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NOUVEL INTERMERDRE ZOLAÏESQUE

16 décembre 2012

Réflexions de Remy de Gourmont extraites de ses inépuisables notes ; cette fois-ci de Nouvelle suite d’épilogues – 1895-1904 (cf. Promenades littéraires, 7e série, Mercure de France, 1927).

La Gloire.

— « Ici, Zola, veux-tu te taire, sale bête ! »

C’est un toutou qui se prénomme ainsi, à la grande joie des passants là-bas, sur le quai et sous les grands arbres sérieux qui regardent pousser les feuilles.

Bon mot.

On rapportait devant un académicien bien connu que M. Zola, durant sa jeunesse, se frappait fréquemment sur le ventre en proférant d’un ton d’orgueil :

— J’ai quelque chose là.

— On s’en est aperçu depuis, répondit l’académicien.

Bon mot de M. Edmond Lepelletier.

— « Emile Zola est le seul Victor Hugo que nous possédions en ce moment. »

Grelots.

De la discussion sur les éditeurs, sur les tirages, il est resté dans l’air comme un bruit de grelots, mais un bruit de grelots qui soupirent, et qui murmurent : « De l’Argent ! Un peu d’Argent ! » On se souvient des délicieux enfants de Villiers qui échangent ces mots divins à travers la grille d’un parc ? M. Zola a une façon de dire : De l’Argent ! Encore de l’Argent! qui rappelle les paroles de Gœthe mourant : De la lumière ! Encore de la lumière !

A Médan.

M. Zola explique à des voisins de campagne le mécanisme d’un petit moulin à faire peur aux oiseaux, et emporté par l’habitude, il dit :

— C’est une vis d’Archimerde.

Monsieur Zo!a et le Père Bourdaloue.

On lit dans le dictionnaire de Richelet, petite édition : «Bourdaloue, s. f. Etoffe modeste ainsi nommée du célèbre prédicateur P. Bourdaloue, jésuite… On donne aussi ce nom à une tresse… qu’on met au lieu de cordon de chapeau… et à une espèce de linge ouvré… »

II y a une quatrième signification que les dictionnaires mentionnent peu, mais qu’explique très littérairement ce passage du Journal des Concourt : « Jeudi 1er septembre (1892). Aujourd’hui, à l’Exposition des Arts de la Femme, je suis resté en faction devant la vitrine des bourdaloues. Oh ! les coquets et les galantins réceptacles du pipi de nos grandes dames du XVIIIe siècle, ces bourdaloues de Sèvres, ces bourdaloues de Saxe, à la forme de ce coquillage nacelle, qu’on appelle nautile, commençant dans les volutes d’un colimaçon… Oh ! les royaux bourdaloues de Sèvres en bleu lapis… mais plus familiers, plus humants, ces bourdaloues de Saxe… bourdaloues d’une forme plus contournée, plus serpentante, plus amoureuse des parties secrètes de la femme.»

II n’est pas du tout sûr que le P. Bourdaloue ait donné son nom à ces objets ; on suivrait pourtant assez facilement le mot à travers les filières analogiques : confesseur, confident, ami secret, ustensile secret. Quoi qu’il en soit, le jésuite va être détrôné par le romancier ; on dit « un Zola dans les porcelaines de Tours ou du pays », et le mot est en train de se répandre, colporté par les voyageurs de commerce. Les filières analogiques seraient assez différentes de celles par où passa Bourdaloue, le résultat est le même : la gloire – ou une sorte de gloire un peu vulgaire, un peu grossière, mais qui rend bien l’idée que M. Zola a donné de lui au peuple et qui témoigne de la qualité des émotions esthétiques soulevées par son œuvre.

From → divers

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