius » mais un autre mot que j’ai oublié). Comment ne puis-je pas y voir l’ivoire déchu, l’ambre anonyme de quelque belle baudelairienne, au-delà même de la charogne :

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux…
*
Et pourtant vous serez semblable à cette ordure…
 

Oui, « mon ange, ma gouge » pourra ajouter le pauvre Lélian. Et George Bacovia (né George Vasiliu) pourra achever de plomb avec …

baco

George Bacovia (1881-1957)

PLOMB
 
Ils dormaient profond, les cercueils de plomb,
Et fleurs de plomb et funéraire habit –
J’étais seul au caveau… du vent, tel il faisait
Et comme elles grinchaient, les couronnes de plomb.
 
Il dormait tout retourné, mon amour à moi de plomb,
Sur fleurs de plomb ; aussi j’ai entamé pour lui un cri –
J’étais seul au côté du mort… il froidissait…
Elles tombaient, elles ainsi, ailes en plomb.
 

(traduction de votre serviteur ; grincher : forme régionale de « grincer », froidissait : je me contente ici de faire « froidir » et non de faire « faire froid »).

Ossa cubent, « que les os reposent dans la tombe », tel est ce latin si chargé de sens, d’images potentielles, d’interprétations à la fois multiples et individuelles, en une poésie floue et évanescente. Tel est du moins comment je le ressens.  Sensation identique lorsque je lis les quelques graffites gaulois qui nous sont parvenus et qui sont au moins aussi elliptiques.

L’amour, la mort – « je la chante et dès lors, miracle des voyelles / il semble que la Mort est la sœur de l’amour » (Jean-Roger Caussimon) ; que la mort… est… certitude ; il semble bien, selon toute évidence.  Lieu commun mais « rien n’est plus beau que le lieu commun » (Baudelaire).  Rendons grâce à la poésie courtoise méridionale d’avoir introduit (de force, ou plutôt d’évidence) l’amour – le mot, le concept, la chose dans la langue française commune.  En effet notre amour devrait être l’ameur en toute logique de l’évolution, de la phonétique courante du français du Nord.  « Ameur » (latin : amor, amoris) comme on a « fleur » (latin : flos, floris).  Enfin, tout est relatif puisqu’en dialecte d’oïl gallo on rencontre « fyour » (ou « fiour », si l’on préfère) qui sent encore l’olivier à plein nez, l’occitan pour ne pas dire aussi un peu l’italien. 

Revenons à Robert Pioche.

Mais il y a « os » et « os » et il ne convient pas, dans certains cas, de tomber sur un os, nous énonce Olivier Mathieu.  Juste à cause d’un petit défaut de langue on peut tomber de bouche (ou visage), en os.  « Os » (ossis) n’est point « ōs » (ōris).  Ça en bouche un coin.  C’est un peu la différence qu’il y a entre un os et un cartilage.  Dans certains cas, mieux vaut ne pas tomber sur un os, un drôle d’ostrogoth même s’il est très mince, minuscule, riquiqui (cf. toute la littérature piochienne sur le sujet) et même s’il vit en contrées occidentales (cf. idem). Belle peau de banane pour qui s’erre ou  « s’errone » (si « s’errone », en mon patois).

Enfin, tout ça pour dire que pour apprendre le latin, ou toute autre langue passée ou présente, rien ne vaut le jeu et la curiosité – malsaine, diront certains culs-pincés ou bouches-cousues et autres hypocrites ; bénéfique et créative, je dirai.  Cette curiosité souvent mise à mal quand il manque plein de gros mots dans les dictionnaires au temps de nos petites écoles et même de nos universités. Olivier Mathieu ne me contredira pas puisqu’il pense la même chose sur le sujet.  Je déclare donc que le présent poème de Robert Pioche est un poème éminemment didactique, mais en plus plaisant que les longs discours en vers, par exemple, de du Bartas, parfois charmants mais plus souvent contournés et conformistes (et scientifiquement faux y compris pour son époque) qui émerveillèrent tant de lettrés en son temps. Tenez, je vous donne un morceau de la Lune ou plutôt de son éloge par du Bartas :

Ô le second honneur des célestes chandelles,
Assuré calendrier des fastes éternelles,
Princesse de la mer, flambeau guide-passant,
Conduit-somme, aime-paix, que dirais-je, ô croissant,
De ton front inconstant, qui fait que je balance
Tantôt ça tantôt là d’une vaine inconstance,
Si par l’œil toutefois l’humain entendement
De corps tant éloigné peut faire jugement,
J’estime que ton corps est rond comme une bale,
Dont la superficie en tous lieux presque égale
Comme un miroir poli, or dessus or dessous,
Rejette la clarté du soleil, ton époux.
 

Que conclure, en attendant ? Que Robert chante aussi l’éphémère beauté, l’Inutile Beauté pour reprendre le titre de la belle nouvelle de Maupassant, ce désespéré né. Et qu’en bon païen, naturiste, polythéiste, il rend ici son culte à ses idoles.

En point d’orgue je vous livre ainsi ce fragment de poème qui ne déparera pas et qui est parfois attribué à François Maynard ou à Théophile de Viau :

Elle me dit adieu : « Je m’en vais chez les morts,
Comme tu t’es vanté d’avoir foutu mon corps,
Tu pourras te vanter d’avoir foutu mon âme… » 
 

*******

* Comme disait l’espiègle Boby Lapointe : « la maman des poissons… moi je l’aime bien avec du citron ».

 

 

From → divers

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