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ALLEZ, POUPOU ! ENCORE QUELQUES COUPS DE PÉDALE RAGEURS ; EN HAUT DU COL, LA PORTE DU PARADIS DES CYCLISTES T’EST GRANDE OUVERTE

13 novembre 2019

L’une des idoles sportives de ma jeunesse, lorsque qu’il m’arrivait encore de jouer aux petits coureurs, est donc passé ad patres. Un bout de notre patrimoine national n’est plus, un morceau de notre jeunesse disparaît, sauf dans les cœurs.

Que dire de plus et d’autre après tout ce que peut en dire l’ensemble des gazettes, mais sans tomber dans trop d’hagiographie.

Raymond Poulidor était l’expression même du mot « populaire ». Populaire sans chichis. Populaire et bon-enfant, populaire et sympathique, populaire et pathétique même, en certaines occasions.

Pourquoi était-il populaire, si populaire ? Je pense qu’il y aurait de quoi écrire toute une thèse sur ce sujet.

Parce qu’il était le type même du français venu du peuple (et resté du peuple), un simple enfant de métayers de la Creuse puis de la Haute-Vienne, un limousin qui a eu la chance de posséder une grande force physique et morale pour se dépasser sur un vélo. Mort en cycliste des champs, non pas vers 50 ans comme son adversaire Anquetil, le cycliste des villes, mais à plus de 80 ans. Il faut dire que l’un des deux a beaucoup fait son Jacques. Mais, inutile de développer, du moins ici.

Parce qu’il était celui qui gagne et aussi celui qui perd (ou finit deuxième ; cf. l’expression : « être le Poulidor de… »). Celui qui a connu plusieurs fois la malchance sportive (quand le déboire est de la faute à pas de chance), et qui par naïveté, manque d’esprit tordu ou indifférence est passé plusieurs fois à côté d’autres victoires encore (187 en tout).

Parce qu’il a eu une longue carrière alors qu’il dut se frotter à de nombreux cadors des années 50-60-70. Et parce qu’il n’a jamais quitté le milieu du cyclisme qui était toute sa vie, se faisant applaudir et acclamer encore cet été sur les routes du Tour de France. Facile d’approche et toujours simple. Aimable et la larme à l’œil lorsque l’un de ses poulains gagnait une course. Mais aussi les pieds bien posés sur la terre, en sachant bien gérer sa barque.

Parce qu’il arrêta sans doute, à plus de quarante ans, avec regret. Parce qu’il était à peu près bon partout sur un vélo, mis à part le sprint. Il n’était pas un lévrier mais un animal de trait endurant tournant la terre à son rythme, qui était d’un haut rythme. On dit qu’il était l’un des coureurs faisant le plus de kilomètres lors des courses car il avait une curieuse manière de balancer sa roue avant d’un côté et de l’autre. De retourner le soc de sa charrue à chaque coup de pédale. Il avait appris le vélo sur une « bicyclette de femme » sans cadre supérieur, celui de sa mère.

Parce qu’enfin, ayant pris sa première licence en 1952 et ayant achevé sa carrière sportive vers la fin des années soixante-dix du siècle dernier, il est le représentant même des gens qui ont fait, ont réalisé, ce qu’un journaliste un jour a eu la bonne idée de dénommer, les Trente Glorieuses. Tout un monde encore largement imprégné des valeurs et des vertus (et sans doute aussi des défauts), et de l’humanité (je parle d’une certaine moralité) des années de l’Entre-deux-guerres. Un monde bien loin de la décadence mondialiste et individualiste présente. Un sportif (d’un sport très exigeant) de l’époque, par bien des côtés bénie, de la Reconstruction.

From → divers

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