PIÈCE D’UN PROCÈS NON PRESCRIT
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Voyons, vieux caresseur du Tiers État, vieil excitateur du phallus des gens patentés, avoue que tu te souviens de ton article publié par le Figaro, à la date du 18 janvier 1896, et que tu avais intitulé : « Le solitaire ». Ce solitaire, c’était toi, l’homme pourtant des troupeaux, des multitudes, mais la logique te visite peu. Tu te croyais, alors, un sanglier. « Tout écrivain, disais-tu, qui ne gagne pas d’argent est un raté ». Shakespeare en gagnait fort peu et le Dante moins encore. Tu leur es donc très supérieur. Voilà qui est entendu. L’article, d’ailleurs, était horriblement écrit.
Conviens-en, tu as toujours le même cataplasme sur ce qui te sert de cœur.
Léon Bloy – Je M’accuse. (1900)




Ici je passe tout un développement lourdingue concernant un scénario zolaïesque de comédie où serait mis en scène des disciples poussant et convainquant un bon petit maître en littérature à refuser d’entrer à l’Académie alors qu’une fois le bon petit maître mort (je suppose, ou même avant, ce serait plus « déchirant » encore comme « comédie ») ces derniers ne refuseraient pas, eux, d’y entrer. C’est tout, c’est rien, c’est du néant zolaïen, de la niaiserie d’un mauvais ambitieux dont tout le crétinisme arriviste transparaît.
Achevons, la bête, la bête humaine. Son minable pensum où coulent tant de flots insanes de jalousie, de rancœur, que dis-je de haine du talent des autres, qui plus est, des pauvres et marginaux !!! (vous savez les pauvres et les marginaux les dégénérés, les éthyliques, les syphilitiques — enfin, ceux du peuple, pas de chez nous les nantis — les « sans morale », la lie de la société, l’abjection qui est mon fonds de commerce à tant la ligne, et je sais si bien tirer à la ligne), des talentueux non consacrés par des institutions mais par leurs pairs et les vrais lettrés, se clôt ainsi :


« Le triste et délicieux Verlaine », non le désespéré et touchant petit homme comme tout à chacun, je veux dire tout un chacun ayant un minimum de talent, de sentiments, de sensibilité. Touchant parce qu’il est en nous un frère d’armes. Barbey l’ultra-catholique. Oui et alors, je m’en fous, ce qui compte c’est son talent immense. Villiers un pauvre gueux de hobereau sans terre et totalement déconfit, et alors, bis repetita… ?
Mais c’est peut-être la misère de l’un, le catholicisme de l’autre, le déclassement d’un autre encore qui font, qui rendirent possible l’émergence de leurs talents immenses !
Evidemment que peut comprendre un Zola sans émois, sans sensations, sans sentiments si ce n’est ceux de la bite et du beudon. Un bourgeois bien établi (mais pas dans le sens de l’objet du même nom).
L’art n’a que faire des politburos, certes en ton temps on ne parlait pas encore de politburo mais je crois bien t’avoir vu, ressenti comme un immonde, inculte et mirobolant avorton de l’Art, chef de propagande – socialiste pour ne pas la nommer – socialiste, c’est dire !!! – en ta petite tribune de l’Aurore, cette propagande feuilletonnesque écrite comme un pied, où les pauvres doivent, se doivent de croupir dans le chaudron des Enfers pour le plus grand bonheur de tes lecteurs bourgeois qui s’encanaillent au prix d’un torche-cul de librairie. Et se confortent dans l’idée que : eux – cette populace pseudo- instruite et cultivée – ne sont pas de la merdre. Autre chose que de la valetaille bonne à être exploitée au turbin et dans tes bouquins !!! Double rapport.
Ah, Père Ubu, toi tu as tout compris !
Non Zola tu ne seras jamais, jamais plus, jamais pour ton malheur un Verlaine, un Barbey, un Villiers, mais tu ne demeureras toujours qu’un grotesque écrivain de troisième ordre ennemi du Beau, ennemi de l’Art, ennemi du Malheur. Ennemi de Verlaine, de Barbey et de Villiers. Un laideron friqué de l’art décati, un pauvre d’esprit, un étron minable « progressiste et moderne » surnageant péniblement au milieu des eaux usées de la Cloaca Maxima du dit art moderne. À moins que tu n’en sois le majorinus os cloacalis en ta « poésie » fescennine.
Je crois avoir le droit d’insulter ce mort, puisqu’on ne cesse de nous seriner, en hui encore, sur son J’accuse breneux de petit bourgeois parvenu.
Déboulonnons la piteuse statue grévinarde en peaux de fèces.
Amon !
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