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Le monde moderne et le mal d’ὑστέρα

10 mai 2018
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Le cas de David Hamilton est simple: accusé tardivement et hors délais légaux, il a toujours rejeté les accusations portées contre lui; les rares plaintes portées contre lui ont été rejetées par la justice. Sa mort a éteint l’action pénale. Sa présomption d’innocence a été ignominieusement bafouée mais il est définitivement innocent.

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Il est d’autres cas sur lequel notre blog ne s’est jamais prononcé. Surtout dans les cas où nous croyons, en notre for intérieur, en la culpabilité des accusés de viol. Nous n’aimons pas hurler avec les loups.

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Le cas de Roman Polanski est sans doute un des plus difficiles à commenter, s’agissant par ailleurs d’un cinéaste que nous n’apprécions pas particulièrement. On ne peut pas évoquer la présomption d’innocence, dans son cas, puisqu’il a lui-même fait des aveux au sujet de Samantha Geimer.

Cela dit, Roman Polanski a le droit de s’exprimer.

Il vient ainsi de définir la mode #MeToo: “une hystérie collective et une hypocrisie ». Consultez à ce sujet l’édition polonaise de Newsweek, le Guardian et Variety.

Difficile de donner tort à Polanski sur ce point. Jadis appelée « mal de mère », l’hystérie est en effet, y compris selon les dictionnaires, une névrose aux tableaux cliniques variés, où le conflit psychique s’exprime par des manifestations fonctionnelles (anesthésies, paralysies, cécité, contractures…) sans lésion organique, des crises émotionnelles avec théâtralisme, des phobies.

L’hystérie est une maladie de la matrice. Platon écrivait  : « La matrice est un animal qui désire ardemment engendrer des enfants ; lorsqu’elle reste longtemps stérile après l’époque de la puberté, elle a peine à se supporter, elle s’indigne, elle parcourt tout le corps, obstruant les issues de l’air, arrêtant la respiration, jetant le corps dans des dangers extrêmes, et occasionnant diverses maladies».

Goncourt et la femme qui voyait des phallus partout.

Goncourt écrivait quant à lui en 1861 : « Une femme honnête, mariée, mère de famille, qui pendant vingt ans, atteinte d’hystérie à son foyer, auprès de son mari et de ses enfants, voyait des phallus partout, dans les flambeaux, dans les pieds des meubles, dans tout ce qui l’entourait »…

Presque deux cents ans plus tard, il y a  des féministes qui voient quant à elles deux prédateurs chaque fois qu’elles aperçoivent trois hommes… Rien de nouveau sous le soleil, donc!

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Polanski dit, en substance : “Cela me semble une hystérie collective, du genre de celles qui se manifestent de temps en temps dans les sociétés ».

“Parfois cela finit d’une façon plus dramatique, comme pendant la nuit de Saint Barthélémy ou pendant la Révolution française ».

Le propos gagnerait certes à être approfondi, amplifié voire remis en question sur certains points, mais le cinéaste franco-polonais poursuit :

“En général tous, en proie à la peur, s’efforcent d’adhérer au mouvement d’hystérie collective, avec une hypocrisie qui fait penser aux scènes de larmes de masse, quand un leader nord-coréen meurt et reçoit les derniers honneurs ».

Le blog « En défense de David Hamilton » retient, en ce qui le concerne, que les mouvements d’hystérie collective sont en effet – toujours ou presque – des phénomènes déplorables.

Mais alors, tous les phénomènes d’hystérie collective.

Car Polanski prend pour exemple la Corée du Nord. Il est libre de le faire, mais c’est un peu facile. En effet, d’autres exemples auraient pu être pris, en plein Occident capitaliste, comme il advient lors de la mort de penseurs sans pensée, d’écrivains sans oeuvre, de chanteurs sans voix, de poètes sans talent, de musiciens musicalement analphabètes et dont la mort provoque des hommages ridiculement disproportionnés et des scènes d’hystérie collective qui n’ont rien à envier, tout au contraire, à la Corée du Nord.

Je songe, en disant cela, à des tas de tout petits pseudo-artistes  dont j’apprends l’existence, quant à moi, au jour de leur décès. Voyez par exemple ce qu’écrit Jean-Pierre Fleury ici: https://lequichotte.wordpress.com/2018/05/08/15254/

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Rares sont les gens qui, comme Pierre Desproges, ont eu le courage (et l’élémentaire bon goût) de dire que le rock and roll, c’est de la pure merde.

Revenons à Polanski. Celui-ci menace de poursuivre l’Académie des Oscars, qui a voté son exclusion. Sans préjuger des suites de l’affaire, il ne me semble en effet nullement scandaleux que Polanski demande à être entendu. Qu’est-ce que c’est que ce monde où on condamne les gens sans les entendre?

« J’écris cette lettre pour éviter des poursuites inutiles », a écrit l’avocat Harald Braun dans une lettre envoyée à l’Académie des arts et sciences du cinéma. « Nous ne contestons pas le mérite de cette décision mais le manque de respect flagrant de votre organisation pour ses propres normes de conduite et les infractions au code californien des entreprises ».

Effectivement, il est toujours surprenant de voir quelque institution que ce soit ne pas respecter son propre règlement.

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99% du rock and roll, de la merde? Desproges, pour d’évidentes raisons, et notamment parce qu’il faisait partie du show business, avait le droit de dire des choses, fussent-elles tellement fragmentaires, tellement modérées et tellement prudentes.

Et l’hystérie dépasse largement le cadre qui lui est fixé par l’étymologie (hystérie, grec ὑστέρα, utérus) ou par Platon. L’hystérie moderne touche aussi bien les hommes que les femmes.

Et personne ne l’arrêtera plus.

Le monde moderne, 100% d’hystérie.

From → divers

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