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LÀ OÙ ÇA PÈCHE…

14 décembre 2012

Mon maître incontesté en toponymie

– du moins par moi incontesté, si ce n’est en d’infimes détails, mais par beaucoup contesté, rendez-vous compte, il avait un énorme péché à se faire pardonner, il était de la calotte (pas la kippa, la calotte catholique), chanoine en soutane même je crois bien, mais moi je m’en fous bien n’ayant pas pour habitude d’aller y voir, sur les jupes des mâles écossais, grecs, roumains ou aroumains en divers costumes dits folkloriques, ou sous les soutanes passéistes des mâles officiers d’un dieu, soit dit en passant si décrépi qui me paraît bien absent en ce bas et triste monde quand le Diable y resplendit chaque jour que fait mon bien aimé Soleil ; le dantesque, infernal, omnipotent, omniscient, inhumain, radioactif et pourtant bien aimé par moi Soleil –

mon maître incontesté en toponymie disais-je, n’est certainement pas Dauzat, certes compilateur de talent mais tant englué dans l’idéologie du peuplement national par d’hypothétiques gros colons romains ou germains que cela fausse l’essentiel de ses interprétations, mais pourtant, ou plutôt justement coqueluche encore présente chez les ignorants,

mon maître en toponymie donc, est depuis une éternité maintenant François Falc’hun, le Faucon de la toponymie ; le faucon, que dis-je, l’aigle de la toponymie qui a encore bien du mal de nos jours, plusieurs années après sa mort à se faire sa bonne place au Soleil (justement), c’est-à-dire aux premiers des rangs des toponymistes franchouillards, bretonnards et plus généralement celticards.

Mon bon maître en toponymie – bon pour d’autres raisons qui ne sont pas le sujet ici (il n’ignorait pas la compassion et la charité de sa religion, étonnant, non, pour un corbeau), bon j’arrête car on va finir par croire que je me libère d’un certain refoulé – le cureton le plus naturaliste et matérialiste (dans le bon sens du terme) que je connaisse, disait (paroles d’évangile pour moi) que l’essentiel de la toponymie est à rechercher dans la nature, la géologie, dans la géographie physique et aussi humaine. Thèse « incontournable » pour moi, pour employer un mot à la mode des media de masses. Vrai plaisir de lire ses ouvrages.

Je vois donc sur cette curieuse encyclopédie internétale, encyclopédie mêlant le pire au moins bon et parfois au meilleur – tout dépend des disciplines –  dont je n’ai pas besoin de citer le nom, écrit par on ne sait jamais qui, parfois même rectifié en plus mauvais*, que selon le Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, saint livre dauzatien qui ne fait pas partie de mes ouvrages canoniques en toponymie, le nom de lieu occitan « Bugarach » viendrait de l’hypothétique « nom d’homme germain Burghar avec le suffixe –aticum ».

Cela me semble un peu léger. Moi, je suis globalement en accord avec l’explication rationnelle donnée l’autre jour par Robert Pioche. Amãn éo (c’est ici) :

http://leblogderobertpioche.wordpress.com/2012/12/02/21-decembre-2012-aucune-trace-de-larche-de-lalliance-a-bugarach-etymologiquement-au-moins/

Hag ahont (et là) :

http://leblogderobertpioche.wordpress.com/2012/12/14/bugarach-brouillon/

Je lis même une explication encore plus loufoque, certes poétique si l’on veut, selon laquelle le toponyme « Bugarach » – en attendant,  superbe petit village des Corbières – proviendrait de « bulgare », déformation de  « bougre », nom donné au Moyen-âge non seulement aux sodomites mais à divers hérétiques, et aux cathares bien sûr puisqu’on est en  pays cathare.  Ces braves et pauvres cathares que ne leur accorde-t-on pas post mortem ?!

Pour moi, pas plus de bulgare ou de bougre que de beurre en broche, ou de savoir en bouteille, et encore moins en magnum.  Ça, c’est du délire pseudo étymologique, de la fausse étymologie. On ne doit comparer les formes onomastiques que par rapport à des états anciens, ceux des vieilles chartes et des vieux grimoires. Sans oublier qu’ils peuvent être, eux aussi, fautifs ; et que ni la langue (les nombreux dialectes plus exactement), ni encore plus l’orthographe n’était bien fixées aux lointains siècles passés. Le propre même de l’étymologie populaire – les prémices de l’étymologie scientifique ou du moins rationnelle, prémices dont il faut toujours se détacher, surtout quand la solution est trop évidente.

Ce genre de rapprochement, on en trouve à la pelle dans les devises somme toute récentes (des tout derniers siècles seulement, voire du XIXe siècle ou plus récents encore) devises de communes françaises, toutes plus grotesques étymologiquement parlant, les unes que les autres.

Donc, pour moi, il n’y a pas plus de  bulgare ou de bougre à Bugarach que, par exemple, de lion  dans le célèbre golfe éponyme.  Oublions cela.  Vous voulez connaître le secret du Golfe du Lion, il est simplissime. Je connais peu le Midi de la France mais j’ai quand même longé une ou deux fois, pendant des kilomètres, la côte méditerranéenne dans les environs de Cette (pardon il faut écrire « Sète » ; oui Georges, je suis bien d’accord avec toi, quelle hérésie orthographique quand on sait que dans les vieux parchemins elle avait nom Cetia ; peut-être à tort, mais c’est encore un autre sujet). « Le Golfe du Lion » me semble être l’illustration parfaite de cette côte sétoise et plus loin encore, de la Camargue ou encore de l’embouchure du Rhône. Il suffit de s’intéresser au gaulois ou à son succédané breton pour le comprendre en une seconde.  Pour faire court : il suffit de savoir qu’en breton « yeun » (ou « geun », prononcé avec un « g » et non pas un « j ») désigne un marais, un marécage, un lieu bas ; un marais de bord de mer en particulier comme on peut le voir en toponymie bretonne.  « Guène » en roman haut-breton.

Et il suffit d’ajouter que « Lion » n’est qu’un « L’Yon », avec ce « yon » (dont le « n » final devait se prononcer autrefois, et se prononce peut-être encore en occitan, je ne sais ; enfin ce « yeun » breton, ce marais) que l’on retrouve par exemple sous la forme « Nyon » pour « N’Yon » (avec l’article breton « an » contracté, réduit comme souvent) dans les marais de Donges vers l’embouchure de la Loire. Ou avec ce « Yon » hydronymique plus connu, cette petite rivière vendéenne qui arrose la Roche-sur-Yon. « Lion » est dont une forme occitane mal comprise, mal coupée comme souvent avec l’article défini initial, de « l’yon ».  Élément notable et qui ajoute du poids : Le Golfe du Lion et la Roche-sur-Yon se trouvent en périphéries, en non-centre de la France. Or, c’est une constante de la dialectologie que les zones extrêmes sont les plus conservatrices. On comprend facilement pourquoi. Plus les hommes circulent en certains lieux et plus ils se brassent, et plus tout se mêle et évolue plus vite qu’aux écarts. Et dans le domaine des langues et des toponymes qui en sont les formes les plus archaïques et les moins mobiles, tout semble rester quasi immuable.

Ultime point à ce sujet.  Il n’est pas inutile  non plus de noter que le poitevin et le gallo (du sud du moins, celui de Loire-Atlantique où débouche la Loire) possède un petit fond phonétique ou lexical apparenté non pas à la langue d’oïl commune mais à la langue d’oc. Mais c’est une autre réflexion ici aussi.  

Et lorsque Robert Pioche ironise sur son « pech », sur « le pech de Pioche », il a encore une fois raison, saine raison. Il poétise mais en partant du réel, du concret, du Pech de Bugarach. Qu’est-ce qu’un « pech » ? Tout méridional, même le plus ignorant ou ennemi de l’occitan, saura nous dire qu’il s’agit d’un sommet, d’un mont. D’un pic montagneux, ou d’une excroissance rocheuse plus précisément, d’un piton comme il y en a deux ou trois à « Lou Peuy de Velay », le Puy en Velay.  Piton, tétine, téton ; tétines, on en voit quelques-unes au sommet du Pech de Bugarach qui lui-même à l’aspect d’un beau téton couché sur le sol. Cette forme de montagne, ou de mont au milieu d’une vallée, ont toujours, en toutes contrées, cultures, civilisations, une connotation sacrée, religieuse. Chez nous, où tout a décliné dans le trivial et le technologisme apoétique, c’est le domaine des Ovni, de la fin du monde, des trésors à vile valeur pécuniaire : du minable.  

Qu’elle est l’origine du mot « pech » ? Tout d’abord, ce mot n’est pas isolé. « Pech » fait partie d’une série romane d’oc et d’oïl, en compagnie de « puy, puich, pé » ; et j’en oublie et j’en ignore. Mot qui se retrouve sous ses variantes phoniques dialectales partout sur le territoire de la France. Ces mots, ce mot se retrouve dans des patronymes comme : Delpech, Dupuy, Dupé, etc. Et toutes ses variantes dialectales semblent bien provenir du latin « podium ». Le mur épais en surplomb, la plateforme. J’ai moi le souvenir enfant – digression totalement hors sujet – du podium où il me fallait aller faire le pitre en compagnie de mes confrères et consœurs scolaires, danser quelque niaiserie aux fêtes d’école de fin d’année.

« Pech de Bugarach » est un bel exemple de ce que je nomme personnellement la redondance toponymique. En effet, il existe un nombre considérable de noms de lieux qui présentent des formes redondantes, ou semi-redondantes, généralement des traductions ajoutées l’une à l’autre (deux, parfois plus). D’autres fois il s’agit de toponymes géographiquement très proches les uns des autres, ayant des formes synonymes ou phonétiquement également très proches. Le second terme apparaît quand le premier n’est plus compris, n’évoque plus rien de concret, de perceptible dans la langue courante locale.  Généralement bien après la mort d’une langue où bien après la création d’un mot devenu obscur car évoluant dans des formes phoniques qui ôtent son sens, ou passant d’une langue ou d’un dialecte à l’autre. Il existe ainsi une palanquée (comme on dit) en Haute-Bretagne mêlant breton ancien à gallo.

Exemple de redondance, je prends un exemple en rapport avec notre sujet : Le Puy de Dôme.  Qu’est-ce qu’un dôme (mot qui vient du latin « doma », toiture, terrasse, de « domus », maison, cf. le grec « domos », maison et toute sorte d’abri) ? sinon un puy arrondi, une sorte de podium. Des gallo-romains ont tenu pendant quelques siècles à son sommet un temple dédié à Mercurius Dumias, le Mercure du Dôme dont on peut voir encore les ruines. Ce Mercure devait être probablement un Lugus Mercurius, c’est-à-dire non seulement un dieu du commerce (cf. « mercantile ») et du voyage – lui-même dieu récent dans le panthéon latin  – mais un dieu suprême, celui de la lumière, le dieu des dieux possédant lui aussi l’attribut de psychopompe, tout là-haut sur son mont. Il semble donc que le toponyme premier soit « Dôme », et « Pech » le second. 

Dernière remarque à propos des fausses évidences phonétiques et/ou orthographiques pour ce qui concerne les toponymes.  Je reste encore une fois dans notre domaine. Il existe en Vendée un toponyme qui a fini par être connu en France entière pour une raison politique accessoire (que l’on oubliera, amusante mais c’est encore un autre sujet) liée à l’ancien président du conseil général de cette même Vendée.  Il s’agit du Puy du Fou.  Ce « puy du fou » n’est évidemment pas un puits dans lequel serait tombé quelque fou, mais à l’inverse le pic, le sommet, le haut du hêtre, « fagus » en latin, mot parti du français courant mais pas des dialectes où il existe sous diverses formes. Vive la diversité ; et la luxuriance des langues en particulier. « Faou, fao, fou, feuy, etc. » dans les dialectes, « faou » encore une fois en breton, langue qui a pris beaucoup au lexique roman ou même latin.  

Oui, au pays de cathares, Bugarach fait rêver, écrire, délirer ; nous sommes en plein ésotérique, occultiste, cabale ; du temps « fin de siècle » et « belle époque » de totale effervescence rosicrucienne. 

Tout près de Rennes-les-Bains de l’abbé Boudet, auteur de l‘ouvrage d’une fausse érudition, totalement délirant La Vraie langue celtique et le cromleck de Rennes-les-Bains, où il explique très doctement que la langue celtique (qui chez lui est l’anglais, mais ce n’est pas plus débile que la réflexion qu’un crétin de militant me fit un jour, au début des années quatre-vingts : « oui, la vraie langue des celtes, c’est l’anglais ; pourquoi perdre notre temps à leur apprendre le breton ?! ») que cette langue celte, celtique est à la base de toutes les langues ; du languedocien, du basque, y compris même de celle de la Bible.  

Nous ne sommes pas très loin non plus de Rennes-le-Château contrée de la tour Magdala, de la rocambolesque histoire de l’abbé Saunière, du trésor wisigoth ou moyenâgeux, des tombes profanées, d’antiques inscriptions lapidaires trafiquées, de simonie, de ce damné homme d’église digne d’un  feuilleton des gazettes d’antan.    

On évoque d’ailleurs pour ce livre de Boudet – mais pour cacher quel secret, quel mystère ? celui de Saunière disent-certains – le recours à la dite langue des oiseaux, ensemble de procédés cryptographiques qui consiste à donner un sens autre à des mots ou à une phrase, en jouant sur les sons et sur les sens, avec le recours à des anagrammes, des acrostiches, des fragmentations de mots, des rébus, des mots inversés, ainsi qu’avec la symbolique des lettres et des chiffres, la mise en page, les illustrations, la graphie des mots, etc.

Mais, restons-en là pour aujourd’hui.

 

* On en trouve de drôles dans cette encyclopédie que chacun peut dit-on compléter à sa guise – à condition bien sûr d’avoir l’agrément d’un politburo anonyme mais très actif, j’en ai fait l’expérience ; voilà ce que j’y ai lu il y a peu de jours à l’article « Véra » – la nouvelle d’Auguste Villiers de l’Isle-Adam – (vérification aujourd’hui même, ça y est encore) :  « Le Comte ne peut admettre l’idée que sa femme est morte, et vit depuis l’événement fatal dans un rêve halluciné, en l’imaginant toujours à ses côtés. Pendant une année entière, il la croit encore vivante. Mais le soir de l’anniversaire de sa mort, le comte d’Athol est comme frappé d’une réminiscence fatale ; un objet brillant tombe du lit nuptial : la clef du tombeau .Tete de bite . »  Sic.

From → divers

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